Critique : ‘Portrait de Femmes Chinoises’ (Knitting), de Lin Yichuan

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Présenté en Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2008, Portrait de Femmes Chinoises ébauche une peinture sociale réaliste de la Chine d’aujourd’hui centrée sur trois campagnards qui se débattent dans des conditions de vie difficiles au sein d’une grande ville. Outre la qualité de la mise en scène, à la fois proche du réel et bien rythmée, Portrait de Femmes Chinoises vaut pour ses portraits complexes et attachants portés par des acteurs d’un naturel admirable, l’actrice Yan Bingyan démontrant une fois de plus qu’elle est l’une des révélations majeures du cinéma chinois de ces dernières années.

portraits_de_femmes_chinoises_03De nos jours dans une grande ville chinoise, deux jeunes gens, Daiping (Zhang Yi) et Chen Jin (Lu Yulai), luttent au quotidien pour survivre. Enchaînant les petits boulots, comptant sur l’indulgence de leur propriétaire pour les retards de loyer, ils mènent au jour le jour une vie misérable dans un appartement exigu. Leur petit monde va pourtant basculer avec l’arrivée de Haili (Yan Bingyan), jeune femme séduisante que Chen Jin a connue dans le passé et qui se montre bien décidée à le récupérer et à élire domicile sur place.

A travers l’histoire de ces trois anonymes issus de la campagne et confrontés à la cruauté de la vie citadine, Portrait de Femmes Chinoises dresse un tableau sans concession de la misère qui opprime les laissés pour compte d’une société froide et inhumaine. Comme pour souligner le caractère restreint des perspectives qui s’offrent aux personnages, la réalisatrice Lin Yichuan privilégie les espaces clos et étroits, l’essentiel de l’action se déroulant à l’intérieur même de l’appartement dans lequel vivent Daiping, Haili et Chen Jin. En plus d’être un drame social poignant, Portrait de Femmes Chinoises met en scène un ménage à trois dont la dynamique réserve des surprises jusqu’à la dernière séquence, le dénouement allant à ce titre à l’encontre des poncifs sur les rivalités féminines que l’on nous sert habituellement.

portraits_de_femmes_chinoises_02Pour ce second long métrage maîtrisé, la réalisatrice Yin Lichuan recevait les honneurs d’une projection cannoise en Quinzaine des Réalisateurs 2008. Cherchant le réalisme brut des situations sans pour autant en devenir aride, la mise en scène pleine de justesse sert admirablement le propos, évitant les pièges du misérabilisme grâce à un regard qui n’est pas dénué d’un certain humour sur les personnages. A travers ces trois portraits nuancés, chacun révélant tour à tour sa gentillesse et sa mesquinerie, la réalisatrice parvient à susciter des sentiments complexes chez le spectateur qui se sentira parfois tiraillé entre les trois points de vue.

A ce titre, Portrait de Femmes Chinoises bénéficie d’une interprétation remarquable. Par une agréable coïncidence, le film de Yin Lichuan sort quelques semaines avant un autre film chinois, Memory of Love de Wang Chao, qui met lui aussi en scène l’actrice Yan Bingyan, tout simplement l’une des révélations les plus marquantes du cinéma chinois de ces dernières années depuis sa prestation étonnante dans Teeth of Love. Yan Bingyan interprète ici la délurée Haili, personnage tour à tour irritant et attachant, qui s’avère en réalité affectivement plus dépendante de ses deux compagnons d’infortune qu’elle ne veut bien l’admettre. Ses partenaires se fondent eux aussi avec grand naturel dans l’univers très terre à terre du film, l’actrice Zhang Yi composant un personnage aussi touchant que criant d’authenticité.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 juillet 2009

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