‘Initial D’ : Course-poursuite du cinéma au DVD

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Hier sortait en DVD Zone 3 le film événement Initial D réalisé par Andrew Lau et Alan Mak, avec la popstar taïwanaise Jay Chou dans le rôle de Takumi Fujiwara, au volant de la célèbre Toyota AE86 Trueno. Sorti le 27 juin dernier à Hong Kong, le film venait à point nommé sauver un box-office local bien morose depuis plusieurs mois et s’impose pour le moment comme le succès de l’année 2005, battant à plates coutures les monstres américains Star Wars, Batman Begins, La Guerre des Mondes ou Mr and Mrs Smith, ainsi que le dernier Tony Jaa, Tom Yum Goong, réalisé par Prachya Pinkaew.

> Lire la critique du film Initial D de Andrew Lau et Alan Mak

Avec un premier week-end à 14,93 millions HK$, Initial D fait mieux que le précédent hit du duo Andrew Lau/Alan Mak, Infernal Affairs sorti en 2003, même s’il n’égale pas le score du grand vainqueur de l’année 2004, Kung Fu Hustle de Stephen Chow, qui approchait les 20 millions HK$ au terme de ses quatre premiers jours d’exploitation. Véritable carton dans toutes les provinces de Chine continentale (films chinois et étrangers confondus), à Singapour, en Malaisie et à Taiwan, Initial D doit sortir au Japon à la mi-septembre où il a été tournée et où il est bien sûr très attendu par les fans du manga et de la série.

A noter que le film sera présenté hors compétition à la 62ème Mostra de Venise qui débute le 31 août prochain. Une bande-annonce japonaise est disponible sur le site officiel qui reste malheureusement désespérément lourd à charger.

Initial D est à l’origine un manga imaginé et dessiné par Shuichi Shigeno, apparu pour la première fois en 1995 dans les pages de Young Magazine aux éditions Kodansha et toujours en cours de publication à l’heure qu’il est. Totalisant plus de 39 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier depuis sa création, le titre n’est pas encore disponible en français alors qu’il est édité depuis 2002 aux Etats-Unis, chez Tokyopop.

En 1998, une adaptation animée en 26 épisodes (Initial D: First Stage, édité en DVD par Kaze) voit le jour et connaît immédiatement un succès phénoménal, bientôt complétée par une deuxième saison (Initial D: Second Stage, 1999), un OAV sous forme de spin-off avec pour vedette le duo féminin Mako/Sayuki rencontré dans l’épisode 16 de la première saison (Initial D: Extra Stage, 2001), un film d’animation (Initial D: Third Stage, 2001) ainsi qu’une toute récente nouvelle série TV (Initial D: Fourth Stage, 2004) ; sans oublier bien sûr les divers jeux vidéos inspirés de la série. Le film live Initial D constitue donc une étape logique dans le parcours d’une franchise inépuisable dont l’immense popularité n’a jamais été démentie au fil des années.

Le manga comme la série reposent pourtant sur un concept pour le moins basique au premier abord. Takumi Fujiwara est un lycéen de 18 ans qui travaille dans une station essence le jour et livre du tôfu la nuit au volant de la Trueno 86 de son père, le long des cols sinueux du Mont Akina. Or c’est justement là que se déroulent chaque week-end des courses impitoyables entre pilotes chevronnés. Une nuit, Takumi rencontre par hasard sur sa route un coureur et le bat tout aussi accidentellement, fort de son expérience de la région qu’il connaît comme sa poche et d’une technique de dérapage hors du commun. C’est ainsi que naît la réputation de Drift King de Takumi qui ne va pas tarder à être sollicité par l’équipe locale, les SpeedStars, en manque d’un coureur de talent pour faire face à la concurrence féroce des équipes adverses.

La simplicité du prétexte de départ de la série fait toute sa force. Initial D ne s’embarrasse pas de sous-intrigues inutiles et va droit au but, gageant sur l’effet de surprise immanquablement provoqué par le génie involontaire de Takumi, outsider que personne n’attend au tournant. Les défis se succèdent et ne se ressemblent pas et la montée en puissance jubilatoire de la série se fait lentement mais sûrement, malgré une animation un peu pauvre dans la première saison – mais qui va, là aussi, en s’améliorant au fil des épisodes. Série délicieusement addictive dont l’incroyable énergie mérite largement le détour, Initial D explore toutes les facettes possibles et imaginables du drifting (issu de l’anglais « to drift » : dériver), sport japonais apparu durant les années 80 qui consiste, en gros, à négocier des virages sur route fermée ou sur circuit en dérapage contrôlé et à pleine vitesse. Le seul et unique Drift King demeure le Japonais Keiichi Tsuchiya qui conduisait lui aussi une Trueno 86 à son époque et qui imposa la discipline au niveau professionnel. Tsuchiya représente bien entendu la source d’inspiration majeure de Shuichi Shigeno dans la création du personnage de Takumi.

Le film de Andrew Lau et Alan Mak reprend à quelques aménagements près la même trame que la série, en condensant évidemment le développement de l’histoire puisque, pour donner un exemple, le leader des NightKids, Nakazato (interprété par Shawn Yue), n’apparaît guère avant une bonne dizaine d’épisodes dans la série animée. On se réjouit quand même d’avance de voir Anthony Wong dans le rôle du père de Takumi, Bunta Fujiwara. Quant à Jay Chou, bien qu’un peu âgé pour être lycéen – mais ne chipotons pas ! – il ne semble pas déparer a priori dans le rôle du taciturne mais sympathique Takumi. La question est de savoir si les courses sont aussi bien mises en scène, aussi passionnantes qu’en version animée, une interrogation qui n’a rien d’incongru si l’on considère l’exceptionnelle capacité des réalisateurs d’animation japonais à dramatiser efficacement l’action, ainsi que l’impact non négligeable du rythme tout en crescendo de la série sur l’implication du spectateur dans ces courses délirantes.

Aucune sortie en salles n’étant encore prévue en France, il faudra se tourner vers le DVD import pour savoir si Initial D, le film, est à la hauteur de la formidable série d’animation. Deux éditions sont disponibles, proposant toutes deux un transfert 16/9 compatible 4/3 au format respecté 2.35, accompagné de trois pistes audio sous-titrées en anglais : chinois cantonais DTS-ES discrete 6.1 ou Dolby Digital EX, et chinois mandarin Dolby Digital 5.1.

L’édition simple est vendue avec 4 marque-pages imprimés sur papier métallisé et comporte 60 minutes de suppléments :

  • Making of et behind-the-scenes
  • Introduction des personnages et interviews des acteurs
  • Scènes coupées et NG shots
  • Démonstration de drifting à Shanghai
  • Extraits de la conférence de presse japonaise
  • Galerie de photos

L’édition limitée deluxe (5000 copies) ajoute à cela un album de photos de 60 pages, mais l’écart de prix relativement conséquent qui sépare les deux éditions mérite cependant réflexion.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 19 août 2005

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