Critque : ‘Mob Sister’, de Wong Ching Po

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Avec le polar Mob Sister, le réalisateur Wong Ching Po réunit les incontournables Eric Tsang, Simon Yam et Anthony Wong, auxquels s’ajoutent Karena Lam et une nouvelle venue du nom d’Annie Liu. Une belle affiche pour un film qui n’est malheureusement pas à la hauteur de ses (trop) bonnes intentions. L’idée d’injecter quelques grammes d’humanité dans un monde de brutes n’est pas mauvaise en soi, mais à trop vouloir détourner les codes du film de mafia à sa sauce, le réalisateur semble s’être perdu en route et n’accouche au final que d’un mélo doucereux très tiré par les cheveux. Déception.

Alors qu’il est sur le point de se retirer définitivement du milieu, le puissant parrain Patak pressent qu’il risque d’être victime d’une tentative d’assassinat. Prenant les devants, il réunit tous les chefs de triades locaux afin de démasquer le coupable. Peine perdue : il est tué net en quittant le lieu de réunion, laissant derrière lui une fille adoptive de dix-huit ans, Ah Sou, qu’il chérit plus que tout. Parmi les successeurs potentiels de Patak, se trouvent ses trois hommes de confiance, qui sont aussi ses amis d’enfance. Tout se gâte lorsque l’un d’eux déclare que la dernière volonté de Patak était de voir Ah Sou prendre la tête du clan après sa disparition…

En 2004, Wong Ching Po se faisait un nom avec La Voie du Jiang Hu, polar stylisé mettant aux prises Jacky Cheung et Andy Lau dans un face à face psychologique de bonne tenue, tandis qu’Edison Chen et Shawn Yue assuraient le gros de l’action. Il revient l’année suivante avec un autre drame situé dans le milieu du crime : Mob Sister. Passée une introduction assez planante et pleine de mystère, qui voit Patak (Eric Tsang) échapper de peu à un attentat au moment où sa fille adoptive Ah Sou (Annie Liu) s’apprête à passer son examen de musique sur scène, Mob Sister ne retrouve jamais le souffle du précédent coup d’éclat de Wong Ching Po.

Le cinéma de Hong Kong ne s’est jamais embarrassé de réalisme dans sa peinture des Triades, mais l’indulgence dont fait preuve le réalisateur dans sa description du milieu atteint ici véritablement des sommets. Parrain craint de tous, Patak nous est ainsi présenté comme le père idéal, un père qui pousse le vice jusqu’à préparer en pleine nuit des petits plats pour sa fille chérie, quand il ne lit pas consciencieusement son journal intime afin de lui donner des conseils au sujet de la vie. Quant à ses collègues et amis, redoutables caïd de la mafia rappelons-le, ils ne sont jamais à une attention près afin de témoigner à la jeune fille leur sincère affection. Certes, la mort tragique de Patak va mettre progressivement fin à cette belle idylle entre Ah Sou et ses « oncles » tant aimés, mais l’ambiance de Mob Sister ne se départit pas pour autant de sa bonhomie, et ce au moins jusqu’au dernier tiers.

Ce ton volontairement mièvre tient évidemment au personnage central de Ah Sou, dont chaque apparition s’accompagne d’une petite musique de circonstance censée symboliser l’innocence et la pureté qui la distinguent des membres du milieu. Procédé facile s’il en est. Jeune fille en fleurs, Ah Sou en pince pour un garçon aperçu un beau jour sur une plage, et qui a pour particularité de porter une casquette rouge. A dix-huit ans, elle a pour seul fantasme de planer dans les airs, main dans la main avec ce bel inconnu. On comprend dès lors qu’elle ne soit pas prête à prendre les rênes de l' »entreprise » de son défunt père, mais on a aussi du mal à croire en ce personnage idéalisé et irréaliste, qui n’est finalement là que pour attendrir et faire pleurer dans les chaumières.

Plus intéressant est le personnage ambivalent de Nova, joué par Karena Lam, dont le seul défaut est de n’apparaître que trop peu à l’écran. Quant aux acolytes de Patak interprétés par Simon Yam, Anthony Wong et Alex Fong, ils sont nettement plus présents qu’elle mais souffrent d’un traitement très en surface qui les empêche d’exister pleinement. Plutôt que de jouer, les acteurs – d’ordinaire excellents, au demeurant – se contentent la plupart du temps de poser solennellement devant la caméra de Wong Ching Po, qui de son côté n’en finit pas de les dévisager béatement.

La faute de cet échec en revient à l’écriture même du film, inaboutie, ainsi qu’à ce rythme lancinant qui a tôt fait d’ennuyer lourdement alors que l’intention première était très certainement d’accorder la forme aux états d’âme de Ah Sou. Et ce ne sont pas les scènes d’action filmées au ralenti qui risquent de relancer la machine, à l’instar de ce carambolage de voitures aussi vain qu’interminable, visiblement conçu pour être le moment de bravoure du film.

Restent une belle esthétique et quelques scènes charmantes, qui ne doivent cependant leur brève montée d’émotion qu’au leurre d’une bande-originale soignée. Avec Mob Sister, Wong Ching Po se fourvoie dans un exercice de style sans saveur, qui ne va nulle part et ne raconte pas grand-chose. Il n’est plus qu’à espérer qu’il retrouve au plus vite l’inspiration de ses débuts.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 5 juin 2007

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