Portrait de Yukie Nakama (‘Shinobi’)

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Dans Shinobi de Ten Shimoyama, elle est Oboro, la jeune chef du clan Iga qu’un mauvais tour du destin oppose à son amant Gennosuke, leader des Kôga. Au cours de l’interview qu’il nous a accordée à Deauville en mars dernier, le réalisateur Ten Shimoyama déclarait avoir recherché pour ce rôle une actrice dont le regard dégagerait une force hors du commun. Il l’a de toute évidence trouvée en la personne de Yukie Nakama, comédienne charismatique que l’on connaît en France pour avoir prêté ses traits angéliques à Sadako Yamamura dans Ring 0 : Birthday, prequel du célèbre film d’épouvante de Hideo Nakata. Mannequin, chanteuse, star de télévision et aujourd’hui valeur montante du cinéma japonais, Yukie Nakama est la révélation de Shinobi, qui sortira sur les écrans français le 16 mai 2007.

Née en 1979 à Okinawa, Yukie Nakama possède déjà à son actif une solide formation de danseuse lorsqu’elle débute au cinéma en 1996, dans le moyen métrage Tomoko no baai de Katsuyuki Motohiro (Space Travelers, Satorare). Tout en démarrant simultanément une carrière dans la chanson, elle enchaîne en 1997 avec une première incursion à la télévision sur le peu mémorable drama Haunted Junction (dont elle chante d’ailleurs l’un des génériques), pour atterrir l’année suivante dans Love & Pop, premier film live de Hideaki Anno, le créateur de Neon Genesis Evangelion. Cet objet filmique non identifié suit l’itinéraire de quatre lycéennes dont la principale occupation en dehors des heures de cours consiste à satisfaire les désirs d’hommes plus âgés. Un sujet brûlant et dérangeant, que Anno traite de manière peu conventionnelle, tant dans la narration que dans le choix d’angles de caméra pour le moins déstabilisants. Outre Yukie Nakama, qui joue l’une de ces jeunes inconscientes, on peut y croiser Tadanobu Asano en « client » déjanté.

L’expérience ne sera pas suffisamment concluante pour faire décoller illico la carrière de l’actrice : dans Gamera 3: Iris Kakusei, réalisé en 1999 par Shusuke Kaneko, elle est une campeuse anonyme qui n’apparaît à l’écran que pour se faire enlever par une vilaine bébête. Par chance, l’attente ne sera pas de longue durée puisqu’elle hérite d’un premier rôle dès 2000 avec Ring 0 de Norio Tsuruta : à vingt-et-un ans, elle se voit confier la lourde responsabilité d’incarner Sadako Yamamura, la légendaire croque-mitaine imaginée par l’écrivain Kôji Suzuki.

En dépit des apparences, Ring O n’est pas à proprement parler un film d’horreur. En cela, il reste fidèle à l’esprit de la nouvelle d’origine, Birthday, qui suit longuement les traces de Sadako au moment où elle tente péniblement de s’intégrer auprès des membres d’une troupe de théâtre, visiblement assez mal disposés à son égard. A leur décharge, il faut avouer que l’arrivée de la jeune fille s’accompagne de phénomènes légèrement inquiétants, comme la mort subite de l’une des comédiennes. Si le réalisateur extrapole quelque peu à partir de la trame resserrée de la nouvelle dans la deuxième partie de Ring 0, le long métrage ne perd pas pour autant en unité et permet à Yukie Nakama de livrer une prestation sans faille. Difficile pourtant de donner vie à cette Sadako qui se résumait dans Ring à une effrayante silhouette désarticulée. Ce prequel dresse à l’inverse le portrait d’une adolescente psychologiquement vulnérable, qui découvre le sentiment amoureux au moment même où elle prend conscience de ses pouvoirs terrifiants. En parvenant à restituer ce mélange d’innocence touchante et de mystère insondable qui caractérise la Sadako humaine de Suzuki, l’actrice relève le défi haut la main et hisse de toute évidence le film vers le haut.

Yukie Nakama et Seiichi Tanabe dans Ring 0 de Norio Tsuruta

Yukie Nakama et Seiichi Tanabe dans Ring 0 de Norio Tsuruta

Mais la reconnaissance du public ne viendra véritablement qu’en 2002 pour Yukie Nakama, grâce à un rôle régulier dans le drama télévisé Trick. Dans cette série mi-policière mi-fantastique, elle est Naoko Yamada, une magicienne qui fait équipe avec le détective Jirô Ueda (Hiroshi Abe) afin de démasquer les imposteurs qui prétendent détenir des pouvoirs surnaturels. Le tandem improbable formé par les deux acteurs est pour beaucoup dans le succès de ce drama divertissant et bien ficelé, qui connaîtra deux nouvelles saisons par la suite, Trick 2 (2002) et Trick 3 (2003), ainsi que deux adaptations cinéma signées de Yukihiko Tsutsumi (2LDK).

