Critique : ‘Shanghai Express’, de Sammo Hung

0

En 1986, lorsque sort sur les écrans hongkongais ce Shanghai Express survitaminé, Sammo Hung a déjà près de dix ans de carrière derrière lui et plus de vingt films à son actif en tant que réalisateur. On comprend alors le pourquoi du comment de tant de maîtrise dans la mise en scène et surtout dans le timing. Car c’est sur ce dernier élément que repose toute la science de cette comédie non-sensique et hilarante qui peut aussi se vanter d’être, et c’est peu de le dire, l’un des plus grands films d’aventures jamais produit par le cinéma de Hong Kong. Rien que ça.

Après avoir échappé de justesse à l’agent fédéral qui le poursuit sans relâche, le bandit Cheng Fong-Tin ne perd pas le nord et décide de tenter un plus gros coup encore, dans la ville de Hanshui par laquelle doit passer un train rempli de riches voyageurs. Mais il n’est pas le seul à vouloir s’enrichir et les choses ne vont pas se passer comme prévu…

Le maigre point de départ de Shanghai Express n’est que prétexte à déployer toute la formidable énergie de cet impressionnant réservoir de stars d’action et autres visages familiers de tout amateur de cinéma d’action chinois des années 80-90. De Yuen Biao en policier vertueux, à Eric Tsang en garde corrompu à la voix de châtré, en passant par Rosamund Kwan, Bolo Yeung, Wu Ma, Kenny Bee, Lam Ching-Ying, Richard Ng, Emily Chu… il semblerait que toute la crème ait répondu présent à l’appel pour ce qui s’apparente à un festival unique de talents en tous genres, par chance admirablement employés du début à la fin.

Le réalisateur/chorégraphe Corey Yuen, ami d’enfance de Sammo Hung et de Jackie Chan, fait lui aussi une brève apparition, de même que Yuen Tak et Yuen Wah, dans des rôles que l’on suppose taillés sur mesure. Sans oublier le trio formé par les Japonais Yasuaki Kurata (Fist of Legend) et Yukari Oshima, et le Coréen Hwang Jang-Lee, tous trois revêtus des habits de redoutables samouraïs détenteurs d’une carte extrêmement convoitée…

Le bonheur est total et se renouvelle à chaque minute, au gré des innombrables trouvailles visuelles dont témoigne ce long métrage épique et complètement allumé, entièrement tourné au milieu de somptueux extérieurs. Dans Shanghai Express, il n’est pas rare de voir les acteurs atterrir dans le champ depuis le haut du cadre en se jetant l’un sur l’autre avec un entrain des plus contagieux.

Les cascades spectaculaires en plan-séquence s’enchaînent à qui mieux-mieux, sans câble et sans effet de ralenti abusif, la palme en la matière étant détenue haut la main par Yuen Biao, qui exécute sous nos yeux ébahis un saut vertigineux du haut d’un immeuble en flammes, avant de se recevoir en souplesse sur ses deux jambes pour embrayer le plus naturellement du monde sur les échauffourées au sol. La liste d’exploits est longue, en réalité, et se densifie encore à mesure que l’intrigue progresse vers la bataille finale, superbement chorégraphiée.

Le plus beau reste que ces instants de bravoure complètement dingues – et le mot est faible – sont immédiatement relayés par des gags tous plus débiles les uns que les autres, reposant généralement sur des quiproquos cocasses et improbables. A ce titre, la fameuse scène de la chambre numéro 5 vaut son pesant d’or et démontre s’il en était besoin que Sammo est aussi à l’aise dans la farce cartoonesque, purement visuelle, que dans le comique de situation tarabiscoté.

Tout comme l’action, la comédie est réglée au millimètre, l’humour surgissant d’une seconde à l’autre, lors de plans courts et percutants. A l’image de ce moment idiot où Yuen Biao se retrouve projeté en l’air en tentant d’enfourcher sa moto, gag qui évoque d’ailleurs cette scène à pleurer de rire où Maggie Cheung se rétame avec son scooter dans Police Story de Jackie Chan.

Côté arts martiaux purs, Sammo Hung se réserve bien sûr le beau rôle, et ce même s’il se fait durement corriger par Cynthia Rothrock le temps d’un face à face mémorable. Mais qu’on le veuille ou non, c’est tout de même l’incroyable Yuen Biao qui emporte le morceau au final. Shanghai Express faisant fi de tout ralenti trompeur pour se concentrer sur la dynamique de l’action, on a tout le loisir d’apprécier la grâce inouïe et l’infinie rapidité de cet acrobate hors pair, dont la précision des mouvements laisse immanquablement pantois.

Ces qualités phénoménales sont constamment mises en valeur par un travail inspiré de la caméra, qui parvient à capter à chaque instant l’élan comme l’impact des coups pour un résultat d’une superbe fluidité. Une ère qui semble bien lointaine aujourd’hui…

Extrême dans l’action, délirant dans la comédie, parfaitement décomplexé dans tous les cas, Shanghai Express n’a pas pris une ride en vingt ans, tout en restant absolument unique en son genre. Une perle à visionner en boucle.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 16 avril 2007

Share.