Critique : ‘Thirst’, de Park Chan Wook

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Annoncé comme le retour de Park Chan Wook vers le mélange de folie et de noirceur qui a fait sa notoriété, Thirst déçoit en dépit de quelques indéniables qualités. N’y allons pas par quatre chemins, la principale attraction de ce drame vampirique réside dans ses scènes érotico-gore particulièrement charnelles qui assurent jusqu’au bout quelques fulgurances de poésie macabre. Cette réussite ne suffit malheureusement pas à sauver la deuxième heure de bobine qui se perd dans du n’importe quoi scénaristique que l’on ne pensait pas trouver chez le cinéaste, et auquel il faut ajouter un traitement creux et misogyne du personnage féminin. Assurément l’un des plus mauvais films de son auteur.

Si nous avions été séduits par Je suis un Cyborg, comédie romantique originale mâtinée d’une douce folie, nous attendions beaucoup du retour de Park Chan Wook vers la noirceur viscérale qui avait fait son succès à travers la Trilogie de la Vengeance. Avec Thirst, Park ne se contente pas de revenir vers un registre plus propice aux thématiques qui lui sont chères mais fait aussi sa première incursion dans le cinéma fantastique en s’attaquant au mythe du vampire.

Rompant avec les fantaisies visuelles et narratives testées sur ses deux précédents longs métrages, Park adopte un style plus dépouillé, comme pour mieux sonder l’âme tourmentée de ce prêtre qui doit soudainement faire face à une mutation éveillant en lui des sensations inconnues.

Fascinante sur le papier, ne serait-ce que pour son insolence vis-à-vis de la religion, l’histoire s’avère nettement moins convaincante que prévu à l’écran en dépit de la manière très personnelle dont les codes du genre sont explorés. La faute à un scénario bancal qui après une première heure pleine de promesses part littéralement en vrille.

Pourtant, le personnage campé par l’incontournable Song Kang Ho (Le Bon, la Brute et le Cinglé) – toujours aussi charismatique, toujours aussi attachant – bénéficie d’une écriture soignée. Prêtre altruiste ayant toujours consacré sa vie aux nécessiteux, au point de mettre son intégrité corporelle en sérieux danger, Sang-Hyun inspire une réelle empathie dans sa lutte pour conserver son humanité mais aussi dans sa découverte de la passion amoureuse. Sang-Hyun s’impose en fin de compte comme un personnage typique du cinéma de Park Chan Wook, qui s’acharne à mettre en scène des antihéros se retrouvant d’une manière ou d’une autre marginalisés, que ce soit sur le plan social (Trio, Sympathy for Mr Vengeance), politique (JSA) ou encore mental (Je suis un Cyborg).

Toutefois, l’atout majeur de Thirst réside surtout dans les scènes érotico-gore particulièrement saisissantes qui ponctuent le récit. Park ose délivrer un film charnel à l’extrême, dans lequel les ébats amoureux des personnages sont agrémentés d’effusions d’hémoglobine très sexuelles. Si la photographie explore une palette de tons restreinte et essentiellement froide, à l’exception du rouge associé au sang, les lumières épousent les mouvements des corps tandis que les sons donnent la part belle aux bruits de succion. Que ce soit dit, le mélange entre l’érotisme et le vampirisme constitue la principale réussite du film.

Là où le bât blesse, c’est dès que le scénario tente de développer la passion destructrice qui s’est emparée de Sang-Hyun et Tae-Ju (Kim Ok Bin). La première partie plante pourtant des enjeux prometteurs, les deux amants ayant en commun d’avoir vécu dans l’oubli total de soi avant d’être brutalement confrontés à une soif insatiable de chair et de sang.

Malheureusement, l’alchimie s’avère être de courte durée puisque Park Chan Wook cède à la surenchère en accumulant les longueurs mais aussi les rebondissements absurdes dans la deuxième heure de bobine, au point de nous irriter et d’entamer durement la crédibilité de ses personnages.

Le plus mal loti d’entre eux s’avère être Tae-Ju qui finit par s’imposer comme le boulet du film de par le traitement machiste dont elle est l’objet. A ce titre, on nous pourra s’empêcher de déceler une certaine complaisance dans la manière de la mettre dans des situations justifiant qu’elle se fasse littéralement passer à tabac – c’est bien simple, Park Chan Wook n’avait pas signé un film aussi misogyne depuis son infâme The Moon Is What The Sun Dreams Of au début des années 90.

Dommage car si exaspérante et décevante soit cette seconde moitié, elle n’en possède pas moins quelques fulgurances faisant surgir une poésie macabre qui aurait mérité de s’épanouir davantage.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 18 mai 2009

 

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