Critique : ‘Tokyo Girl Cop’, de Kenta Fukasaku

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Tokyo Girl Cop revient sur le devant de la scène ! Plus de vingt ans après ses débuts télévisés, la dure à cuire au yo-yo renaît sous les traits de Aya Matsuura devant la caméra de Kenta Fukasaku. Si le film reste divertissant du début à la fin, il pèche malheureusement par une certaine grossièreté dans sa réalisation et par une interprétation inégale. L’entreprise a beau susciter la sympathie, l’investissement physique de la jeune comédienne a beau être évident, Tokyo Girl Cop ne reste au final qu’une curiosité sympathique mais oubliable, inoffensive mais sans qualité.

tokyo_girl_cop_01Une super-héroïne qui réduit ses adversaires au silence à l’aide d’un yo-yo, voilà un concept qui semble tout droit échappé d’un manga. Et pour cause. Tokyo Girl Cop, ou Yo-Yo Girl Cop sous son appellation internationale, est la toute dernière adaptation de Sukeban Deka, un manga à succès de Shinji Wada publié au Japon entre 1976 et 1982. Porté à l’écran au cours des années 80 sous la forme d’une série live éponyme puis d’un long métrage dans lesquels l’actrice Yuki Saito prêtait ses traits à la téméraire et bagarreuse Saki Asamiya, le titre est ressuscité en 2006 par Kenta Fukasaku, le réalisateur controversé d’un Battle Royale II de triste mémoire.

La jeune délinquante infiltrée au lycée sur ordre gouvernemental revêt cette fois l’apparence de Aya Matsuura, l’actrice Yuki Saito se contentant d’un caméo clin d’œil dans le rôle de sa mère. Matsuura est à peu près inconnue du public cinéphile, mais pas vraiment de la jeunesse locale. A l’instar de ses jeunes partenaires féminines dans le film, Rika Ishikawa (qui joue sa rivale Reika Akiyama) et Yui Okada (son amie Tae Konno), elle est une idole révélée au sein du célèbre Hello! Project, sorte de pendant féminin de la Johnny’s Jimusho qui règne sur l’industrie de fabrication d’idoles masculines japonaises. Si l’on ajoute à ce casting peu crédible le souvenir des piètres compétences de directeur d’acteurs du fils de Kinji Fukasaku sur Battle Royale II (dont les pauvres Riki Takeuchi et Shûgo Oshinari avaient notamment fait les frais), il y a de quoi craindre le pire en abordant Tokyo Girl Cop. Le résultat des courses n’est pas aussi catastrophique que ces appréhensions légitimes amènent à le croire, même si certains soupçons viennent inévitablement se confirmer.

Navigant entre le polar d’action et le school drama si cher aux mangakas et scénaristes japonais, Tokyo Girl Cop parvient à maintenir l’attention durant à peu près tout le déroulement de son histoire rocambolesque. Le prétexte invoqué pour immerger de force la jeune délinquante dans l’ambiance lycéenne importe finalement assez peu.L’introduction du film est plutôt ratée et ne sert qu’à annoncer la couleur du côté de l’emballage du produit : à savoir une réalisation digne d’un téléfilm et une direction d’acteurs parfaitement inégale, à l’image du jeu de Aya Matsuura, tantôt assuré, tantôt à côté de la plaque. En agent du gouvernement cynique mais attachant, Riki Takeuchi se montre autrement plus convaincant que dans BR II et c’est déjà ça.

Le rythme étant au moins aussi soutenu que dans un drama, on ne s’ennuie pas en découvrant ce milieu scolaire rongé par les persécutions en tout genre et hanté par d’étranges individus peu recommandables. Avec son histoire de site internet qui recueille les confidences des lycéens maltraités pour les inciter à se libérer par le suicide, Kenta Fukasaku se frotte au Suicide Club de Sono Sion sans lui arriver à la cheville, mais Tokyo Girl Cop a suffisamment vite fait de bifurquer vers le n’importe quoi pour qu’on ne s’en offusque pas.

L’interprétation minimaliste et nonchalante de Shunsuke Kubozuka (le frère cadet de Yôsuke Kubozuka, presque aussi dérangé que lui), le caméo amusant de Tak Sakaguchi sont autant de petites satisfactions qui aident à supporter jusqu’à un certain point le manque d’ambition artistique évident de l’ensemble — et accessoirement le jeu catastrophique de Yui Okada.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 11 février 2009

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