Critique : ‘Tube’, de Baek Woon Hak

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Film d’action à gros budget présenté au Festival du Film Asiatique de Deauville (section Action Asia) en 2004, Tube confirme une fois de plus que la Corée du Sud est décidément sur tous les fronts. Ce blockbuster s’attaque au genre du film catastrophe et lorgne directement du côté de grandes œuvres américaines telles que Piège de Cristal (de John McTiernan). Mais Tube ne restera pas dans les mémoires. Ce blockbuster balourd et peu subtil se contentera de constituer un divertissement honnête pour qui ne sait pas quoi faire de sa soirée.

Lors d’une opération musclée, l’agent des services secrets « T » est trahi par son gouvernement. Par vengeance, il assassine le maire de la ville et détourne une rame de métro dont il prend en otages les nombreux passagers. Devant l’ampleur du danger, Jay, un ancien agent d’élite devenu simple flic, est sommé d’arrêter « T », coûte que coûte… et par tous les moyens possibles.

Selon le schéma usuel des films mettant en scène des terroristes, un homme seul et insaisissable va contrecarrer une prise d’otages. Dans Tube, le lieu de l’action est une rame de métro, une idée sympathique puisque cette rame est en mouvement permanent. D’autre part, le métro est le lot quotidien de millions de salariés dans de nombreux pays et devient ainsi l’endroit idéal pour mettre en scène des paniques collectives. Bien entendu, cette rame se trouve être chargée d’une bombe que les terroristes menacent de faire exploser, ce qui ne manquera pas de rappeler Speed de Jan de Bont.

Si le but de Baek Woon-Hak était de faire un exercice de style et de prouver qu’il était capable de réaliser un film catastrophe efficace, alors le bilan est acceptable. Le rythme est donné dès la scène d’ouverture, à travers une impressionnante fusillade qui se déroule dans un aéroport et qui se caractérise par une action bien coordonnée et un montage serré. Bénéficiant par la suite d’une esthétique soignée et d’un énorme travail sur les effets visuels (les scènes de métro comportent de nombreux effets spéciaux quasi invisibles), Tube regorge de bagarres et d’explosions à en rendre jaloux Joel Silver, et l’histoire est riche en rebondissements.

Si le but était de faire un film mémorable, alors le résultat est nettement moins convaincant et le moins que l’on puisse dire est que Tube n’apporte strictement rien au genre. Le scénario s’avère banal, se contentant d’opposer l’éternel héros tourmenté à un terroriste et à une bande de politiciens sans scrupules. Comme d’habitude dans les films coréens, le méchant n’est jamais totalement méchant et c’est le système qui est coupable, mais si cette idée récurrente passait avec force dans un film comme Shiri (de Kang Je-Gyu, et co-scénarisé par Baek Woon-Hak lui-même), ici elle est amenée sans aucune finesse.

Par ailleurs, les personnages sont d’une platitude à faire peur, et cela malgré la qualité du jeu des comédiens. Au vu de la mise en place et du passé respectif du héros et du méchant, on s’attend à une confrontation titanesque entre eux, mais leur rencontre est sans réel éclat : se contentant de ne pas être d’accord et de s’envoyer des coups de pieds, les deux personnages ne donnent lieu à aucun choc de personnalité ni aucune réelle tension psychologique.

Quant au personnage féminin, elle déçoit aussi compte tenu du choix de l’actrice – Bae Doo-Na (excellente dans Saving my Hubby de Hyeon Nam-Seob et dans Sympathy for Mr Vengeance de Park Chan-Wook) – qui nous avait habitués à plus d’insolence et qui est ici totalement sous-exploitée. Elle réussit néanmoins à remplir sa fonction première qui est d’apporter une touche d’humanité au héros – sa seconde fonction étant visiblement de se faire dérouiller par tous les méchants successivement.

L’action aurait pu au moins être novatrice, mais encore une fois le réalisateur se contente de faire trembler la caméra de droite à gauche pendant les scènes de fusillade afin de créer un effet pseudo documentaire, ce qui ne met pas en valeur le travail du directeur d’action.

D’autre part, certaines cascades irréalistes du héros viennent décrédibiliser le film. Celui-ci se fait en effet régulièrement jeter du métro (au sens propre, on se demande comment il peut survivre !), pour y revenir par des moyens des plus rocambolesques, par exemple en sautant d’un pont sur la rame ou en s’accrochant à la fenêtre pour re-sauter à l’intérieur avec une habileté et une force qui feraient pâlir les meilleurs maîtres Jedi.

Malgré ses gros moyens, Tube ne parvient pas à se hisser au niveau des grands classiques du genre comme Piège de Cristal, et ne réussit même pas à faire de l’ombre à un Speed. L’ironie est qu’il sort en France en même temps que l’excellent Phantom: The Submarine, avec qui il partage des points communs puisque les deux films se déroulent dans un lieu clos et opposent deux personnages à propos du destins d’innocents, mais le film de Min Byung-Chun écrase haut la main celui de Baek Woon-Hak.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 22 juin 2005

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