Le film Bichunmoo, réalisé en 2000 par de Kim Young Jun et inspiré d’un manhwa (bande dessinée coréenne), a initié une véritable mode du film de sabre fantaisiste dans le cinéma coréen en faisant appel aux spécialistes chinois de la chorégraphie d’arts martiaux. Sword in the Moon, malgré le ton résolument réaliste qui le rapproche davantage d’un Musa (Kim Sung Soo) que d’un The Legend of Evil Lake (Lee Kwang Hun), bénéficie de toute évidence de ce tournant dans le film épique à la coréenne. Pourtant, les films de sabre coréens se distinguent nettement des films hongkongais, ne serait-ce que par leur ton résolument mélodramatique. Sword in the Moon ne fait pas exception.

A la fin de la dynastie Joseon, une unité d’élite militaire est créée pour assurer la paix et la sécurité du pays. En son sein, les deux meilleurs sabreurs, Ji Hwan et Gyu Yeop, sont aussi deux inséparables amis. Mais un complot politique force Gyu Yeop à tuer Ji Hwan. Cinq ans plus tard, Guy Yeop, devenu froid et cruel, enquête sur une série d’assassinats politiques visant les protagonistes du complot. La découverte d’une épée portant le sceau de son ancienne unité d’élite confirme l’hypothèse que Ji Hwan est peut-être vivant…

Il serait dommage d’arrêter son opinion à la scène d’introduction qui nous présente un combat désagréablement saccadé et maladroitement filmé : Sword in the Moon est traversé de scènes de combat étonnamment poétiques, lyriques et particulièrement lisibles, surpassant nettement Bichunmoo sur ce terrain. Fidèle à la tradition du mélodrame coréen, Sword in the Moon place au premier plan deux hommes, Gyu Yeop et Ji Hwan, et une femme, la jeune Shi Young. Mais contrairement aux apparences, il ne s’agit pas véritablement d’un triangle amoureux. L’amitié qui lie Ji Hwan et Gyu Yeop prime nettement sur l’amour que Ji Hwan porte à Shi Young, et il s’avère rapidement que Gyu Yeop n’a guère de vues sur cette dernière.

Centré sur l’amitié chevaleresque qui unit les deux amis, Sword in the Moon reprend une fois de plus le thème cher au cinéma coréen de la fraternité indéfectible brisée par la cruauté des institutions. L’une des bonnes idées du film réside dans le changement radical de point de vue qui s’opère au fur et à mesure que l’histoire progresse. Débutant sur les exploits de Gyu Yeop présenté comme le champion imbattable du pouvoir en place grâce à son adresse à l’épée, le réalisateur met tout en œuvre pour entourer le personnage énigmatique de Ji Hwan d’une aura maléfique. Le film bascule lorsque l’on réalise que les apparences étaient trompeuses.

Habilement écrit, réalisé et interprété, Sword in the Moon constitue une excellente surprise dans le paysage du film de sabre coréen. Jamais pompeux, Kim Eui Suk négocie avec brio les changements de ton qui structurent son film, excellant dans les atmosphères inquiétantes comme dans les envolées lyriques et conférant de cette manière une étonnante cohérence à l’ensemble. Dans les moments les plus émouvants, il ne cède à la tentation d’encombrer ses scènes de dialogues redondants avec les images et préfère privilégier les échanges de regard, ménageant ainsi de longues plages muettes qui, loin de désamorcer toute émotion, la renforcent au contraire avec élégance.

On l’aura compris, la véritable histoire sentimentale de Sword in the Moon se joue entre les deux protagonistes masculins, ce qui n’est pas si étonnant lorsque l’on connaît l’admiration que Kim Eui Suk voue à Chang Cheh. Pour finir, le film doit beaucoup à son trio vedette : Jo Jae Hyun, acteur fétiche de Kim Ki Duk, Choi Min Soo, excellent et prolifique acteur (Yesterday, Phantom the Submarine) et Kim Bo Kyung, vue dans l’énorme succès que fut Friend (Kwak Kyung Taek) et qui s’impose dans un rôle bref mais marquant.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 21 juin 2006

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