Dossier « Regard sur l’Asie » : ‘Otakus in Love’, de Suzuki Matsuo

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Suite de « Regard sur l’Asie », ensemble d’articles publiés sur Dvdrama.com entre 2006 et 2007. Nous retournons au Japon avec le film Otakus in Love (Koi no Mon), de Suzuki Matsuo, une romance délirante entre deux otakus joués par Ryuhei Matsuda et Wakana Sakai. L’occasion de revenir dans la seconde partie sur la représentation des otakus à travers le cinéma et l’animation japonaise.

Otakus in Love fait partie de ces films japonais profondément ancrés dans une sous-culture moderne souvent décriée mais qui, sous des dehors joyeux de trips délirants à l’extrême limite du non-sensique – et auxquels il semble que seule une consommation avide de mangas et d’animes dans ce qu’ils peuvent avoir de plus divers peut préparer le spectateur ébahi – , font pourtant figure de précieux témoignages d’une certaine réalité de la vie des jeunes Japonais d’aujourd’hui. Qu’ils soient bons ou mauvais, ces films passent rarement les frontières du Pays du Soleil Levant et atteignent encore plus rarement les nôtres, à l’exception notable de Kamikaze Girls, fable sucrée aux accents hystériques parvenue sur nos écrans en juin dernier. Le seul moyen pour ces œuvres atypiques de rencontrer le public occidental reste une sélection miraculeuse au programme de quelques festivals audacieux dans lesquels un accueil généralement plus que chaleureux leur est réservé pour peu qu’ils fassent mouche.

C’est le cas de Otakus in Love, projeté au Festival Fantasia de Montréal en 2005 et récompensé par un prix du public, les chanceux qui eurent alors l’occasion de le découvrir dans une salle pleine à craquer cette année-là étant immédiatement tombés sous le charme de cette expérience euphorisante et plus intelligente qu’elle n’en a l’air.

koinomon_wp2Les deux héros d’Otakus in Love sont des marginaux, des « otakus » comme l’indique le titre international (le titre japonais est Koi no Mon), quoiqu’il apparaisse assez vite que seule Koino (Wakana Sakai) rentre dans le cadre de la définition de ce terme parfois galvaudé. Fan d’animes et de jeux vidéo, collectionneuse d’affiches, de cartes et de mangas, adepte de cosplay au point de sélectionner ses futurs petits amis en fonction leur aptitude à rentrer dans le costume de Yunsung du jeu Soul Calibur, la jeune femme cumule a priori tous les attributs de l’otaku type, mis à part peut-être le physique avantageux dont elle est dotée. Ce dernier point, elle le partage d’ailleurs avec Mon (Ryuhei Matsuda), un marginal bien glamour et sexy pour endosser le costume du loser complet que l’on nous présente. Mais peu importe, tous deux sont réunis par leur volonté de percer dans l’art et plus précisément le manga.

Tandis que Koino exerce son talent dans les doujnshi (mangas amateurs) qu’elle vend ensuite tant bien que mal aux conventions animes et manga, Mon a son idée bien à lui de ce qu’est l’art. Ses « mangas », comme il les appelle, ont de quoi dérouter les connaisseurs les plus fins : il a en effet inventé le « manga en pierres ». Une manière de raconter comme une autre, sur un support de petites pierres peintes disposées avec soin dans une boîte rectangulaire. Et c’est justement en tombant par hasard sur une pierre séduisante en pleine rue que Mon rencontre Koino, celle-ci lui écrasant malencontreusement le doigt avec son talon aiguille. Coup de foudre !

koinomon06Avec sa photographie flashy mais harmonieuse et soignée, sa bande-son tantôt trépidante, tantôt lyrique au diapason d’un rythme qui alterne entre accélérations et envolées contemplatives, ses scènes imprévisibles régulièrement ponctuées de gags parfois gros comme des maisons, Otakus in Love trouve le ton juste, avec ce qu’il faut de folie, pour parler des jeunes Japonais, désormais écartelés entre la recherche de leur propre voie hors de la pression communautaire et l’acceptation des autres dans leur vie. On trouvait d’ailleurs un fond assez similaire dans Kamikaze Girls.

Le monde du travail, avec sa discipline militaire et sa négation de tout ego, est d’ailleurs gentiment caricaturée dans une scène où Mon tente d’intégrer les rangs de Tsugino Happy Inc., une société où les employés doivent répéter tous les matins après leur patron, lui-même dépeint comme un sadique hystérique, à quel point ils sont heureux de travailler ici. La différence entre nos deux héros réside peut-être dans le fait que Koino parvient à se fondre dans la masse, quitte à mener une vie de schizophrène (office lady le jour et « cosplayeuse » la nuit), tandis que Mon se refuse à tout compromis et entend imposer de force toute la bizarrerie de son art au risque d’essuyer le mépris de tous.

koinomon_03Le réalisateur Suzuki Matsuo porte un regard tendre sur ces jeunes qui vivent leur passion jusqu’au bout, nous octroyant la primeur de régulières visites guidées particulièrement hautes en couleurs des lieux de rencontre de ces otakus que le cinéma japonais a finalement rechigné jusqu’ici à montrer tels qu’ils sont, en dépit de leur poids économique grandissant. Koino entraîne donc Mon dans de mystérieux lieux de cultes où l’on chante en cœur les génériques d’animes, ou bien dans les inévitables conventions investies par les fans en transe à la recherche du goodie ultime.

