Ce film de zombies coréen s’appuie sur un concept similaire à celui de Kingdom. Mais le résultat est-il aussi convaincant ? Pas sûr.

CRITIQUE – L’idée d’une invasion de zombies sous l’ère Joseon a de quoi intriguer les amateurs de sageuk comme les fans de films d’horreur non-initiés aux fictions coréennes. Pour les premiers, le mélange des genres promet un choc culturel excitant. Pour les seconds, le dépaysement suscite forcément la curiosité…

On se calme tout de suite ! Dans le divertissement pur comme dans l’horreur, Rampant échoue à peu près sur tous les tableaux. La faute à un scénario creux, une réalisation qui manque cruellement de mordant et un casting peu inspiré – Hyun Bin en tête.

Rampant : poster du film

Rampant, de quoi ça parle ?

Le Prince Lee Chung (Hyun Bin) est de retour à Joseon après dix ans de captivité en Mandchourie. A la mort de son frère, il devient l’enjeu de luttes de pouvoir entre plusieurs clans. Kim Ja Joon (Jang Dong Gun), un ambitieux ministre, met tout en œuvre pour prendre le pouvoir en éliminant tous ses opposants. Mais un danger encore plus grand menace le royaume : une épidémie transforme les humains en zombies assoiffés de sang, qui rampent à la tombée de la nuit pour décimer la population.

Rampant tente de revisiter un genre anglo-saxon popularisé dans les années 70-80 par George A. Romero (La Nuit des Morts-Vivants), puis repris entre autres et avec succès par Danny Boyle (28 Jours Plus Tard). Dans les années 2000, les zombies ont voyagé au Japon (Versus), en Thaïlande (SARS Wars), en Norvège (Dead Snow) ou encore en Espagne (Rec.), avant de revenir en force aux États-Unis avec la série Walking Dead.

Combat au sabre dans le film Rampant

On croyait en avoir fait le tour, jusqu’à ce que la Corée décide de mettre son grain de sel. Le Pays du Matin frais nous a tout d’abord envoyé un électrochoc avec Dernier Train Pour Busan, une pépite réalisée en 2016 par Yeon Sang Ho, puis ce Rampant réalisé en 2018 par Kim Sung Hoon (Confidential Assignment). La série Kingdom est sortie sur Netflix quelques mois plus tard, en janvier 2019.

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Avec Rampant, le réalisateur Kim Sung Hoon se donne les moyens de ses ambitions. Outre un budget confortable, qui lui permet de mettre en images des attaques de zombies à grande échelle, le réalisateur s’offre la présence de deux stars : Hyun Bin (Crash Landing On You, Memories of the Alhambra) et Jang Dong Gun (Arthdal Chronicles, Frères de Sang). Des atouts qui ne sauveront pas l’entreprise du naufrage.

Hyun Bin dans Rampant

Pourquoi Rampant ne décolle pas du sol

Le premier défaut du film réside dans un scénario d’une telle indigence qu’on a peine à croire qu’il soit né de la plume de Hwang Jo Yoon, qui avait fait des miracles sur Old Boy (Park Chan Wook). Avec une intrigue politique aussi banale et un développement des personnages qui répond aux abonnés absents, la tentative de délivrer un propos social sur l’oppression du peuple par la noblesse paraît ridicule, voire décalée.

Même si l’idée d’une pandémie dévorant le peuple d’en-bas pendant que les plus riches se remplissent la panse ne prête pas à la plaisanterie, il aurait été préférable de placer le curseur plus franchement du côté du divertissement et de l’horreur, au lieu de se prendre autant au sérieux.

La réalisation insipide a tout à voir avec ce ratage. Malgré les horreurs qui se déroulent à l’écran, Kim Sung Hoon réussit pour ainsi dire un tour de force, celui d’éviter soigneusement d’effrayer qui que ce soit. Dès qu’une situation fait émerger la moindre tension (les zombies qui s’apprêtent à assaillir le palais pendant une fête, par exemple), cette dernière s’effondre comme un soufflet. La faute à un montage maladroit qui casse le rythme des scènes et désamorce le suspense.

