Critique : ‘Springtime’, de Ryu Jang Ha

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Premier long métrage de Ryu Jang Ha, Springtime met en scène l’acteur coréen Choi Min Sik dans le rôle courageux d’un loser complet du nom de Lee Hyeon Woo qui, à plus de quarante ans, ne semble toujours pas capable de prendre en main sa propre vie. Musicien de formation, il ne fait que survivre en enchaînant les petits boulots sans avenir. Divorcé, il réalise qu’il aime toujours son ex-femme au moment où celle-ci est sur le point de se remarier. Enfin, sa mère ne cesse de critiquer le moindre de ses faits et gestes à la maison. Devenu acariâtre au point de blesser volontairement ses rares amis, il décide de prendre un nouveau départ en acceptant un emploi de professeur de musique dans un collège de province auprès de jeunes élèves issus de familles pauvres.

Le schéma scénaristique de Springtime est classique : en quittant la capitale pour la petite province perdue, Lee Hyeon Woo va faire de nouvelles rencontres déterminantes et se sentir peu à peu investi d’une mission, ce qui en retour l’aidera à remonter la pente. Pourtant, et c’est là son point fort assurément, jamais le film ne donne l’impression de suivre une quelconque formule. Cela est dû d’une part à la prestation magnifique de l’acteur principal, tout en retenue, et d’autre part à une narration qui évite tout sensationnalisme.

Pour exemple, cette conclusion déconcertante à la problématique qui occupe le professeur et ses élèves durant la majeure partie du film, à savoir le concours d’instruments à vent supposé décider de la survie de la classe de musique. Sans rien dévoiler du final, il est intéressant de voir à quel point le réalisateur prend le contrepied de la plupart des réalisateurs américains mettant en scène des « professeurs miracle », mais aussi celui des cinéastes coréens, si friands du mélodrame.

Il n’y a en effet rien de tout ça dans Springtime. Ryu Jang Ha choisit de traiter la question dans une optique très « tranches de vie », avançant pas à pas au rythme des états d’âme de Lee Hyeon Woo qui a grand besoin de recoller les morceaux. C’est d’ailleurs là certainement l’une des raisons qui font que le film a un peu de mal à démarrer.

Durant la première demi-heure, les scènes paraissent s’enchaîner les unes à la suite des autres, suivant les déplacements erratiques du personnage principal, dans un climat de lassitude générale plus propice à provoquer la distanciation que l’intérêt passionné. L’intrigue ne décolle pas davantage lorsque Heyon Woo fait la connaissance des adolescents qu’il va devoir mener à la victoire. Il faudra patienter encore un peu, mais cela en vaut la peine. Ne serait-ce que pour observer avec quelle subtilité le réalisateur construit petit à petit les relations entre ses personnages : la complicité naissante entre Hyeon Woo et l’un de ses élèves les plus démunis, l’ébauche d’idylle entre Hyeon Woo et la jeune pharmacienne, les retrouvailles chaotiques entre Hyeon Woo et son ex-femme, la difficile communication entre Hyeon Woo et sa mère…

La trame du film évolue ainsi au fil des liens qui se tissent ici et là, sans que l’emphase ne soit jamais mise nulle part. Et pourtant, on saisit pleinement à quel point tout cela aura des répercussions profondes sur le parcours de Hyeon Woo.

En toile de fond, la dureté de la vie de chacun ne nous est pas épargnée : fils de mineurs tiraillés entre la nécessité de prendre la relève du paternel et le désir de poursuivre leur rêve, ou encore adolescents quasiment livrés à eux-mêmes, les élèves de Hyeon Woo n’ont pas la vie facile. Mais Ryu Jang Ha ne cherche à aucun moment à faire croire que la musique va les sauver dans l’instant. Dans Springtime, on ne résout pas les problèmes d’un coup de baguette magique, tout comme on n’essaie pas de faire pleurer dans les chaumières sur commande.

Si l’ensemble souffre bel et bien de lenteurs initiales un peu frustrantes, le réalisateur se rattrape largement sur la durée et signe une œuvre tendre et chaleureuse qui se révèle plus gratifiante qu’il n’y paraît de prime abord.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 17 mai 2007

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