Surfant sur la mode des films en costumes de fantasy et arts martiaux initiée par Bichunmoo (de Kim Young-jun) trois ans plus tôt, Lee Kwang Hoon réalise en 2003 The Legend of Evil Lake, remake d’un film de Shin Sang-Ok datant de 1969. Présenté en 2004 en compétition Action Asia au Festival du Film Asiatique de Deauville, The Legend of Evil Lake mêle romantisme et scènes épiques teintées de gore.

Aux temps anciens, la reine Chinsong de la dynastie Silla tombe amoureuse du général Biharang. Mais celui-ci préfère Jaunbie, une jeune fille ordinaire. Jalouse, la reine ordonne qu’on la mette à mort. Pour échapper à ses assassins, Jaunbie se jette dans un lac maléfique et devient une entité aux pouvoirs redoutables.


L’histoire commence en 57 avant notre ère, au moment où est fondé le royaume de Silla, qui ne comprend alors que la partie sud-est de la Corée (il s’agrandira par la suite et unifiera tout le territoire au VIIe siècle). Ce prologue met en scène le premier roi de la dynastie Silla dans son combat contre un clan rebelle. Voyant sa bien aimée tuée sans pitié, le chef de ce clan déchaîne ses pouvoirs. Mais le roi réussit à enfermer l’esprit de son ennemi dans un lac, devant lequel il plante son épée. On l’aura deviné, cette épée sera retirée des siècles plus tard par une personne qui va ainsi involontairement libérer l’esprit du Mal… Et l’heureuse élue est Jaunbie (Kim Hyo-jin), une jeune paysanne qui la trouvera sur son chemin au moment où des hommes tenteront de l’assassiner.

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Cet évènement par lequel le drame arrive se déroule en 896, à la fin du règne des Silla. Mais il est précédé d’une première partie d’exposition qui nous permet de faire connaissance avec le héros de l’histoire, Biharang (Jeong Jun-ho), un valeureux général amoureux de Jaunbie. Biharang est aussi le fidèle serviteur de la reine Chinsong (Kim Hye-ri), elle aussi amoureuse de lui, ce que les intrigants de la cour voient d’un mauvais œil. La romance qui lie Jaunbie et Biharang donne lieu à des scènes extrêmement naïves qui en feront sourire plus d’un, mais celles-ci permettent de mesurer l’enjeu dramatique qui interviendra par la suite.


Car à partir du moment où Jaunbie est possédée, The Legend of Evil Lake change radicalement de ton : les deux amants deviennent ennemis, et l’histoire vire à la tragédie. D’autre part les scènes d’action, auparavant plutôt réalistes, prennent une tournure plus fantaisiste, avec une certaine dose de gore. En effet, la jeune fille ne lésine pas sur le découpage de bras et de têtes, voire tranche littéralement ses adversaires en deux. Elle-même se fait d’ailleurs bien dérouiller lors des combats.

Outre les effets spéciaux fort bien réalisés, l’action chorégraphiée par Yuen Tak est sans doute l’un des points forts du film. On connaissait déjà Yuen Tak à travers sa collaboration de longue date avec Corey Yuen Kwai, notamment sur Fong Sai Yuk, qui nous offrait des chorégraphies comme on n’en voit plus. Ici, le chorégraphe chinois signe des scènes d’action élégantes qui mêlent envolées et combats au sol, à mains nues ou au sabre. Ces combats sont toujours en accord avec l’esthétique très soignée du film et utilisent à merveille les costumes. Le soin accordé à l’image est d’ailleurs constant tout du long du film, et la photographie est parfois splendide, tant elle met en valeur les visages des comédiens. On ne s’en étonnera d’ailleurs point puisque Lu Yue, le directeur de la photographie, avait déjà fait des merveilles dans Shanghai Triad de Zhang Yi Mou.


Quelques faiblesses empêchent néanmoins de considérer The Legend of Evil Lake comme une totale réussite. Outre les diverses influences qui donnent l’impression que le film n’a pas son univers propre (Gladiator de Ridley Scott, pour la première bataille avec Biharang ; Jiang-hu de Ronny Yu, pour divers plans dans la dernière demi-heure), la comparaison avec Bichunmoo est inévitable, les ingrédients des deux films étant relativement proches (tragédie, magie, collaboration sino-coréenne pour l’action). Mais le film de Kim Young-jun, qui était tiré d’un manhwa (manga coréen), se permettait plus de délire et d’excès. Ici, la réalisation est certes très belle mais le film manque de scènes flamboyantes et reste trop classique dans le traitement de son sujet, la possession. On aurait peut-être aimé plus d’audace, étant donné que Jaunbie représente le cliché typique de la gentille fille innocente, qui dès l’instant où elle prend possession d’une épée (élément masculin d’un point de vue symbolique) devient possédée…


Mais le plus gros défaut du film réside sans doute dans le choix de l’acteur principal. Et c’est là que le film souffre le plus de la comparaison avec Bichunmoo : là où la sensualité de Shin Hyun-jun transperçait l’écran, Jeong Jun-ho ne réussit pas à imposer sa présence, ce qui nuit à la force de son personnage. Les comédiennes sont en revanche très bien choisies : Kim Hyo-jin, dont c’est le premier rôle (elle avait 18 ans) assume parfaitement le virement à cent quatre-vingt degrés de son personnage, et Kim Hye-ri (la reine) entretient habilement l’ambiguïté du sien.

The Legend of Evil Lake est loin d’être un film parfait. Mais malgré ses défauts, le charme opère grâce des scènes d’action réussies et à un soin esthétique incontestable. Portée par la composition musicale de Lee Dong Jun (à qui l’on doit déjà la très belle bande originale de The Gingko Bed, de Kang Je Gyu), dont la mélodie lyrique persistera dans la tête de plus d’un spectateur, cette histoire d’amour impossible pourtant peu originale réussit à faire passer l’émotion et s’achève d’ailleurs sur un final très poétique.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 avril 2005

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