Critique : ‘Men Suddenly in Black’, de Pang Ho Cheung

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Men Suddenly in Black part d’un concept original, celui d’explorer le tumulte des relations de couples en utilisant les codes du film policier, mais le réalisateur Pang Ho Cheung ne parvient pas à ses fins. La faute à une caractérisation des personnages trop portée vers la caricature, et à un manque de souffle à mesure que les scènes de comédie s’enchaînent. On retiendra malgré tout de Men Suddenly in Black la singularité du projet ainsi que quelques trouvailles amusantes.

Soutenu par Eric Tsang qui produit son film et en interprète le rôle principal, Pang Ho Cheung se livre avec Men Suddenly in Black à son exercice favori, celui de la comédie de mœurs déguisée en film de genre.Le jeune réalisateur, repéré dès son premier long métrage You Shoot, I Shoot comme l’un des plus prometteurs de ces dernières années à Hong Kong, confirme ici les espoirs placés en lui, et ce même si ce film pour le moins surprenant n’est pas exempt de défauts, loin de là.

men_suddenly_in_black_01Quoiqu’il en soit, force est de constater que pour peu que l’on ne connaisse pas le sujet de Men Suddenly in Black, on se laisse avoir par les premières scènes conçues à dessein comme le prologue d’un sombre polar. L’atmosphère, les cadrages, les attitudes des comédiens, la musique, tout y sonne tellement vrai que lorsque la chute arrive – de la bouche de Eric Tsang lui-même exposant à ses comparses le motif de la « mission » – le film provoque l’irrésistible hilarité voulue par son auteur. Si la suite s’était montrée à la hauteur de ces premières minutes, Pang Ho Cheung aurait sans nul doute réalisé l’une des comédies les plus réussies de son époque.

Le sujet véritable de Men Suddenly in Black, à savoir les relations hommes-femmes, est loin d’être dénué d’intérêt et le réalisateur a suffisamment prouvé depuis ses débuts à quel point il lui tenait à cœur. Les frasques de ce quatuor d’hommes d’âges divers sont donc à considérer d’un point de vue comique évident mais aussi sous un angle plus sérieux, en ce qu’elles mettent en lumière un vrai malaise qui est rarement traité en profondeur dans le cinéma de l’ex-colonie. Toutefois, passée la surprise induite par l’approche originale de Pang, surprise teintée d’admiration devant sa capacité à digérer et restituer avec autant d’acuité les codes du film policier de Hong Kong tel qu’on le connaît depuis dix bonnes années, l’intérêt retombe malheureusement un peu vite en dépit de belles tentatives.

Parmi celles-ci, on relèvera tout particulièrement l’excellente scène de gunfight au jet d’eau, au cours de laquelle Jordan Chan, Chapman To et Eric Tsang combattent les paparazzis venus les piéger à la sortie des lieux de plaisirs. Le décalage entre les chorégraphies spectaculaires renforcées par des bruitages tonitruants (chaque flash d’appareil photo émet un son identique à celui d’une balle expulsée d’un canon) et la trivialité des « armes » comme du propos fonctionne ici à merveille, imposant ce moment comme le plus exaltant du film.

La triste histoire d’Oncle Neuf (Tony Leung Kar Fai), qui accepta pour sauver ses amis une condamnation à la prison à perpétuité (c’est-à-dire de rester enfermé chez lui sous la surveillance de son épouse tyrannique) donne lieu à de savoureux délires. Mais ce sont là à peu près les seuls grands moments de rigolade de Men Suddenly in Black.

Si le fond « sérieux » du film avait été traité avec davantage de finesse, il aurait été possible de pardonner ces baisses de régime, mais les personnages restent trop grossièrement esquissés pour cela. Les comédiens et comédiennes ont beau être sympathiques, ils n’ont guère l’occasion de donner de consistance à leurs rôles respectifs et le film, de par son sujet, finit par en souffrir. On saluera néanmoins l’effort.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 octobre 2007

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