Interview : Bong Joon Ho, réalisateur de ‘Mother’

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Après l’incroyable succès de The Host, qui a battu tous les records au box-office en attirant plus de 13 millions de spectateurs dans les salles, dont 10 millions en trois semaines de temps, Bong Joon Ho avait deux choix possibles : tenter de réitérer l’exploit en livrant un autre film dans la même veine ou bien prendre un virage à 180 degrés et se démarquer radicalement de son précédent film. Comme toujours en marge des conventions, le réalisateur de Barking Dogs Never Bite et Memories of Murder a choisi la seconde option et revient deux ans plus tard vers le genre qu’il affectionne, à savoir le thriller social. Revoilà donc Bong Joon Ho avec Mother, un film intimiste d’une grande noirceur dans lequel une mère se montre prête à tout pour sauver son fils accusé de meurtre…

Nous avons rencontré Bong Joon Ho lors de son passage au Festival de Cannes 2009 et il nous a dit quelques mots sur Mother. A noter que la critique du film est également disponible sur le site.

bong_joon_ho_01Elodie Leroy : The Host a connu énorme succès en Corée du Sud, devenant même le plus gros succès de l’Histoire du cinéma. Comment avez-vous géré l’après-The Host ?
Bong Joon Ho : Je ne sais pas pourquoi The Host a eu un tel succès et je ne crois que ce soit seulement de ma faute. C’est devenu une sorte de phénomène de société et je voulais oublier ça très vite. J’aurais voulu qu’un autre film vienne dépasser le score au box-office mais malheureusement c’est toujours le plus gros succès historique en Corée. En tout cas, j’avais la volonté de continuer à faire des films à ma manière. En fait, Mother était un projet de longue date que j’avais avant The Host. Même en tournant The Host, je pensais déjà à Mother.

Pourquoi avoir choisi ce sujet, celui d’une relation mère-fils ?
Si Memories of Murder et The Host étaient des films qui s’intéressaient à la société ou à une période particulière de l’Histoire de la Corée, pour celui-ci, j’avais vraiment la volonté de me concentrer sur l’essentiel, sur un ou deux individus. Or la relation entre une mère et un fils est la relation humaine la plus forte possible. L’autre raison qui m’a amené à faire ce film est la curiosité que m’inspirait Kim Hye Ja qui est une actrice mythique en Corée. Je voulais en quelque sorte renouveler son image. D’autre part, dans The Host il y avait deux figures paternelles représentant deux générations mais pas de figure maternelle. Dans Mother je voulais prendre le contrepied puisque cette fois il n’y a plus de père et tout se concentre sur la mère.

mother_08Qu’il s’agisse de Barking Dogs Never Bite, Memories of Murder, The Host ou Mother, vos films mettent en scène des personnages en situation d’extrême pauvreté…
Par rapport au décennies passées, la Corée s’est beaucoup développée et les institutions officielles s’attachent davantage à aider les gens. Des institutions ont d’ailleurs été créées dans ce but. Mais pour ma part, je ne suis pas très optimiste envers le système et le pays. Dans mes films, il est vrai que je parle beaucoup du fait que toutes les personnes pauvres, les marginaux ou ceux qui rencontrent des difficultés sociales, ont énormément de mal à trouver de l’aide auprès de l’administration. C’était un peu le thème central de The Host. Au contraire, dans Mother, mon but n’était pas tant de dénoncer la pauvreté mais d’introduire dès le départ ce personnage comme une marginale.

Comment avez-vous dirigé l’actrice Kim Hye Ja ?
Quand j’ai commencé à travailler avec Kim Hye Ja, ça m’a semblé surréaliste parce que quand j’étais petit et que j’allumais la télévision, elle était toujours là. Elle était déjà connue en tant qu’actrice. Travailler avec elle était donc assez curieux au début mais cette sensation n’a duré que quelques jours. Après, nous nous sommes très bien entendus et nous avons fait un travail très minutieux. La collaboration a été fructueuse parce que c’est une personne très sensible et elle réagissait beaucoup à mes idées. Par exemple, quand je lui disais A, elle me répondait A-A-A. Elle comprenait tout de suite ce que je voulais dire et ajoutait ses propres idées aux miennes. C’était une manière de travailler très propice à la création. Bien sûr, les actrices restent quand même des actrices donc il arrive qu’elles soient aussi un peu difficiles !