Yukie Nakama et Jun Matsumoto dans le drama GOKUSEN

Les chemins de Yukie Nakama et de Hiroshi Abe n’ont pas fini de se croiser puisqu’ils sont tous deux au générique de Musashi, drama de luxe inspiré du célèbre roman de Eiji Yoshikawa et produit en 2003 par la chaîne NHK. Comme son rôle dans Trick le laissait présager, elle n’y interprète évidemment pas la douce Otsu, mais le plus énigmatique double rôle de Koto / Yae. Au générique de Musashi, on compte au passage plusieurs pointures telles Rie Miyazawa (Tony Takitani), Shin’Ichi Tsutsumi (Postman Blues), Shinobu Terajima (Vibrator) ou encore… Takeshi Kitano ! Sans oublier la présence d’Ennio Morricone à la musique.

Entre temps, Yukie Nakama rencontre un autre énorme succès télévisé avec Gokusen (2002), transposition live du manga éponyme de Kazueko Morimoto dans laquelle elle tient le rôle principal. Jeune enseignante fraîchement diplômée, Kumiko Yamaguchi est contrainte de faire ses gammes en tant que professeur principale de la classe la plus difficile d’un lycée pour garçons. Raillée par ses élèves, méprisée par ses collègues, la jeune femme a de plus en plus de mal à dissimuler sa « vraie » nature. Car Kumiko n’est pas une prof comme les autres : élevée au sein de la « famille » de yakuzas que dirige son grand-père, elle n’a

Yukie Nakama dans le drama GOKUSEN

guère l’habitude de s’en laisser conter et fera tout pour mettre au pas ses élèves. Son but : gagner leur confiance à tout prix. Après Trick, qui lui offrait déjà un rôle à multiples facettes, Gokusen permet à Yukie Nakama d’étendre encore sa popularité en brillant tout particulièrement dans le registre de la comédie, à travers un rôle qui n’est pas sans rappeler l’inénarrable héros de GTO, Eikichi Onizuka. Capable de passer de la timorée un peu cruche à la leader autoritaire la seconde d’après, elle mène la danse avec une extraordinaire énergie en « Yankumi », face au partenaire de choix qu’est le fantastique Jun Matsumoto (Kimi wa pet, Hana Yori Dango).

Et tandis qu’une saison 2 de Gokusen voit le jour en 2005, Yukie Nakama est déjà consacrée star télévisée préférée des Japonais, position qu’elle occupe encore à ce jour en dépit de l’échec cuisant de Tokyo Wankei en 2006. Ce drama sirupeux la voyait entrer dans la peau d’une Coréenne déterminée à épouser un Japonais malgré le veto de son père. Même si le résultat est loin d’être à la hauteur des ambitions, l’actrice aura au moins eu le mérite d’accepter un rôle difficile que la plupart de ses consœurs avaient refusé net.

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Hiroshi Abe et Yukie Nakama dans le drama TRICK 2

Cantonnée à la chanson et surtout à la télévision, la popularité de Yukie Nakama s’étend de manière spectaculaire à l’univers du cinéma en 2005, grâce à Shinobi. Elle avait déjà marqué de son talent le thriller romantique G@me de Satoshi Isaka, dans lequel elle ensorcelait Naohito Fujiki après lui avoir suggéré rien moins que de la kidnapper. Mais c’est sans nul doute Ten Shimoyama qui aura le mieux su tirer parti de sa présence hors du commun, en lui confiant les commandes du clan Iga au sein d’un conflit haut en couleurs et riche en émotions.

Yukie Nakama dans le drama TRICK

N’y allons pas par quatre chemins : avec tout le respect que l’on doit à l’excellent Joe Odagiri (inoubliable Bijomaru de Azumi, tout de même), il est incontestable que Yukie Nakama lui vole la vedette en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Le rôle y est pour quelque chose, le réalisateur semblant affectionner particulièrement cette Oboro tiraillée entre ses sentiments et son sens du devoir. Mais c’est l’actrice qui confère au personnage cette noblesse et cette détermination, sans lesquelles le film ne serait sans doute pas aussi émouvant et réussi.

Aussi à l’aise dans la tragédie que dans l’action ou la comédie, aussi crédible en jeune fille désemparée qu’en chef de clan ninja ou en prof de choc au cœur d’or, Yukie Nakama a su jalonner sa carrière de rôles forts, et ce quels que soient les partenaires qui lui donnent la réplique. Inutile de dire qu’on espère revoir l’héroïne de Shinobi très prochainement dans de nouvelles aventures cinématographiques.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 13 mai 2007

> Lire l’interview du réalisateur Ten Shimoyama

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Yukie Nakama pose pour Shiseido

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