Critique : ‘The Restless’, de Cho Dong Oh

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Avec The Restless, son premier film, Cho Dong Oh voit grand en s’essayant à un genre quasiment absent du cinéma coréen, celui de la fantasy. Ambitieux sur le papier, ambitieux dans les moyens mis en œuvre pour transposer cet univers à l’écran – par le recours à de très nombreuses images de synthèse notamment –, le film l’est cependant beaucoup moins dans la peinture de ses personnages, secondaires comme principaux. Mal écrits, parfois mal interprétés (Kim Tae Hee dans le rôle de l’héroïne Son Hwa), ceux-ci se résument à des figures désincarnées incapables de nous immerger dans une intrigue qui avait pourtant tout pour attiser la curiosité. Un constat d’autant plus regrettable que le film possède une identité visuelle propre et que l’on décèle chez ce jeune réalisateur un potentiel indéniable (lire l’interview du réalisateur Cho Dong Oh).

An 924. Le déclin de la dynastie Shilla. Les forces du mal se propagent et les démons errent librement parmi les gens. Yi Gwak, né avec le don de voir les esprits, rejoint l’escouade royale pour combattre les démons et la cour corrompue. Mais les co-équipiers de Yi Kwak sont tous exécutés pour avoir tenté de renverser les membres corrompus de la cour royale. Dorénavant recherché, Yi Gwak trouve refuge dans un lieu saint qui lui permet d’enter dans le « Paradis du Milieu », un endroit où les morts restent 49 jours avant d’être réincarnés…

the_restless_05Il est des genres auxquels le cinéma coréen ne s’est que rarement frotté : la science-fiction en fait partie, les essais en la matière s’étant révélés, au choix, bancals mais sympathiques (2009 Lost Memories de Lee Si Myung), techniquement impressionnants mais dépourvus d’âme (Wonderful Days de Kim Moon Saeng) voire quasiment ratés sur toute la ligne (Natural City de Min Byung Chun). On pourrait en dire autant du fantastique et de la fantasy, genres peu familiers des réalisateurs coréens, et qui font peu à peu surface avec la génération de talents lancée dans les années 90 voire les années 2000. Conscient de s’aventurer sur un terrain à peu près vierge, le réalisateur Cho Dong Oh n’en a pas réduit ses ambitions pour autant, à l’instar de ses confrères dans le domaine de la SF. The Restless bénéficie d’un budget plus que confortable mis au service d’une démesure visuelle de tous les instants. L’exercice se révèle-t-il pour autant convaincant ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire à la vision de The Restless, il ne s’agit pas d’une œuvre de commande mais bien du bébé de Cho Dong Oh : il l’a imaginé, en a écrit le scénario et l’a porté à bout de bras du début à la fin de la production, soit durant deux longues années. Si le projet s’avère au final si luxueux, c’est que la détermination de ce jeune réalisateur a convaincu plusieurs producteurs, assez en tout cas pour lui permettre de tourner en Chine et de faire appel à de nombreux spécialistes des effets numériques.

the_restless_09A priori, The Restless a tout pour plaire : une histoire fantastique convoquant diverses mythologies asiatiques, une débauche de moyens et un casting sexy à souhait (Jung Woo Sung et la jeune Kim Tae Hee). Dès l’instant où le héros Yi Gwak met le pied dans l’Entre Monde – sorte d’anti-chambre de la mort à l’intérieur de laquelle errent les âmes pendant 49 jours avant de se réincarner –, le film séduit par son unité visuelle et son ambition plastique : ce qui devait n’être qu’un décor de petit village banal lors du tournage nous apparaît comme un lieu irréel traversé de couleurs féeriques. Un soin esthétique qui se vérifiera tout au long du film, et dont l’illustration la plus mémorable reste la grande bataille de fin, lorsque Yi Gwak affronte des milliers de soldats numériques devant l’antre de son ennemi, le démoniaque Ban Chu (Heo Jun Ho).

Non seulement l’étalonnage de The Restless lui confère une identité visuelle unique qui témoigne d’une vraie vision de la part du réalisateur, mais le film franchit une étape technique importante en matière d’effets spéciaux au sein de l’industrie cinématographique coréenne. Sans être absolument parfaits, ceux-ci rivalisent sans peine avec ceux de la plupart des autres productions asiatiques (Japon et Hong Kong en particulier), ce qui n’est pas rien étant donné la nouveauté que représente ce challenge en Corée.

the_restless_07Pourtant, malgré ses qualités évidentes, malgré la persévérance de Cho Dong Oh et de son équipe, The Restless n’est pas le petit bijou attendu. Loin, très loin de là. Le long métrage souffre de la conjonction de facteurs situés à différents niveaux de sa production. Le scénario, tout d’abord, qui paraît paradoxalement vide alors qu’il se passe en réalité beaucoup de choses. Cet aspect bancal tient à un déséquilibre flagrant entre les différents personnages au niveau de l’écriture même. Yi Gwak et sa dulcinée Son Hwa dont l’Entre Monde a gommé toute la mémoire pour faire d’elle une Chuneen, se voient accorder trop d’échanges inutiles qui ne font que rendre plus niaise leur relation. A l’inverse, leurs adversaires gardent pour la plupart des motivations pour le moins mystérieuses tout au long de l’aventure, ce qui aurait pu jouer en leur faveur dans un autre contexte mais leur enlève ici toute consistance.

Au final, aucun personnage ne parvient à tirer véritablement son épingle du jeu, pas même le personnage principal Yi Gwak, incarné par un Jung Woo Sung que l’on a connu nettement plus inspiré (dans Phantom The Submarine ou Musa, la Princesse du Désert, pour ne citer que ceux-là). Et ce n’est pas sa partenaire Kim Tae Hee, vraie bleusaille dont la seule expression faciale consiste à écarquiller les yeux, qui risque de donner du punch à cette romance à l’eau de rose. Une romance supposée tragique et que l’on croirait pourtant tout droit sortie d’un shônen manga, avec l’inévitable réplique de rigueur associée au genre et scandée par Yi Gwak à tout va : « Je te protégerai !« .

Plombé par des enjeux dramatiques et romantiques trop simplistes ainsi que par une interprétation très moyenne, The Restless irrite malheureusement beaucoup plus qu’il n’émeut. On n’en reste pas moins intéressé de découvrir les futures incursions de Cho Dong Oh dans la fantasy, en espérant qu’il tire les leçons de ce premier essai peu enthousiasmant pour affirmer son véritable potentiel.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 août 2008

> Lire l’interview du réalisateur Cho Dong Oh

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