Critique : ‘Tiger Blade’, de Theeratorn Luengsuntorn

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Calibré pour rivaliser avec les productions hollywoodiennes et asiatiques et pour s’imposer comme le blockbuster thaï de l’année 2005, le film Tiger Blade de Theeratorn Luengsuntorn se hisse un cran au-dessus des films d’actions locaux en termes de budget. Il s’agit là plutôt d’une bonne nouvelle quant à l’avenir du cinéma thaï et à son potentiel d’exportation. Cependant, comme chacun sait, un budget plus confortable n’a jamais représenté le gage d’une qualité artistique supérieure. Et dans le cas présent, le doute est levé dès les premières minutes : plus qu’un simple mauvais film, Tiger Blade s’apparente à une véritable aberration cinématographique, au point qu’on pourrait aisément le qualifier de « Krai Thong de luxe », pour sa dimension nanaresque aussi flamboyante qu’involontaire.

tiger_blade_01Lorsque la police ne peut plus rien contre les pires criminels, elle fait appel à Yosthana et à ses collègues agents spéciaux, parés aux situations les plus périlleuses et rompus aux techniques de combat les plus exigeantes. Cela tombe bien : un groupe de terroristes est sur le point de faire évader son leader, Phuphan Kaewyot. Yos et sa coéquipière Deung Dao vont tout faire pour les arrêter, allant jusqu’à déterrer le « sabre mythique », seul capable de vaincre ces bandits protégés par d’étranges amulettes qui les rendent résistants aux balles…

L’originalité revendiquée de Tiger Blade consiste à mêler sciences occultes et haute technologie au beau milieu d’un thriller d’action voulu comme hautement chargé en adrénaline. Soit. Le souci est que ni l’un ni l’autre de ces deux axes ne trouve sa place au milieu de cette imbroglio de séquences sans queue ni tête, à peine reliées entre elles par quelques dialogues malvenus servis par des comédiens d’une rare médiocrité – Atsadawut Luengsuntorn, qui incarne le héros Yosthana, remporte à ce titre aisément la palme de la pire prestation du film.

tiger_blade_02En matière de sciences occultes, on ne retiendra que le fameux « sabre mythique », que les protagonistes vont pêcher dans un temple au bout d’un quart d’heure et qui ne servira en tout et pour tout qu’à deux ou trois reprises, ou encore les « amulettes » sous forme de tatouages censées protéger les terroristes, et dont l’origine nous est brièvement explicitée par le biais d’un flash-back hilarant montrant l’un d’entre eux en subir la pose douloureuse à côté d’un feu de camp nocturne en pleine montagne. Quant aux technologies de pointe, elles se résument à quelques écrans translucides et quelques claviers sur lesquels deux intellos à lunettes (une femme et un homme) tapent frénétiquement afin de se faire servir toutes les infos requises sur un plateau, en dix secondes de temps à peine.

Mais le plus grave réside sans doute dans l’action elle-même, supposée constituer la principale attraction du film et qui, à quelques exceptions près, provoque davantage de fous rires que de soupirs d’admiration. Que l’on pense à cette scène d’ouverture ô combien risible au cours de laquelle notre héros, interrompu en plein coït, dégomme une brochette de bandits, une serviette nouée autour de la taille (mais d’où sort-elle ?) tel Chow Yun Fat dans The Killer, ou à cette fuite en Honda ponctuée par d’inimaginables ralentis sur le véhicule faisant voltiger quelques canettes de soda perchées sur un tonneau, et l’on se fait une idée assez précise du ridicule de l’entreprise. Que dire des combats eux-mêmes, mal chorégraphiés, mal exécutés – mis à part peut-être l’affrontement des deux femmes – et montés de manière si incohérente que l’on ne comprend strictement rien à ce qui se passe à l’écran.

Ce point est d’ailleurs l’un de ceux qui retiendra le plus l’attention, tant les scènes d’action de Tiger Blade pourraient servir d’exemple en termes de non respect du langage cinématographique de base. Les plans s’enchaînent en effet sans que la moindre attention soit portée à la continuité, si bien que l’on ne sait jamais qui est où et qui fait quoi à qui – mention à la scène de libération du leader terroriste, d’une rare confusion. La seule séquence d’action à tenir la route, sans jeu de mots, reste la poursuite en kart sur l’autoroute, qui voit le bandit et notre héros slalomer entre les voitures et sous les camions, l’ensemble étant légèrement accéléré – on devine qu’il était impossible de tourner ça à pleine vitesse – mais correctement filmé et surtout véritablement impayable.

On pourra évidemment préciser que l’image est belle, que l’effort est là et que Tiger Blade n’est pas moins intelligent que le tout venant du film d’action bourrin. Et pourtant, le film de Theeratorn Luengsuntorn ne se montre jamais un seul instant excitant, même si on rit souvent à ses dépends. Il ne reste plus qu’à prendre la chose avec philosophie et attendre patiemment que le cinéma thaï nous offre mieux dans les temps à venir.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 16 janvier 2007

 

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