Critique : ‘Le Soleil se lève aussi’, de Jiang Wen

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Avec Le Soleil se lève aussi, Jiang Wen livre un long métrage inégal dont le séduisant parfum doux-amer peine à se laisser apprécier à sa juste valeur du fait d’un manque global d’unité. Spectacle foisonnant, coloré, mélancolique et drôle à la fois, le film affiche ses intentions de façon parfois trop claire pour parvenir à susciter l’émotion. A défaut d’être transporté, on en retient malgré tout de beaux moments.

Sept ans après le remarqué et remarquable Les Démons à ma Porte, Jiang Wen signe avec Le Soleil se lève aussi son troisième long métrage en tant que réalisateur. Un retour qui n’en est pas totalement un puisqu’il est resté entre temps très présent sur les écrans en tant qu’acteur. Il se réserve ainsi logiquement une place de choix au sein du casting original de ce nouveau film qui ne l’est pas moins.

Divisé en quatre parties distinctes qui ne se recoupent pas forcément entre elles de manière évidente, Le Soleil se lève aussi déroutera tout autant les admirateurs de son précédent film, particulièrement sombre et ironique, que les amateurs de cinéma chinois en général. Jiang Wen change en effet radicalement de ton pour nous offrir un film exubérant, véritable symphonie de couleurs, de textures, de sons et de musique. Un film dont le caractère résolument inclassable fait à la fois la force et la limite. La folie, l’amour, le fusil, le rêve. L’intrigue du Soleil se lève aussi se décline au rythme de ces quatre saisons aux noms énigmatiques, qui nous entraînent aux quatre coins de la Chine sur les traces de plusieurs personnages aux destins entremêlés.

Au centre de ce film choral, il y a la mère (Zhou Yun) et le fils (Jaycee Chan, le fils de Jackie), dont la relation étrange nous est dépeinte dans la première partie située en Chine du Sud. Étrange, parce qu’ils semblent séparés par quelques années seulement, comme le fait remarquer l’un des personnages, au point que les rôles ne tardent pas à s’inverser tout naturellement dès l’instant où la mère affiche les premiers symptômes d’une folie contagieuse. Incontrôlable et imprévisible, elle donne le ton de ce film où la comédie et l’absurde côtoient un sentiment de profonde tristesse.

Cette dualité est tout aussi palpable dans la deuxième partie, où le professeur Liang (Anthony Wong), accusé d’avoir tripoté une spectatrice dans un cinéma en plein air, se voit contraint de subir les assauts surréalistes du Docteur Lin (Joan Chen, hilarante) qui veut le sauver à tout prix.

Pourtant, c’est paradoxalement la troisième partie, la plus grave de toutes, qui ressort dans Le Soleil se lève aussi – la quatrième s’apparentant davantage à un épilogue un peu long.

Si l’on prend plaisir à suivre les pitreries de cette mère complètement dingo qui passe son temps à grimper aux arbres ou à creuser des trous dans le sol, si l’on s’amuse des minauderies impayables de la doctoresse en chaleur, le constat qui s’impose est celui du manque d’unité de cette fanfare mi-grotesque, mi-tragique. Séparément, la plupart des éléments fonctionnent et le parti-pris décalé confère à chaque histoire un certain charme. Mais c’est ensemble que celles-ci échouent à transmettre l’émotion voulue, comme si le cinéaste lui-même s’était perdu en route à l’intérieur du puzzle surchargé qu’il a cherché à mettre en place.

Le brio de la mise en scène, la qualité de la photographie, de l’interprétation et de la musique n’y font rien, Le Soleil se lève aussi accuse au fur et à mesure des longueurs regrettables qui l’empêchent de prendre véritablement son envol et ce, en dépit d’un final flamboyant. Si la troisième partie se montre la plus convaincante, c’est tout simplement parce qu’elle est la plus sobre et la plus homogène de toutes, la moins imprégnée de cette frénésie du réalisateur de surprendre à tout prix au risque de passer à côté de son sujet.

Placé au centre de ce chapitre plus contemplatif, le personnage qu’interprète Jiang Wen devient par conséquent et un peu malgré lui l’une des figures les plus intrigantes du film car la moins désincarnée.

Un constat d’autant plus amer que Le Soleil se lève aussi fourmille d’audaces visuelles et narratives, et se distingue nettement de la majorité de la production chinoise de par son originalité déconcertante.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 11 mars 2008

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