Critique : ‘L’Arc’, de Kim Ki Duk

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Après son chef-d’œuvre acclamé Locataires, à l’occasion duquel le Grand Prix FIPRESCI (Prix décerné par l’International Federation of Film Critics) a consacré pour la première fois un réalisateur coréen, Kim Ki Duk revient avec L’Arc, un film d’envergure plus modeste mais qui explore une fois de plus son univers personnel dans toute son étrangeté. L’Arc en décevra sans doute plus d’un, qui verront ce long métrage comme son moins bon depuis longtemps. Mais ce film singulier mérite toutefois le détour, ne serait-ce que parce qu’il synthétise assez bien les thématiques chères au réalisateur.

Sur un océan sans fin, un vieil homme et une jeune fille de 16 ans vivent seuls sur un bateau. L’homme s’est promis d’épouser la jeune fille le jour de ses 17 ans et fait quotidiennement le décompte des jours sur son calendrier. De passage sur l’embarcation, les pêcheurs sont fascinés par cette jeune fille aussi ravissante que mystérieuse mais le vieil homme veille à ce que personne ne l’approche grâce à son arc menaçant. Un jour, alors que la jeune fille ne montrait jusqu’ici aucun signe de désaccord, un jeune étudiant fait son entrée sur le bateau et attire son attention. La vie du vieil homme et de la jeune fille est peut-être sur le point de basculer…

Si les deux chefs-d’œuvre qu’étaient Locataires et Printemps, Été, Automne, Hiver et… Printemps laissaient penser que Kim Ki Duk avait mis de l’eau dans son vin quant à son besoin de provocation, il ne faut pas oublier que le réalisateur nous a livré entre les deux un petit film beaucoup plus radical, Samaria. L’Arc se situe davantage dans la lignée de Samaria de par son style plus dépouillé, mais aussi son sujet troublant. Il s’agit d’une histoire d’amour entre un homme de 60 ans et une jeune fille de 16 ans, une relation au-dessus de laquelle plane le fantôme de l’inceste, déjà présent dans Samaria. Bien entendu, il n’y a aucun lien de parenté entre la jeune fille et l’homme qui la retient prisonnière sur son bateau et qui compte d’ailleurs en faire son épouse, l’adoption servant habilement d’alibi pour faire passer la pilule.

A l’instar de Samaria, L’Arc ne fait pas dans la dentelle. Le thème est bien entendu dérangeant et les symboles semblent cette fois avoir été surlignés au stabilo. On aura vite compris que l’instrument même de l’arc symbolise à la fois l’autorité paternelle écrasante, qui empêche la jeune fille de se tourner vers d’autres hommes, et le sexe masculin. Encore une fois, nous sommes face à une situation typique de Kim Ki Duk : la jeune fille voit sa sexualité contrôlée par un homme, ce que l’issue du drame ne démentira pas. Cependant, les relations qui unissent le sexagénaire et l’adolescente sont traitées avec une certaine sensibilité, à défaut de verser dans la subtilité. Le mutisme du vieil homme et de l’adolescente, un syndrome qui touche de plus en plus gravement les personnages de Kim Ki Duk, leur permet d’exprimer toute une palette d’émotions rien qu’avec le regard et les attitudes corporelles. C’est ainsi que le moindre changement d’expression, le moindre geste prend une signification bien plus lourde que si des mots avaient été plaqués sur les sentiments.

Même si les personnages parviennent à susciter l’émotion, il s’avère assez difficile de croire totalement à leur histoire. La faute n’en revient pas aux acteurs, Jeon Sung Hwan (Sword in the Moon) dans le rôle du vieil homme et Han Yeo Rum (Samaria) dans celui de la jeune fille révélant tous deux une grande alchimie et une belle intensité de jeu. Le film traduit les limites d’un style trop enfermé dans des obsessions certes passionnantes, mais dont l’auteur a peut-être déjà exploré tous les aspects. Encore une fois, les personnages sont cloisonnés dans un univers restreint – ici, un bateau – et les relations entre hommes et femmes emprisonnent plus que jamais ces dernières.

L’Arc donne ainsi une constante impression de déjà-vu, sauf que cette fois certaines scènes ne parviennent pas à échapper au ridicule. On pense notamment au petit jeu rituel de la balançoire auquel se livrent, complices, les deux personnages lorsqu’ils prédisent l’avenir pour les passagers.

Autre élément plombant légèrement l’impact émotionnel : le dénouement, vraiment too much. Sans trop en révéler, celui-ci aurait gagné à miser sur la suggestion plutôt que sur l’expression au grand jour des véritables intentions du réalisateur.

Même la bande originale n’est pas à la hauteur des précédentes : si des films comme Bad Guy et Locataires avaient fait trotter les titres de Etta Scollo et Natacha Atlas dans nos têtes, les morceaux récurrents joués ici avec l’arc – en réalité du violon traditionnel coréen – finissent rapidement par lasser.

Kim Ki Duk tournerait-il en rond? Tirer de telles conclusions à partir d’un seul film serait abusif, surtout si l’on se remémore ses récents chefs-d’œuvre que sont Locataires et Printemps, Été, Automne, Hiver et… Printemps. L’Arc demeure une œuvre intrigante et pourvue d’une certaine richesse émotionnelle et intéressera sans aucun doute ceux que l’univers de l’auteur a toujours captivés.

Élodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 28 novembre 2005

 

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