Critique : ‘Mister Dynamite’, de Jackie Chan

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Mister Dynamite est un film d’action délirant, réalisé et interprété par Jackie Chan en 1986, dont les moments de bravoure, d’action comme de comédie, sont restés célèbres pour les amateurs de kung fu comedy hongkongaise. Une chose est sûre : c’est un film qui se laisse revoir avec enthousiasme !

Le pitch de Mister Dynamite est pourtant simple. Jackie, alias le « Faucon d’Asie », dérobe à une tribu africaine une épée appartenant à la précieuse Armure de Dieu. Alors qu’il s’emploie à la revendre aux enchères en Europe, il apprend de la bouche de son ami Alan que leur amie commune Laura vient d’être kidnappée à Hong Kong par les membres d’une secte. Elle ne sera libérée qu’en échange des trois parties manquantes de l’armure. Jackie va donc devoir ruser pour les récupérer, et notamment l’épée de Dieu, que vient de lui acheter la fille d’un milliardaire…

mister_dynamite_09La célèbre première scène donne le ton complètement loufoque de Mister Dynamite, qui à défaut d’être l’un des meilleurs films de Jackie, n’en reste pas moins une sympathique comédie, du moins dans sa version originale – une version américaine édulcorée, expurgée de la moindre ambiguïté, ayant vu le jour il y a quelques années en vidéo. En cherchant à subtiliser la précieuse Epée de Dieu de l’Armure, Jackie fait tomber une lourde pierre qui alerte immédiatement les sauvages en plein rituel de sacrifice. Réalisant qu’il vient de fiche parterre la tête de leur divinité, notre héros se fait alors passer pour sa noble réincarnation et se met à débiter avec le sourire un charabia à l’attention de ses ennemis. Mais la farce est de courte durée puisque le mercenaire plaisantin est démasqué presque aussitôt, et n’a d’autre choix que de déguerpir en enchaînant des cascades complètement dingues.

Malheureusement, la cascade périlleuse du saut sur l’arbre ayant failli coûter la vie à Jackie (voir générique de fin), la suite du film n’est pas tout à fait à l’avenant en matière d’action, et il faut ensuite attendre la séquence d’infiltration de la secte, qui mène jusqu’à l’époustouflant et légendaire climax du film à l’intérieur de la grotte, pour se faire une idée du véritable intérêt de Mister Dynamite.

mister_dynamite_06Bancal, souvent lourd dans ses tentatives de susciter les rires gras, Mister Dynamite n’est pas pour autant déplaisant à regarder lors de ses moments plus creux. Le duo formé par Jackie Chan et Alan Tam fonctionne plutôt bien, et se complique d’un triangle amoureux lorsque vient s’ajouter Laura (Rosamund Kwan), rescapée de la secte de guignols qui vient de la laisser opportunément s’enfuir. Comme d’habitude à cette époque dans les films de Jackie, une large part du scénario est consacrée à des gags à base de quiproquos invraisemblables, qui s’étirent jusqu’à l’usure tout en restant drôles grâce au coefficient de sympathie dont bénéficient les acteurs.

Les filles sont toutes des miss catastrophes presque incapables de faire un pas devant l’autre – toute une époque, là aussi –, au point que, le doublage aidant, il fut longtemps possible de s’imaginer, à la vision de la version française (fin des années 80 / début des années 90), que la pauvre Rosamund Kwan était une authentique attardée mentale – ce qu’est par chance venu infirmer par la suite la sortie d’Il était une fois en Chine. Lola Forner ne s’en tire pas tellement mieux, si ce n’est qu’elle fait passer à l’arrogant et indifférent Jackie de sales moments, allant jusqu’à lui balancer une gifle qui ne produira pas l’effet escompté.

mister_dynamite_08A l’exception d’une course-poursuite en voiture complètement démente vers le milieu du film – visiblement sponsorisée par Mitsubishi ! – qui permet à Jackie et aux motards qui le talonnent de près d’exécuter d’incroyables cascades superbement filmées, le gros de Mister Dynamite peine un peu à décoller. Heureusement, la longue séquence finale vient balayer tous les doutes concernant la capacité de l’acteur / réalisateur à produire le divertissement haut de gamme qui a fait sa réputation.

Dès l’instant où Jackie se lance dans la mission que l’on attend de voir venir depuis le début du film (à savoir, récupérer toutes les pièces de l’armure), le rythme du film s’accélère sensiblement et la comédie vient cette fois soutenir l’action de manière pertinente. Les moments de bravoure s’enchaînent à qui mieux mieux, culminant lors de plusieurs grosses bastons avec les moines en furie – parfois avec les moyens du bord – et surtout lors d’un combat particulièrement amusant et surprenant qui met aux prises notre héros avec quatre amazones déchaînées, montées sur de redoutables talons hauts.

mister_dynamite_11Décochant les coups à la vitesse de l’éclair, virevoltant d’un poteau à l’autre pour grimper et redescendre d’une passerelle avec l’aisance qu’on lui connaît, Jackie Chan s’en donne à cœur joie pour nous offrir un spectacle mémorable qui vaut à lui seul que l’on passe outre les nombreuses faiblesses du film. Les cascadeurs et cascadeuses multiplient les chutes terribles sur sol dur, des dégringolades à en faire frémir les plus aguerris d’entre nous et dont la caméra prend soin de ne pas perdre une miette. L’euphorie s’achève sur un extraordinaire saut dans le vide depuis le flanc de la montagne, conclusion pleine de panache qui vient exorciser la douloureuse cascade du début.

Pour finir, mentionnons la chanson de fin, qui diffère selon que l’on visionne la version originale ou la version française. Ceux qui sont habitués à cette dernière préfèreront peut-être la tentative parfois maladroite mais hautement réjouissante de Jackie de chanter en anglais. Les autres se réjouiront de pouvoir enfin entendre la chanson Lorelei, en cantonais celle-ci. Quoiqu’il en soit, c’est avec le sourire que l’on émerge de Mister Dynamite, certes moins réussi qu’Opération Condor mais tout de même digne représentant de la grande ère du Jackie téméraire que l’on affectionne.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 9 août 2007 Disponible en DVD chez HK Vidéo

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