Jang Dong-Gun dans Rampant

Il est rare d’être aussi frustré en regardant des scènes d’action. Kim Sung Hoon a tout ce qu’il faut à disposition : des décors et des costumes soignés pour nous mettre dans l’ambiance, un chorégraphe d’action qui a l’air de savoir ce qu’il fait, des milliers de figurants, des maquilleurs qui s’en donnent à cœur joie. Pourtant, il réussit la prouesse insensée de délivrer des scènes dénuées de toute envergure, qui nous laissent absolument de marbre. Le sang gicle partout, ça découpe des corps de tous les côtés, mais on ne ressent jamais aucune montée d’adrénaline.

Une seule scène tire son épingle du jeu : le moment où Lee Chung et sa bande se trouvent coincés avec des prisonniers dans le couloir exigu d’un cachot attaqués par une horde de zombies. Ce moment oppressant, qui exploite habilement le décor claustrophobe et le principe de la menace qui se rapproche inexorablement des personnages, est le seul où l’on se pose la question qui devrait nous tarauder à chaque instant : vont-ils s’en sortir ?

Extrait du film Rampant (Kim Sung Hoon, 2018)

Et Hyun Bin, dans tout ça ?

A aucun moment Lee Chung, le héros de cette histoire, ne suscite la moindre sympathie. Il faut dire que Hyun Bin ne fait absolument aucun effort pour lui apporter une once d’intensité ou d’émotion. Pire, il échoue à insuffler à son personnage la stature d’un héros.

Mettre Hyun Bin dans un premier rôle revient à jouer à la loterie : on ne sait jamais si on va décrocher le bon numéro, comme dans Memories of the Alhambra, où il montre de réelles qualités d’acteur, ou le mauvais, comme dans Hyde Jekyll Me, où sa performance est sans saveur, ou ce Rampant, où il est trop occupé à poser devant la caméra pour jouer et se montre aussi expressif qu’un réfrigérateur. Il n’est guère aidé par ses échanges avec Lee Sun Bin (Squad 38), dont le jeu est inexistant et qui a l’air d’une touriste déguisé pendant tout le métrage.

Du côté des politiciens, seul Kim Eui-Sung (W: Two Worlds Apart) apporte un peu de piment en roi qui sombre dans la folie zombiesque. Jang Dong Gun, quant à lui, fait ce qu’il peut avec un personnage qui manque singulièrement de consistance pour un ministre briguant non seulement le trône, mais aussi le statut de méchant charismatique de l’histoire. Nous ne saurons même pas pour quelle raison le bonhomme garde son intégrité mentale une fois contaminé.

L’histoire laisse d’ailleurs un goût désagréable d’inachevé à l’issue d’un climax qui se veut spectaculaire – le méchant monsieur est en proie à un certain délire de mégalomanie -, mais qui manque une fois encore d’ampleur. Même l’action ressemble plus à une cinématique de jeu vidéo qu’à un film.

Faut-il regarder Rampant ou Kingdom ?

Sans hésiter, nous vous recommandons la série Kingdom ! Sur un scénario au concept similaire – des zombies envahissent Joseon –, elle série délivre des scènes d’action dantesques, qui prennent aux tripes grâce à une réalisation inspirée, le tout porté par des acteurs bien dans leur costume. Tout le contraire de Rampant, en somme.

Lee Sun-Bin dans Rampant

A propos, il n’aura échappé à personne que les deux histoires entretiennent des similitudes troublantes : un roi contaminé par la maladie comme allégorie du pouvoir corrompu, un prince héritier traité comme un paria, des zombies qui se lèvent à la tombée de la nuit…

Précisons à toutes fins utiles que le scénario de Kingdom s’inspire du webcomic de la scénariste Kim Eun Hee, The Kingdom of the Gods, qui date de 2015. C’est-à-dire deux ans avant le tournage de Rampant. Comme pour l’affaire The Divine Fury versus The Guest, libre à chacun d’en tirer ses propres conclusions !

Elodie Leroy

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