Critique : ‘Shiver’, de Billy Chung

0

A partir d’un postulat qui renvoie à un croisement improbable entre Dead Zone et The Eye, le tout lourdement assaisonné d’apparitions fantomatiques à la Ring, Shiver se veut davantage un thriller psychologique qu’un simple film d’horreur dans la mouvance de la célèbre trilogie inspirée des romans de Kôji Suzuki. Malheureusement, en dépit d’une volonté affirmée de transcender les canons du genre, le réalisateur Billy Chung n’a rien d’assez riche à proposer en retour pour parvenir à convaincre ne serait-ce qu’un peu.

Sur le point de divorcer, Chan Kwok-Ming et son épouse Sammi sont en train de régler leurs comptes au beau milieu d’un embouteillage, quand soudain une fusillade éclate. Incapable de résister à l’appel du devoir, Chan se précipite dans la mêlée et abat froidement l’un des gangsters. C’est alors qu’il s’aperçoit qu’une balle perdue s’est logée dans le crâne de sa femme, restée dans la voiture. Plongée dans le coma, celle-ci n’en ressort que trois semaines après, sans séquelle apparente. Cependant, sa convalescence est troublée par d’inquiétantes visions dont certaines semblent avoir un lien avec l’affaire de meurtres en série dont s’occupe Chan…

shiver_02Shiver ne démarre pourtant pas si mal : la première scène, bien que reposant sur des procédés pour le moins démonstratifs destinés à exprimer le clivage insoluble qui sépare Chan (Francis Ng) et sa femme Sammi (Athena Chu), fonctionne assez bien et laisse présager d’un film de bonne facture. Francis Ng semble avoir mis ses coutumiers accès de folie furieuse au placard pour incarner un homme particulièrement introverti, dont les menaces de son épouse ne perturbent pas d’un chouia le calme olympien. Les choses se gâtent dès lors que le personnage de Sammi réintègre sagement le bercail et se met à sombrer petit à petit dans la démence.

Le schéma est trop classique pour espérer surprendre ne serait-ce qu’un peu : elle reste constamment confinée à la maison à ne rien faire sinon étendre un peu de linge, pendant qu’il travaille de son côté trente heures par jour et n’a pas une minute à lui consacrer. Bien sûr, il ne la croit pas une minute lorsqu’elle l’appelle, affolée, parce qu’elle se sent poursuivie par le fantôme d’une jeune femme aux longs cheveux noirs et vêtue d’une robe blanche… Mieux, on devine peu à peu qu’elle a toujours menée pareille vie oisive depuis qu’elle a épousé Chan, ce qui n’est questionné à aucun moment au cours du film. A partir d’un tel constat, il devient difficile de prendre au sérieux les enjeux qui affectent ce couple anachronique et ennuyeux.

Car au-delà du thriller, Shiver prétend rien moins que de proposer une vraie réflexion sur le couple et plus précisément sur le mariage. Si le but était de faire dire au personnage de Francis Ng qu’il devrait être plus présent à la maison et offrir des fleurs à sa femme, on ne peut pas dire le réalisateur prenne trop de risques. Le cinéma de Hong Kong serait-il en train de devenir complètement gnangnan ? On est très loin des thrillers psychologiques coréens équivalents, comme Apparitions ou The Wig, qui sont eux aussi inspirés de la vague japonaise, mais qui se sont montrés capables de s’en démarquer pour explorer l’âme humaine de manière originale.

Le fond de Shiver est à l’inverse si pauvre que l’on aurait presque préféré que le film s’en tienne à la seule dimension frissons, comme c’est le cas durant la première partie. Les rebondissements liés à Ko Chuen, le médecin interprété par Nick Cheung, n’élèvent un peu la donne que parce que l’acteur se montre capable d’intéresser davantage que ses collègues – même si, là aussi, il faut être préparé à un certain degré de mièvrerie dès l’instant où l’on aborde le cœur du drame qui le tourmente. De son coté, Francis Ng ne se contente que du minimum syndical, peu aidé il est vrai par un personnage stéréotypé (le flic impassible obsédé par son boulot). Quoiqu’il en soit, il fait toujours mieux que la pauvre Athena Chu, dont le jeu se limite à des froncements de sourcils plus ou moins appuyés.

Tout cela est regrettable car dans la forme, Shiver n’a rien de honteux. La réalisation est soignée, bien que trop prévisible dans les scènes de fantômes, et la photographie ne manque pas de classe. On aurait aimé davantage d’un tel film.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 10 juin 2007

Share.