Parmi les figures les plus pittoresques d’Otakus in Love, il y a les parents de Koino, tous deux pratiquants de cosplay et hilarants dans leurs costumes. On reste décidément otaku toute sa vie. Au-delà de la dimension comique qui imprègne tout le long-métrage et pour rester dans le vif du sujet, il est à noter que rares sont les films à exprimer de manière aussi vibrante et avec autant d’humour la satisfaction que procure un dessin ou une planche achevés et réussis, comme c’est le cas dans cette séquence mémorable et endiablée où les trois artistes, Koino, Mon et Marimoda, concourent pour le prix du meilleur manga. Un grand moment.

koinomon_04Le réalisateur ne manque pas de réserver un rôle de choix dans son film, celui de Marimoda, le trouble-fête qui met en péril la relation mouvementée qui unit nos deux tourtereaux. Patron du manga bar où traîne continuellement un pauvre hère incarné par Shinya Tsukamoto (!), bar dans lequel Mon finit par se faire embaucher – et accessoirement essaie de refourguer son « manga », sans succès – , il séduit sans vergogne une Koino déboussolée par les changements brutaux qui agitent son existence en jouant sur sa gloire passée de mangaka.

Car les excès assumés de Otakus in Love ne nuisent en rien à la délicatesse de la romance qui naît entre Koino et Mon au fur et à mesure que s’affirme leur aspiration artistique commune, si différentes puissent-t-elles sembler dans la forme, prises individuellement. Pour une fois, on peut même parler de véritable « romantisme », notamment dans cette belle scène où les deux jeunes gens s’amusent à dessiner sur la même planche de bande-dessinée, racontant ensemble la même histoire. Ryuhei Matsuda (Tabou, Blue Spring) et Wakana Sakai s’en donnent à cœur joie tout au long du film, n’hésitant pas à se montrer sous un jour parfois peu flatteur (Ryuhei Matsuda en Yunsung ou, au choix, déguisé en montagne de pierres !) mais savent aussi l’instant d’après faire ressortir toute la sensibilité de leurs personnages, et ce avec le plus grand naturel. Le film leur doit beaucoup.

Frais, léger, drôle, chaleureux, parfois absurde mais toujours percutant, Otakus in Love dit beaucoup de choses à la fois sur la difficulté de rester soi-même dans la vie, dans la voie artistique que l’on s’est choisie ou encore en amour, tout cela avec un ton unique qui en fait l’une des œuvres les plus enthousiasmantes que le cinéma japonais nous ait offert sur les contradictions de la jeunesse d’aujourd’hui.

Caroline Leroy

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Les Otakus au cinéma et à la télévision

On a beaucoup évoqué le phénomène complexe des otakus, apparu il y a plus de vingt ans au Japon, mais qu’en est-il de leur représentation à travers le cinéma et l’animation japonaise ?

Tout d’abord, un petit rappel sur ce que désigne le terme otaku. En japonais, taku signifie « logis » ou « chez-soi », tandis que le « o » correspond à une formule de politesse, destinée ici à marquer une distance avec les concernés. On confond volontiers de par chez nous les otakus avec les fans d’animes et/ou de mangas. Mais le terme fait bel et bien référence à un mouvement spécifique au Japon, apparu dans les années 60, en plein boom économique. Subissant des pressions incommensurables induites par l’esprit guerrier dans lequel ils étaient élevés (afin de battre les Américains sur le terrain économique), certains jeunes se désolidarisaient de la réalité en se réfugiant dans le culte d’une idole, d’un manga, d’un hobby. On les a appelés les otakus, en référence à leurs mœurs qui les amenaient bien souvent à rester cloîtrés chez eux. De nous jours, on fait la distinction entre les otakus, qui ne sont en réalité pas vraiment coupés du monde social puisqu’ils entretiennent des relations suivies entre eux, et les hikikomori, des jeunes vivant en ermites sans que leur entourage ne puisse déterminer ce qui occupe leurs journées.