Vraiment ? Kim Hye Ja a-t-elle fait des caprices pendant le tournage ? (rires)
Pour l’anecdote, elle voulait vraiment aimer l’acteur qui joue son fils comme s’il était son propre fils. Ils s’entendaient très bien. Et puis tout d’un coup, un jour, elle a commencé à le regarder et elle lui a dit : « Mais comment ça se fait que toi, qui est acteur, tu es encore plus beau que moi. Je suis jalouse, c’est injuste. ». Elle a commencé à s’énerver et c’était très drôle. C’est là que je me suis dit que même si une actrice est mythique, elle reste quand même une actrice.

Avec ce film, Won Bin casse son image glamour. C’est un vrai contre-emploi pour lui. Pourquoi l’avez-vous choisi pour ce rôle ?
Effectivement, en Corée comme au Japon, Won Bin a vraiment l’image d’un jeune premier très glamour. Il a énormément de fans en Asie et c’est la première fois qu’il endosse un personnage d’idiot. Pour les Coréens, il y a même quelque chose de choquant dans le fait de voir cet acteur jouer un rôle pareil. Évidemment, en Occident, il est inconnu donc la question ne se pose pas. Mais je vous avouerai qu’au début, j’avais moi-même un préjugé envers lui. J’avais l’image d’un acteur avec un beau physique mais rien de plus. Cela dit, quelqu’un m’avait dit qu’il était issu de la campagne, que c’était quelqu’un de très simple et qu’il dégageait un certain charme à cause de ses origines. Je l’ai rencontré et j’ai tout de suite compris qu’il serait parfait pour jouer mon personnage. Il a su garder une certaine simplicité donc je me suis dit que le casting était approprié.

mother_03Pouvez-vous nous livrer vos impressions sur le Festival de Cannes ?
En général, au Festival de Cannes, la seule chose que je fais est de faire des interviews toute la journée. Mes souvenirs ne concernent donc que des interviews et j’ai beaucoup de mal à voir des films. Mais je me souviens que l’an dernier, quand j’étais venu présenter Tokyo!, j’ai aussi assisté à la présentation de Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa. Je suis un grand fan de ses films et l’acteur qui jouait dans mon segment de Tokyo! jouait également dedans (NDLR : il s’agit de Teruyuki Kagawa). J’ai un souvenir à ce sujet. Il faut savoir qu’il est très rare pour des Asiatiques de se serrer dans les bras l’un de l’autre, et je me rappelle qu’après la présentation du film, Kiyoshi et moi l’avons fait. Peut-être que nous étions un peu ivre de l’ambiance de Cannes. En général, les Coréens aiment tout ce qui est paillettes, toutes ces décorations autour de la sortie d’un film qui apportent de la publicité. Mais d’un autre côté, les gens sont avant tout là pour voir les films. Ils sont guidés par la passion du cinéma et cette passion est bien réelle. Quand je vois que même le producteur met son smoking pour l’occasion, je me dis qu’il doit vraiment aimer ça ! J’ai envie de lui dire « C’est bon, calme-toi ! ».

Quel sera votre prochain film ?
Ce sera un film de science-fiction. Il s’agit de l’adaptation de la bande-dessinée française Le Transperceneige. Les dessinateurs étaient d’ailleurs présents pendant la projection de Mother.

Propos recueillis par Elodie Leroy au Festival de Cannes 2009

La vidéo correspondant à cet article a été publiée Filmsactu.com le 29 janvier 2010.

> Lire la critique du film Mother, de Bong Joon Ho

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