Premier long métrage de Lee Yoon-Ki, This Charming Girl s’inspire d’une nouvelle de Wu Ae-Ryung intitulée Jeong-Hae et possède déjà une aura internationale, puisqu’il a obtenu le New Currents Award au festival du film de Pusan 2004 et le Lotus du Jury au Festival du Film Asiatique de Deauville 2005. L’histoire de This Charming Girl se déroule à notre époque et suit le quotidien d’une jeune femme coréenne a priori banale dans la ville de Séoul. Une chronique intimiste et une expérience émotionnelle unique.

Jeong-Hae mène une vie paisible et monotone à Séoul, partageant son temps entre le bureau de poste où elle travaille et son appartement qu’elle occupe seule. Un jour, elle ramène chez elle un chaton égaré qui lui rappelle l’époque où sa mère était encore en vie. Ces souvenirs du passé font resurgir des traumatismes jusqu’alors enfouis au plus profond d’elle-même et qui vont bouleverser son existence trop lisse.


La vie de Jeong-Hae n’a pourtant rien de bien palpitant. Employée au guichet de la poste, où elle côtoie des collaborateurs et clients qui n’ont rien de passionnant eux non plus, elle partage son temps libre entre ses dîners au restaurant entre collègues et ses soirées télé en solitaire dans son petit appartement. Son monde semble très restreint, et pourtant elle se satisfait de cette vie. Cette « fille charmante » est-elle heureuse ou malheureuse ? Nul ne le sait puisqu’elle n’exprime ses émotions qu’en de rares occasions et maintient une attitude posée, mais distante. On devinera plus tard que derrière ce visage angélique se cachent des cicatrices profondes.

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Des évènements vont progressivement bouleverser son univers. L’adoption d’un petit chaton, dont l’attitude craintive et indépendante lui rappelle peut-être sa propre existence, est un premier changement. Puis des rencontres vont créer une petite révolution chez elle, lui ouvrir des portes et l’amener à bousculer elle-même son quotidien.


Jeong-Hae n’a rien à voir avec l’héroïne traditionnelle du film romantique, habituellement avide de rencontrer l’amour vrai. Elle n’attend rien, se suffit à elle-même, et le film n’émet aucun jugement sur son mode de vie solitaire ni sur son attitude effacée. Et même si le passé douloureux qui va resurgir au cours du film peut en partie expliquer cette tendance à se couper du monde, celle-ci appartient peut-être aussi tout simplement à sa nature. Jeong-Hae fait partie de ces nombreuses personnes qui peuplent nos grandes villes et que l’on ne voit pas vraiment, que l’on heurte peut-être parfois sans le savoir, comme le fait ce vendeur de chaussures qu’elle rencontre au cours du film ou même son ex-mari, un homme peu délicat.

Avec sensibilité et délicatesse, Lee Yoon-Ki filme le quotidien de Jeong-Hae sans jamais verser dans le voyeurisme. La personnalité de cette jeune femme peut-être pas aussi banale qu’elle en a l’air se dessine progressivement, à travers ses réactions parfois singulières aux événements auxquels elle fait face mais aussi à travers ses souvenirs. Le réalisateur traduit habilement les bouleversements intérieurs de Jeong-Hae en utilisant la caméra à l’épaule, allant même jusqu’à suivre le fil de ses pensées.


Les flash-back sont d’ailleurs particulièrement bien amenés : d’abord lumineux comme dans un rêve lorsqu’ils évoquent les souvenirs de la mère, puis de plus en plus proches du réel jusqu’à l’absence totale de transition avec le présent, à mesure qu’ils remontent jusqu’à un traumatisme ancien.

Dans le rôle de Jeong-Hae, Kim Ji-Soo accomplit un véritable tour de force. Évoluant devant la caméra avec un naturel sidérant alors qu’elle occupe presque chaque plan, la comédienne parvient à faire exister son personnage et à transmettre ses émotions avec une grande subtilité, à tel point que Jeong-Hae paraît plus vraie que nature.

This Charming Girl est un drame psychologique poignant et dresse avec finesse et empathie le portrait d’une femme qui reprend contact avec la vie, un personnage atypique dans le paysage du cinéma coréen. Un beau film, tout simplement.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 10 août 2005