koinomon_wp6En France, Jean-Jacques Beineix s’intéressait en 1994 au phénomène otaku au travers d’un documentaire, Otaku, réalisé à partir d’une véritable enquête terrain. Evitant toute représentation simpliste, le cinéaste dressait un constat plutôt alarmiste du mouvement tout en suggérant que l’émergence des otakus pouvait être le symptôme des bouleversements qui étreignaient la société japonaise. Bien avant le documentaire de Beinex, au début des années 80, le studio nippon Gainax sortait un anime mi-fiction mi-documentaire, Otaku no Video (1982), suivi trois ans plus tard de More Otaku no Video. Rappelons que le studio Gainax, devenu depuis l’un des plus importants de l’archipel, est lui-même entièrement composé d’otakus ! Ainsi, le parcours de Kubo, héros de Otaku no video, et de son ami Tanaka retracerait en réalité celui des fondateurs du studio. L’histoire est simple : Kubo, simple étudiant pas particulièrement passionné de mangas, mène une vie sans histoire qui ne le satisfait pas vraiment, sans qu’il puisse en exprimer la raison. Un jour, il rencontre Tanaka, un ancien ami de lycée qui parvient à le convaincre de se rendre à des manifestations d’otakus. Entraîné dans des conventions et concours de cosplay, initié aux joies du fanart et de la construction de maquettes, Kubo se laisse engloutir dans la spirale et se détache progressivement de ses proches. La seconde partie de l’anime est consacrée à la nouvelle quête de Kubo : devenir un « Otaking », roi des otakus, en faisant construire un parc d’attraction destiné aux otakus…

Vu à travers le point de vue d’un élément extérieur, en l’occurrence Kubo lorsqu’il est introduit dans le milieu, les otakus de Otaku no video paraissent d’abord étranges, avec leurs mœurs insolites entièrement mises au service de leur imaginaire. Mais à mesure que le garçon se laisse entraîner, on se prend forcément de sympathie pour ces garçons et ces filles qui vivent en marge de cette logique d’évaluation sociale par l’argent qui caractérise les sociétés capitalistes. Toutefois, pour tempérer ce jugement, les concepteurs ont inséré des « portraits d’otakus », c’est-à-dire des témoignages réels à travers lesquels des otakus s’expriment, le visage brouillé et la voix transformée. Ces témoignages poignants nous ramènent bien vite à la réalité de ces individus marginaux, angoissés rien qu’à l’idée de se voir imposer un contact humain. Ces hommes (les otakus sont en majeure partie des hommes) sont issus de la génération des années 60 et occupent aujourd’hui des postes classiques sur le marché du travail (programmeur, assistant de laboratoire…). Ils évoquent leur passé tantôt avec nostalgie, tantôt avec honte. Otaku no video est certainement l’un des documents les plus intéressants sur le sujet, ce qui s’explique largement par le vécu de ses créateurs. De plus, si les parties documentaires se caractérisent par une certaine sécheresse et provoqueront inévitablement le malaise, on appréciera la tonalité humoristique des aventures de Kubo, l’apprenti en phase de devenir le Roi des otakus.

Contrairement aux idées reçues en France, être otaku ne signifie pas nécessairement être fan de manga : certains portent un culte à des idoles réelles, lancées spécialement à leur destination. Ces idoles sont en général de fraîches jeunes filles en minijupe, âgées de 14 à 25 ans – Hinano Yoshikawa, la jeune actrice du superbe Tokyo Eyes (Jean-Pierre Limosin), en est un spécimen. Dans le cas des otakus adorant une idole réelle, il devient facile de faire la confusion avec le crazed fan, c’est-à-dire un fan obsédé par sa star, au point de la poursuivre voire de lui porter atteinte physiquement. C’est pourquoi l’otaku est parfois apparu sous les traits d’un potentiel psychopathe, comme c’est le cas dans l’immense Perfect Blue (Satoshi Kon) dans lequel l’héroïne est obsédée par un inquiétant personnage qu’elle croit être son persécuteur. Le phénomène des idoles est par ailleurs exploité de manière originale dans l’inquiétant Suicide Club (Sono Sion), film dans lequel des jeunes s’avèrent être manipulés par un girls band.

Les otakus ont souvent été pointés du doigt avec mépris, voire présentés comme des dangers publics. Pourtant, la tendance actuelle nous invite à porter un autre regard sur eux, un regard moins résolument négatif. Au fil des années, les otakus ont en effet pris une importance non négligeable auprès des studios et des producteurs, qui les perçoivent à présent comme les représentants d’un marché lucratif. D’autre part, avec l’émergence des forums Internet et des chats en ligne, l’otaku est beaucoup moins isolé qu’il ne l’était au début des années 80 puisqu’il peut communiquer avec ses pairs. Pour toutes ces raisons, sociologiques et économiques, l’image de l’otaku a sensiblement évolué : il est traité avec plus d’affection, et il n’est plus nécessairement un garçon.

