Critique : ‘Prison on Fire’, de Ringo Lam

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Film coup de poing très documenté, Prison on Fire dresse un état des lieux saisissant de l’univers carcéral hongkongais des années 80. Porté par un Chow Yun Fat flamboyant, ce film percutant et étrangement émouvant s’appuie sur un scénario très solide et sur la mise en scène efficace et inspirée de Ringo Lam, l’un des plus grands réalisateurs de l’ex-colonie.

Réalisé en 1987 par Ringo Lam, avec en vedette Tony Leung Kar Fai et Chow Yun Fat (alors en pleine gloire), Prison on Fire est un pur film carcéral parmi les plus réussis du genre, avec pour seule unité de lieu la prison où son regroupés sans distinction criminels, gangsters, petites frappes et individus lambdas, projetés en enfer par malchance.

Le film débute justement par l’arrivée d’un nouveau détenu, Lo Ka Yiu (Tony Leung Kar Fai), inculpé pour homicide involontaire après avoir précipité sans le vouloir l’un des agresseurs de son père sur la chaussée, où il s’est fait écraser par un camion. Une information qui nous est donnée assez rapidement et sans trémolo, bien que l’on comprenne évidemment que Lo n’a pas commis de meurtre à proprement parler, et s’est retrouvé lui-même victime d’un très malheureux concours de circonstances.

Mais nous ne sommes pas là pour nous apitoyer sur la mauvaise fortune de ce personnage, puisque c’est à travers ses yeux que nous est dévoilé dans un premier temps le fonctionnement de ce microcosme impitoyable.

Si Lo subit un bizutage assez déplaisant durant les premières semaines de son incarcération, le propos de Prison on Fire est tout autre, et se précise dès lors que le jeune homme reçoit la protection de Ching (Chow Yun Fat), avec lequel il va finir par se lier étroitement. Dans cet univers sec et brutal, Lo et Ching sont les seuls à ne pas appartenir à un clan, tandis que tous les autres reproduisent le système mafieux et obéissent au doigt et à l’œil à un chef, sous l’œil complice des gardiens. Mais Ringo Lam ne cherche pas à dénoncer en bloc le caractère irrécupérable de ces détenus, comme il ne se montre jamais non plus complaisant envers eux.

Avec très peu de musique et sans céder à la tentation du romantisme facile, il s’attache à décrire, outre la monotonie du quotidien, l’équilibre fragile des rapports de force qui régissent cet univers clos, et qui s’avèrent bien moins simples qu’il n’y paraît, les plus vulnérables n’étant pas forcément ceux que l’on croit. Ces rapports de force concernent bien entendu les prisonniers entre eux, mais aussi les prisonniers et leurs gardiens, parmi lesquels se trouve le très zélé Hung dit « Le Tueur », interprété par un jeune Roy Cheung tout à fait glaçant.

Comme toujours avec Ringo Lam, l’efficacité de la mise en scène (voir pour exemple la scène de bagarre générale dans la cour au début du film, filmée avec un sens incroyable du mouvement) sert une psychologie soignée des personnages. Non pas que ceux-ci soient formidablement développés — on ne sait pas grand-chose de leur passé — mais la manière dont leurs réactions sont amenées est toujours crédible, alors même que celles-ci demeurent imprévisibles. Qui, de Lo ou de Ching, va craquer pour de bon le premier ? Qui, de Hung ou de Micky (Ho Ka Hui), le bourreau de Lo, va encourir le déchaînement de violence qui s’annonce ?

Le scénario de Prison on Fire est excellent en ce sens qu’il amène insidieusement la situation à dégénérer jusqu’à une explosion certes attendue, mais déroutante de par sa sauvagerie extrême. Pourtant, et c’est là la grande surprise, ce que l’on retient au final, c’est la, ou plutôt les très belles histoires d’amitié que nous raconte le réalisateur, par-delà les magouilles, les trahisons et les injustices. Du grand Ringo Lam.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 15 janvier 2008

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