Critique : ‘The Spiral’, de Jôji Iida

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Réalisé en 1998, The Spiral (Rasen en VO) de Jôji Iida est la suite directe de Ring, la seule à reprendre fidèlement le deuxième volume de la trilogie imaginée par l’écrivain Kôji Suzuki. L’échec du film au box-office japonais, inversement proportionnel au succès phénoménal du film de Hideo Nakata, explique seul qu’un Ring 2, inutile en soi, ait pu voir le jour. L’ironie veut pourtant qu’en dépit de quelques défauts de rythme, The Spiral soit indéniablement supérieur à ce dernier, à tous points de vue. Il est temps de revenir à la source.

Dépressif depuis la mort accidentelle de son fils, le médecin légiste Mitsuo Andô se voit confier un beau jour l’autopsie de l’un de ses anciens amis de fac, Ryuji Takayama, décédé dans des circonstances mystérieuses. Alors qu’il examine le corps, il est assailli d’une étrange vision qui le persuade que Takayama cherche à lui transmettre un message par-delà la mort. L’enquête qui s’ensuit le conduit à faire la connaissance de l’unique témoin de l’affaire, Mai Takano, élève et amante du défunt. A sa grande surprise, celle-ci le met sur la piste d’une cassette vidéo mortelle…

Plus qu’une œuvre horrifique, les romans Ring (1992), Double Hélice (1995) et La Boucle (1998) constituent une formidable trilogie policière qui emprunte tout autant au surnaturel qu’à la science. Même s’il reprend dans les grandes lignes l’intrigue du premier volet, le Ring de Hideo Nakata s’en détache nettement de par la place qu’il accorde à l’épouvante pure au détriment de l’enquête méthodique. Au risque de décevoir les amateurs de fantômes aux cheveux longs, Jôji Iida respecte à l’inverse l’esprit du roman de Suzuki, ce qui explique que The Spiral lorgne davantage du côté du polar fantastique que du film d’horreur proprement dit. Il est évidemment conseillé d’avoir vu Ring ou d’avoir lu le roman éponyme pour saisir de quoi il retourne, le film débutant très exactement là où ces derniers s’arrêtent, à savoir juste après la mort de Ryuji Takayama – ex-mari de Reiko Asakawa dans le film de Nakata, et ami de Kazuyuki Asakawa dans le roman de Suzuki.

L’ambiguïté étant levée au sujet de la nature du film, il faut toutefois garder à l’esprit que celui-ci ne retraduit pas non plus l’incroyable et jubilatoire complexité du puzzle logique sur lequel repose Double Hélice. C’est sur ce dernier point, plus que sur tout autre, que le film suscite une déception, notamment dans la deuxième partie dont certains rebondissements clés sont assez mal amenés. De fait, si Jôji Iida parvient à installer une véritable ambiance tout en distillant ici et là quelques indices sur le réel projet de la légendaire Sadako Yamamura, le climax anti-spectaculaire de The Spiral, plutôt réussi en soi, risque fort de paraître un peu tiré par les cheveux à ceux qui n’auraient pas eu connaissance des étapes intermédiaires dont le réalisateur fait l’économie tout au long du long métrage.

Cette simplification excessive n’empêche pas The Spiral de captiver à plusieurs reprises. Comparé aux innombrables ersatz du bijou de Hideo Nakata, le film séduit par son traitement dépouillé, dénué de tous effets de sursaut faciles et des bruitages tonitruants (et redondants) qui vont avec. Sadako a beau hanter l’intrigue de sa présence fantomatique, Jôji Iida n’en fait pas trop et préfère se concentrer sur les vivants, et notamment le personnage de Mitsuo Ando, que l’impeccable Kôichi Sato rend autrement plus sentimental que l’original. Son désespoir est palpable de la première à la dernière seconde, et le sentiment de culpabilité qu’il éprouve envers son fils défunt donne lieu à l’une des séquences les plus étranges de tout le film.

On pourra arguer que la romance entre Ando et Mai Takano (Miki Nakatani) est superflue – elle est absente du roman – , mais elle se met en route à la suite d’une scène très émouvante qui lui confère une légitimité inattendue. Tout comme dans Ring, l’acteur Hiroyuki Sanada prête ses traits à l’énigmatique Ryuji Takayama, tandis que quelques brefs flash-backs laissent entrevoir l’actrice Nanako Matsushima, preuve que le film de Nakata précède bien celui-ci.

Lent et oppressant, parfois touchant, The Spiral remplit correctement son contrat si l’on ne se méprend pas sur ses intentions de départ.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 13 juin 2007

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