Critique : ‘New Police Story’, de Benny Chan

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New Police Story marque le retour de Jackie Chan au genre du film d’action casse-cou qui fit sa notoriété, loin des tièdes buddy movies hollywoodiens dont il nous a abreuvés ces dernières années. Pour ce dernier volet de la célèbre saga des Police Story initiée en 1986, il a fait appel à Benny Chan, dont il avait déjà produit le Gen-X Cops en 1999. La difficulté était de rester fidèle aux précédents opus tout en les renouvelant, une entreprise particulièrement périlleuse dans le contexte actuel de l’industrie cinématographique de Hong Kong où le genre est devenu moribond. Force est pourtant de constater que le pari est réussi : New Police Story en étonnera plus d’un grâce à son ton résolument dramatique et sentimental qui, allié à une pléiade de scènes d’action toutes plus spectaculaires les unes que les autres, distille un curieux parfum de nostalgie.

new_police_story_06A Hong Kong, Chan Kwok Wing était considéré comme le plus doué des policiers, jusqu’à ce que son équipe de jeunes inspecteurs soit spectaculairement décimée par un mystérieux gang dont les pièges s’inspirent des jeux vidéo… Parce qu’il n’a pas pu sauver ceux qu’il considéraient comme ses enfants, la vie de Wing s’est effondrée. Il a sombré dans l’alcool, incapable de faire face à son métier et à sa fiancée dont le jeune frère est au nombre des victimes. Lorsque Fung, un jeune homme qui se dit policier, découvre son idole au plus bas, il décide de l’aider à se reconstruire…

Passé le choc que représente la vision d’un Jackie Chan titubant à la sortie d’un bar et vomissant dans le caniveau, on se retrouve plongé dans un véritable drame. L’inspecteur Chan n’est plus qu’une loque hagarde dont la vie s’est arrêtée à la mort tragique de ses collègues, un an plus tôt. New Police Story bifurque alors vers le flash-back afin d’expliquer l’inexplicable. On apprend sans grande surprise que Jackie était bien entendu le meilleur flic de tout Hong Kong, celui sur lequel tout le monde se reposait.

new_police_story_07Lorsque surgit de nulle part le mystérieux gang de la Banque d’Asie – une bande de cinq guignols assoiffés de sang aux méthodes très spéciales – il n’a pas douté un instant de pouvoir les neutraliser. Mais l’arrogance dont il a fait preuve en prétendant pouvoir les arrêter en moins de trois heures lui a coûté très cher. Les guignols, menés par un Daniel Wu survolté, sont des petits malins et entraînent l’inspecteur Chan et ses hommes dans un piège mortel qui donne lieu à l’une des meilleures scènes du film.

Une scène intense, éprouvante et émouvante qui annonce la couleur en renouant avec la philosophie qui a fait le succès du cinéma d’action de Hong Kong : mêler intimement l’action et le drame, faire en sorte que l’un se nourrisse de l’autre afin de décupler l’impact final. Tout le contraire des vaines tentatives hollywoodiennes où la scène d’action n’est qu’une pause dans l’intrigue, généralement annoncée par une musique rap de bas étage. Dans New Police Story, la scène du jeu vidéo est construite en un crescendo saisissant où notre héros s’avère même incapable de déployer à leur maximum ses légendaires aptitudes martiales, et s’achève sur l’image surréaliste d’un Jackie Chan impuissant et en larmes.

new_police_story_09Que l’on se rassure malgré tout, Jackie n’a rien perdu de sa réjouissante mégalomanie et s’il apparaît comme un ange déchu dans la majeure partie de New Police Story, silhouette accablée et visage défait, il en est bel et bien le cœur, le centre absolu et incontestable. Entouré de la jeune génération incarnée ici par Nicholas Tse et Daniel Wu, deux acteurs qu’il a contribué à imposer au grand public avec Gen-X Cops il y a quelques années, il prouve une fois de plus qu’il reste indispensable, qu’il est et restera toujours le meilleur.

On le comprend de façon flagrante lors de la scène de course-poursuite démente à travers la ville où il se livre à d’impressionnantes cascades du haut d’un toit avant de sauter sur un bus en marche, maladroitement imité de loin par un Nicholas Tse complètement dépassé. Cette scène rappelle la poursuite urbaine de Ong Bak où le procédé comique résidait dans le contraste entre l’agilité surnaturelle de Tony Jaa et la balourdise de son compère tentant de reproduire ses exploits avec ses capacités d’homme ordinaire.

new_police_story_03De la même façon, ce n’est pas un hasard si le plus redoutable adversaire de Jackie Chan est un jeune surdoué en arts martiaux et non Yu Rong Guang, combattant connu des aficionados du genre et relégué ici à un rôle mineur exempté de scènes d’action. Outre le fait que l’on salue au passage la volonté louable de l’acteur de propulser à l’écran de jeunes talents tels que Andy On, effectivement stupéfiant de rapidité et de fluidité dans une scène qui renvoie directement à Police Story 1, on sent que Jackie n’est pas encore disposé à passer la main.

Quant à ses protégés susmentionnés, si Daniel Wu, d’ordinaire excellent, a tendance à surjouer quelque peu au début du film avant de se rattraper très dignement vers la fin, Nicholas Tse apporte en revanche à New Police Story une fraîcheur constante et bienvenue. Mignon, espiègle et touchant, il va jusqu’à voler la vedette à son aîné dans certaines scènes.

Le refus de vieillir de Jackie Chan apparaît cependant nettement moins sympathique lorsqu’il place Charlie Yeung, de vingt ans sa cadette, dans le rôle de sa gentille fiancée. Un casting aberrant qui constitue le reproche majeur que l’on peut faire à New Police Story, mais qui peut s’expliquer en partie par la dramatique pénurie d’actrices de plus de trente-cinq ans à Hong Kong, considérées comme « trop vieilles », au contraire des acteurs qui ne sont pas pris au sérieux en deçà de cet âge et accèdent à la reconnaissance vers la quarantaine. On aurait souhaité à Charlie Yeung, actrice lumineuse et spontanée, un rôle plus valorisant pour son grand retour au cinéma après plusieurs années d’absence. On attend donc avec d’autant plus d’impatience de la retrouver dans Seven Swords de Tsui Hark fin 2005.

New Police Story n’en demeure pas moins un spectacle euphorisant où l’on n’hésite pas à pleurer entre deux incroyables bastons, preuve que le sentimentalisme exacerbé qui a fait le charme du cinéma de Hong Kong de la grande époque n’est pas mort. Il existe une alternative aux polars cyniques et ultra réalistes devenus récemment les seuls films d’action exportables de l’ancienne colonie : Jackie Chan !

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 29 juin 2005

> A lire : interview de Jackie Chan au festival Paris Cinéma 2005

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