En 2004, la série Genshiken (Takashi Ikehata, Tsutomu Mizushima) s’attarde ainsi sur le quotidien des otakus à travers les yeux d’un étudiant, Sasahara, qui décide d’intégrer une association au sein de sa fac. Otaku no video affirmait déjà que la plupart des clubs ou associations de SF constituaient en vérité des façades de repaires d’otakus. Genshiken confirme : à l’instar de Kubo, Sasahara fait en quelque sorte son « coming out » (en tant qu’otaku). Amoureuse d’un otaku bishônen – joli garçon, ce qui représente déjà une évolution dans l’image de l’otaku, une jeune fille non convaincue intègre elle aussi le club. Son regard sert ainsi le procédé de distanciation. Genshiken évoque notamment le périple des conventions (pour ceux qui se seraient tapée la monstrueuse file d’attente de Japan Expo 2006, il faut savoir que ce n’est rien face à une convention japonaise), le désir obsessionnel d’acquérir une pièce rare en édition limitée ou encore le succès incroyable des dôjinshi (mangas amateurs détournant les personnages de mangas déjà existants à travers des histoires allant de la simple parodie au délire porno trash)… Drôle mais jamais condescendante, Genshiken est actuellement la série à voir absolument pour découvrir la planète des otakus.

De nos jours, certains vont jusqu’à imaginer des concepts de séries destinées à satisfaire les fantasmes des otakus, comme c’est le cas de Densha Otoko. L’histoire est celle de Yamada, un otaku pas spécialement gâté par la nature, qui vient par hasard en aide à une belle (et riche) jeune fille en détresse, laquelle se montre fort impressionnée et lui demande ses coordonnées. Par la suite, notre otaku raconte le détail de ses rendez-vous sur le forum de discussion Internet à travers lequel il communique avec ses semblables… La légende prétend que Densha Otoko serait tiré d’une histoire vraie. Le scénario a été décliné sous différents supports : il existe ainsi un roman, un manga mais aussi un long métrage et une série télévisée sur le sujet. Cela dit, dans Densha Otoko, l’otaku cherche sincèrement à s’insérer dans la société, sans y parvenir en raison d’une trop forte timidité. S’agit-il alors d’un véritable otaku, sachant que l’otaku typique refuse de s’insérer dans un monde qu’il juge incapable de l’accepter ?

N’acceptant pas les conventions sociales telles que le travail ou le mariage, c’est-à-dire ce qui valide la productivité d’un individu, l’otaku a longtemps fait peur. Peut-être représente-t-il les premiers symptômes d’une remise en question inévitable des fondements de la société japonaise. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas de voir des œuvres utilisant le phénomène pour porter une véritable critique sociale. Outre le délicieux et excentrique Otakus in Love, qui présente d’ailleurs au détour de quelques séquences une vision cauchemardesque du monde de l’entreprise, un autre long métrage exploite de manière intéressante le phénomène otaku : Space Travelers, de Katsuyuki Motohiro (2000). Le synopsis rappelle de loin celui du film français Pour 100 Briques t’as plus rien (Edouard Molinaro) : trois jeunes gens paumés (Takeshi Kaneshiro, Masanobu Ando et Hiroyuki Ikeuchi) décident de braquer une banque. Assiégés par la police, ils parviennent à rallier les otages à leur cause. Et tout cela grâce au délire d’un otaku (Masanobu Ando), qui se croit dans un épisode de sa série préférée, une série de science fiction intitulée « Space Travelers ». Le jeune homme voit en effet en chacun des hommes et femmes présents un personnage de la série. Ici, l' »otakisme » est montré comme le seul moyen de rétablir la connexion entre des individus enfermés dans des schémas rigides et incapables de communiquer entre eux. En s’identifiant aux Space Travelers, les otages s’unissent grâce à un imaginaire qu’ils partagent et se libèrent des hiérarchies qui les étouffent, et qui sont incarnées par les policiers qui encerclent la banque – des policiers que l’otaku prend pour des aliens voulant envahir la Terre. Toutefois, sans trop en dévoiler, l’issue de cette aventure rocambolesque suggère qu’il est illusoire de tenter d’échapper à l’emprise de ce monde rigide…

koinomon_07Tourné en dérision, montré du doigt ou synonyme de délire cathartique, l’otaku n’a pas fini d’être un personnage incontournable du cinéma et de l’animation japonaise. Le phénomène est peut-être bien en train de s’internationaliser : les conventions sont apparues en France et comportent leur lot d’adeptes, comme en témoigne le succès de la récente convention Japan Expo, qui s’est largement agrandie cette année. Enfin, aux USA, où les conventions de comics prennent elles aussi des proportions énormes, Gil Kenan nous laisse entrevoir la version américaine de l’otaku dans son récent Monster House en la personne de Skull, l’hilarant accro du jeu vidéo…

Elodie Leroy

Dossier publié le 11 août 2006 sur DVDRama.com dans le cadre de la rubrique « Regard sur l’Asie »

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