Critique : ‘Last Life in the Universe’, de Pen-Ek Ratanaruang

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Présenté au Festival du Film Asiatique de Deauville en 2004, Last Life in the Universe de Pen-Ek Ratanaruang ne s’était vu attribuer aucune récompense, le jury lui ayant préféré le plus convenu A Good Lawyer’s Wife du Coréen Im Sang Soo. C’est ainsi que l’édition 2004 du Festival est passée à côté du plus beau film de sa programmation. On peut néanmoins se consoler en sachant que le Festival de Venise 2003, plus avisé, avait décerné à l’acteur principal, l’incontournable Tadanobu Asano, un prix d’interprétation mérité pour son rôle.

Japonais installé à Bangkok, Kenji mène une vie solitaire, seulement ponctuée par son travail routinier de bibliothécaire et ses multiples – et infructueuses – tentatives de suicide. Un soir, son frère fait irruption chez lui, accompagné d’un autre homme. Soudain, l’intrus dégaine une arme et tire à bout portant sur son compagnon. Menacé à son tour, Kenji a juste le temps de s’emparer d’un revolver et d’abattre l’assassin de son frère. Fuyant à travers la nuit, Kenji croise Noi, une jeune prostituée dont la sœur vient d’être tuée dans un accident de voiture. Alors que tout les sépare, y compris la barrière de la langue, ces deux êtres déboussolés vont apprendre à se connaître et, peut-être, à s’aimer…

Last Life in the Universe s’ouvre sur la tentative de suicide d’un jeune homme neurasthénique nommé Kenji (Tadanobu Asano) au milieu d’un décor lisse et froid, rangé au millimètre, celui de son appartement à Bangkok où il travaille en tant que bibliothécaire. Par le biais d’une série de plans a priori contradictoires les uns avec les autres, le film sème la confusion dans l’esprit du spectateur qui ne sait pas s’il est parvenu à ses fins. Le ton surréaliste, non-linéaire du film est ainsi clairement annoncé dès ses premières minutes.

Pen-Ek Ratanaruang privilégie l’ambiance ouatée du rêve et non la dramaturgie, s’attarde sur l’instant présent sans expliciter ni le passé ni l’avenir. Ce n’est qu’au bout d’une demi-heure, lorsque Kenji et Noi (Sinitta Boonyasak) décident de fuir ensemble vers la maison de cette dernière, qu’apparaît le titre du film, signe d’un nouveau départ.

La langueur délicieuse qui s’installe dès lors petit à petit, balayant le chaos initial de la perte du frère pour Kenji, et de celle de la sœur pour Noi, ne quittera plus le récit.

Partant d’un sujet apparemment peu original, la rencontre de deux êtres que tout oppose, Last Life in the Universe parvient constamment à se tenir à l’écart du moindre cliché grâce à son scénario épuré mais propice aux multiples interprétations, à sa réalisation pleine de grâce et de subtilité, à son atmosphère proprement envoûtante.

A ce titre, la photographie sensuelle et apaisante de Christopher Doyle participe pleinement à la narration, enveloppant les personnages d’une douceur bienveillante. Tandis que Kenji se voit associer des couleurs glaciales durant les premières scènes, l’irruption de Noi dans sa vie apporte les tons chauds qui lui manquaient et qui vont progressivement gagner leur place dans l’esthétique du film pour culminer en un parfait équilibre.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 25 mai 2005

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