Critique : ‘Killer’, de Billy Chung

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Réalisé en 2000 par Billy Chung, auteur de The Assassins et Lady Supercop, Killer se déroule dans l’univers des triades et raconte le destin de quatre amis d’enfance devenus tueurs à la machette.

Tueurs à gages au service des Triades de Hong Kong, Tung, Po, Yung et Mantis ont une manière bien particulière d’exécuter leurs contrats. Contrairement aux autres professionnels du crime, ils ne tuent qu’à l’arme blanche. Mais le temps passe, ils vieillissent et aspirent à vivre une existence normale. Leur rêve de sérénité et de calme s’écroule lorsqu’un gang rival les provoque. Dès lors, Tung, Po, Yung et Mantis vont reprendre et faire ce qu’ils savent faire de mieux : tuer.

Parmi les polars de Hong Kong, le film de triades est un genre en soi. De nombreux réalisateurs s’y sont essayés, de John Woo (Le Syndicat du Crime) à Johnnie To (The Mission), en passant Andrew Lau avec Infernal Affairs et la série des Young and Dangerous. Le problème du film de triades est qu’il a énormément de mal à se renouveler, le sujet ayant déjà été largement exploré de toutes les manières possibles. Ainsi, Killer est un énième film du genre et n’a donc a priori rien de bien original.

Mais contrairement à de nombreuses productions de l’ex-colonie britannique, Killer ne mise pas sur l’action. En fait, le parti pris de Billy Chung n’est pas d’idéaliser les triades à travers une esthétisation de la violence et une glorification des valeurs (pour le moins archaïques) qui règnent dans ces organisations mafieuses. La violence est bien présente, mais elle arrive d’un coup et n’a rien de spectaculaire, même si elle atteint parfois des niveaux extrêmes. Le film va même assez loin dans la démystification des codes d’honneur des triades en nous montrant les personnages en train de se piquer à l’héroïne. Les méthodes sont aussi présentées sous leur jour le plus dur, et l’on se souviendra à ce titre de la scène du viol collectif qui se termine par l’humiliation du responsable.

Killer est aussi une histoire d’amitié entre quatre hommes qui cherchent à raccrocher une vie normale mais qui se trouvent être prisonniers d’un cycle de violence sans fin, impliquant parfois leurs proches et notamment les femmes qu’ils côtoient. Les personnages sont humains, imparfaits, ils montrent des faiblesses et sont donc crédibles. En devenant « killers », ils n’exécutent leurs contrats qu’à l’arme blanche, ce qui donne l’illusion d’une certaine classe, mais en réalité, leur travail consiste avant tout à choper, tête encagoulée, leur proie au coin de la rue pour la liquider.

L’interprétation est à la hauteur pour ces personnages qui auraient pu être plus fouillés mais qui ont une certaine épaisseur, notamment celui de Mantis (Mark Cheng). Killer est aussi l’occasion de retrouver quelques têtes connues comme Jordan Chan (Downtown Torpedoes, Young and Dangerous), et d’en découvrir quelques nouvelles comme Claire Yiu, qui s’en sort très bien pour un premier rôle.

Malgré ses qualités, Killer manque d’atmosphère et ne s’imposera comme une référence du genre. Mais était-ce réellement l’ambition de ce film à petit budget ? Pas forcément. On se laisse prendre par cette histoire humaine et c’est déjà bien.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 22 juin 2005

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