Critique : ‘Outrage’, de Takeshi Kitano

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Takeshi Kitano revient avec Outrage vers le film de Yakuzas, dont il examine l’univers rigide et brutal avec une ironie diabolique. Kitano n’a rien perdu de sa maîtrise pour mettre en scène des explosions de violence meurtrières, atteignant ici une cruauté et une imagination stupéfiantes et s’accompagnant d’un humour corrosif qui fait oublier les quelques petites longueurs. Une comédie noire ludique et inventive à prendre comme un pur divertissement.

Violent Cop (1989), Jugatsu (1990), Sonatine (1993), Hana-Bi (1997), Aniki, Mon Frère (2001)… Si le public japonais connaît avant tout Takeshi Kitano en tant que comique, sa renommée internationale s’est construite autour de sa manière très personnelle d’explorer le genre du film de Yakuzas. Près de dix ans après Aniki, Mon Frère, le cinéaste revient vers l’univers des gangsters japonais après avoir conclu sa trilogie de la création avec le récent Achille et la Tortue. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2010, Outrage se présente comme comédie noire purement divertissante, mais confirme que le cinéaste n’a rien perdu de sa maîtrise.outrage_01Tout commence lorsque Sekiuchi, grand boss d’une organisation criminelle contrôlant toute la région du Kanto, lance un avertissement à son lieutenant Kato (Tomokazu Miura) et au bras droit de celui-ci, Ikemoto (Jun Kunimura), accusés d’entretenir des liens douteux avec le clan Murase. Ikemoto doit rappeler ce dernier à l’ordre, une tâche dont il se décharge sur son subordonné. Comme d’habitude, les plans épineux finissent par atterrir entre les mains du petit chef situé en bas de l’échelle, Otomo (Beat Takeshi). Mais une fois que la machine est enclenchée, rien ne peut stopper l’escalade. Un premier incident provoque la mort d’un homme, qui entraine celle d’un autre, etc. Au final, ce qui aurait dû rester un banal incident va coûter la vie à bien plus de monde que prévu.

A travers une mécanique scénaristique parfaitement huilée, Outrage dépeint un monde régi par une hiérarchie rigide et archaïque dans lequel l’individu est réduit au silence puisqu’il doit systématiquement s’effacer derrière son patron. Un réseau complexe qui s’impose comme une caricature du modèle japonais et qui va s’effondrer comme un château de carte dès lors qu’un grain de sable va compromettre son fonctionnement, le moindre conflit d’égo entre les Yakuzas se solvant inéluctablement par un échange de coups de feu.

outrage_03Comme d’habitude dans les films de gangsters de Kitano, la violence éclate à l’écran à l’improviste, avec une rapidité meurtrière. Le cinéaste ne cache pas sa fascination pour la représentation de cette violence, qui en plus d’être particulièrement sanglante atteint ici une inventivité nouvelle avec des mises à mort toujours plus cruelles et pleines d’imagination. Âmes sensibles s’abstenir. L’effet d’engrenage s’avère tout simplement jouissif, le regard du cinéaste sur ces Yakuzas dépassés par les événements et pris au piège s’accompagnant d’un humour corrosif qui témoigne d’une distance salvatrice vis-à-vis du milieu décortiqué par le film.

Contre toute attente, Takeshi Kitano n’a pas fait appel à sa bande de copains habituels et donne un coup de neuf à son cinéma en employant des acteurs peu familiers de son univers, parmi lesquels on compte quelques noms prestigieux tels que Kippei Shiina (Réincarnation, Shinobi), Renji Ishibashi (20th Century Boys) ou encore Ryo Kase (Lettres d’Iwo-Jima, Tokyo!).

L’absence au générique du compositeur Joe Hisaishi se fait tout de même ressentir : Outrage ne possède pas la poésie d’un Sonatine et manque d’un peu de profondeur, même si la mise en scène demeure toujours aussi percutante.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 17 mai 2010

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