CRITIQUE. ‘The Villainess’ : Kim Ok Bin, ange de la mort dans des scènes d’action virtuoses

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Les festivaliers de la Croisette ne s’en sont pas remis: The Villainess, thriller coréen avec Kim Ok Bin, a fait sensation lors de sa projection en séance de minuit au Festival de Cannes 2017. Nous l’avons vu à l’occasion d’une projection unique organisée le 26 mars 2018 au Publicis, à Paris, par Wild Side (éditeur du DVD et du Blu-ray), en partenariat avec le Festival du Film Coréen à Paris. Notre avis ? Si son précédent film, Confession Of Murder, ne nous avait qu’à moitié convaincues, Jung Byung Gil signe avec The Villainess un thriller d’action impressionnant qui fait monter l’adrénaline.

Elevée en Chine et entraînée au combat depuis l’enfance après la mort de son père, Sok Hee (Kim Ok Bin) est recrutée de force par une mystérieuse organisation après avoir massacré un gang à elle seule. Sok Hee rêve cependant d’une vie normale. Pour gagner sa liberté, elle accepte de donner dix ans de sa vie à ses recruteurs pour devenir agent dormant en Corée du Sud. Mais son passé finit par la rattraper.

Dans un précédent dossier sur le cinéma coréen, nous nous plaignions de la quasi absence de rôles féminins dans le cinéma de genre coréen. Nous ne pouvions donc décemment pas passer à côté de The Villainess ! Le réalisateur Jung Byung Gil fait un pas vers les spectatrices avec ce thriller ultra violent aux scènes d’action virtuoses, dont le rôle principal est tenu par l’actrice Kim Ok Bin (Thirst).

Il suffit de voir la séquence d’ouverture pour comprendre que le réalisateur ne plaisante pas avec l’action : filmée en plan séquence, cette entrée en matière choc utilise le procédé de la caméra subjective comme dans un jeu vidéo, pour nous immerger dans une baston sanglante et survitaminée. Les coups de feu et les gerbes de sang fusent de tous les côtés dans les couloirs labyrinthiques d’un bâtiment vétuste, fourmillant de gangsters rompus au combat, et qui se font pourtant abattre les uns après les autres par une héroïne enragée. Le visage de cette dernière ne se dévoile à l’écran qu’à partir du moment où sa tête cogne contre un miroir. Le ton est donné.

La séquence d’ouverture n’est qu’un avant-goût des scènes d’action démentes qui rythment The Villainess. Magistralement chorégraphiées, les bastons exploitent les décors urbains à la manière des films d’action hongkongais de la grande période des années 90, alternant les fusillades et les combats à l’arme blanche – au sabre ou à la hache. Les effets spéciaux et la direction des cascades sont à ce titre remarquables. Jung Byung Gil ne se contente pas de puiser dans les classiques du genre. Il innove en employant des procédés sophistiqués pour saisir l’action, utilisant notamment des petites caméras à la main ou sur drone pour filmer les joutes martiales, comme dans cette course folle dans un tunnel où l’héroïne affronte des hommes au sabre sur des motos en mouvement.

Auteurs du scénario, le réalisateur Jung Byung Gil lui-même et son frère Jung Byung Sik (qui est auteur de manhwa) n’hésitent pas à emprunter ici et là pour construire leur histoire. On pense forcément à Nikita (Luc Besson), pour la condition d’agent dormant de cette héroïne qui aspire à devenir une femme comme les autres, et à Kill Bill (Quentin Tarantino), pour le tourbillon de vengeance qui menace de happer Sok Hee pour la plonger dans un enfer sans fin, mais aussi pour les thèmes de la trahison et du mariage. On reste marqué par le plan sur la jeune femme exécutant une mission de sniper en robe de mariée.

Pour un film sous influence, The Villainess réussit là où de nombreux films de baston ont échoué : nous intéresser à ses personnages. Sans verser dans la complexité psychologique, l’écriture s’avère suffisamment bien pensée pour impliquer le spectateur dans cette quête de rédemption qui amorce plusieurs changements de ton, passant avec le plus grand naturel du thriller d’action à la comédie romantique et au mélodrame. Comme dans un drama coréen, en somme.

The Villainess apporte ainsi un supplément d’âme en injectant des éléments directement empruntés aux fictions télévisuelles coréennes d’aujourd’hui, à commencer par le triangle amoureux dans lequel Sok Hee est impliquée avec deux hommes aux caractères opposés. La relation trouble qui se dessine avec son mentor (Shin Ha Gyun), qu’elle appelle encore ajeossi à la veille de son mariage, apporte du relief au personnage féminin. Sa romance avec le jeune Hyun Soo (Sung Joon), l’agent chargé de la surveiller, utilise quant à elle des ressorts typiques des dramas romantiques : cohabitation forcée, tentatives de séduction virant à la farce, etc. On retrouve même la figure obligée du personnage masculin abritant l’héroïne sous son parapluie, un must des dramas romantiques.

Cette alliance de genres apporte énormément de charme à cette histoire par ailleurs très noire, dont l’héroïne est susceptible de se transformer en machine à tuer d’un instant à l’autre. L’intervention d’un souffle romantique dans une affaire de vengeance évoque le drama radical My Beautiful Bride, dont les scènes d’action étaient d’une violence comparable. Au bout du compte, The Villainess s’inscrit dans la lignée des dramas de la chaîne OCN, dont provient la nouvelle génération des thrillers noirs à la coréenne. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si l’actrice Kim Ok Bin figure actuellement en tête d’affiche de Children Of A Lesser God, un thriller OCN également diffusé sur Netflix.

Dans The Villainess, Kim Ok Bin se révèle convaincante de bout en bout en héroïne introvertie, torturée et finalement attachante, en plus de faire preuve d’un investissement physique qui mérite le respect. Elle partage l’affiche avec l’excellent Shin Ha Gyun (Sympathy For Mr Vengeance, Guns and Talks, le drama Brain), toujours aussi magnétique et imprévisible, et auquel elle donnait déjà la réplique chez Park Chan Wook dans Thirst. Sung Joon (High Society, Gu Family Book) se révèle quant à lui touchant en agent qui tombe amoureux de Sok Hee à travers une caméra de surveillance (un peu comme le personnage de The K2 !). C’est lui qui apporte le rayon de soleil nécessaire à l’histoire, un rôle traditionnellement réservé aux personnages féminins dans les thrillers.

La patronne interprétée par la charismatique Kim Seo Hyung (The Good Wife, The Great Tempter) vient enrichir cette galerie de personnages qui semblent tout droit sortis d’une BD. Signalons que The Villainess a le bon goût d’éviter les dérives racoleuses dont le cinéma de genre coréen est (trop) coutumier – pour une fois, il n’est pas question de prostituées, mais de guerrières.

The Villainess tient son cahier des charges jusqu’au bout en offrant un final absolument ahurissant qui se déroule en partie sur la route,  et où l’héroïne montre la manière très personnelle dont elle envisage la conduite. Un final explosif qui fait généreusement monter l’adrénaline pour nous laisser sans voix.

Elodie Leroy

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