Preview : ‘Death Note’, le film

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Lors de sa sortie le 17 juin dernier, Death Note de Shusuke Kaneko créait la surprise en délogeant le film américain Da Vinci Code de la première place du box-office qu’il squattait depuis quatre semaines. Sans égaler les scores des blockbusters japonais récents, ce petit film d’horreur alléchant a largement dépassé les espoirs placés en lui par les heureux producteurs de Warner Entertainment Japan, affichant le joli score de 23 m$ de recettes fin juillet. L’affaire Death Note est loin d’être classée puisqu’il ne s’agissait là que d’une « première partie ». Le deuxième volet, toujours dirigé par Shusuke Kaneko, atterrira sur les écrans japonais en novembre prochain.

> Lire la critique du film Death Note de Shusuke Kaneko

Le cinéma japonais semble se porter assez bien ces temps-ci. Outre Gedo Senki de Goro Miyazaki, qui s’achemine tranquillement vers le 68 millions de dollars de recettes, plusieurs succès, surprises ou non, tiennent la dragée haute aux mastodontes hollywoodiens. Parmi ces productions lucratives, il y a Umizaru 2 – Test of Trust de Eiichiro Hazumi, deuxième film adapté du très beau manga Umizaru de Syuho Sato (publié en France chez l’éditeur Kabuto) relatant les aventures d’une équipe de gardes-côtes, dont le score final devrait avoisiner les 60 millions de dollars. Il y a aussi Japan Sinks de Masatsugu Higuchi, avec Tsuyoshi Kusanagi and Kou Shibasaki, qui devrait grimper encore au-delà. Uchôten Hotel, comédie romantique de Koki Mitani avec Kôji Yakusho et Takako Matsu avait déjà illuminé ce début de fructueuse année en cumulant plus de 48 millions de dollars au bout de neuf semaines d’exploitation, tandis que l’imposant Yamato, sorti fin 2005, terminait sa carrière avec près de 44 millions de dollars de recettes au compteur. Le succès de Death Note s’inscrit donc dans un contexte particulièrement favorable.

Gros hit au Japon depuis sa première parution en 2004 dans le magazine Shônen Jump édité par Shueisha, au point de largement dépasser les limites de son ciblage de départ (les adolescents), le manga Death Note est le fruit de la réunion de deux talents : d’un côté, le ou la scénariste mystère Tsugumi Ooba, dont on ne recense aucune apparition publique à ce jour, et de l’autre le dessinateur Takeshi Obata, connu notamment pour son travail d’illustrateur sur le manga Hikaru no Go. Le pitch est brillant et recèle d’infinies possibilités, merveilleusement exploitées tout au long des 12 volumes et 108 chapitres que compte le manga, dont la parution vient tout juste de s’achever – décidément, le duo de choc ne perd pas de temps. De quoi parle Death Note ?

Le Shinigami (Dieu de la Mort) Ryuuku s’ennuie à mourir en compagnie de ses pairs. Pour ajouter un peu de piment à sa misérable « vie », il décide de laisser tomber le Death Note (Carnet de la Mort) sur le sol terrestre afin de semer la zizanie parmi les humains. Le carnet échoue par hasard entre les mains d’un lycéen surdoué et blasé, Raito Yagami, qui découvre avec stupeur ces mots rédigés en anglais : The human whose name is written in this note shall die… Il ne tarde pas à comprendre qu’il lui suffit de penser à quelqu’un et d’écrire son nom dans le Death Note pour que cette personne meure dans les quarante secondes. Plus incroyable encore, il s’avère que si la cause de la mort n’est pas spécifiée, la victime succombera tout naturellement à une crise cardiaque. La tentation est grande pour Raito de chercher à refaçonner le monde selon son bon vouloir. L’hécatombe qui s’ensuit parmi les criminels du monde entier attire toutefois l’attention des gouvernements qui n’ont d’autre choix que d’appeler à la rescousse un jeune détective, surdoué lui aussi, répondant au pseudonyme de « L »…

Si le scénario malin et délicieusement tordu explique en grande partie l’accueil phénoménal reçu par le manga, les crédits doivent aussi revenir au talent de dessinateur de Takeshi Obata, dont la finesse et la propreté du trait, le don pour le rendu des matières et des volumes (le soin maniaque du détail apporté au moindre pli de vêtement, cauchemar des dessinateurs, force l’admiration) et le sens du découpage et du cadrage ont énormément contribué à générer l’enthousiasme autour du titre.

Bonne nouvelle, Death Note vient d’être licencié par Kana et devrait sortir sous peu en France. En attendant, une série animée Death Note débutera le 3 octobre sur la chaîne Nippon TV, programmation qui tombe à pic pour entretenir le buzz autour du prochain Death Note: Part 2.

Death Note est réalisé par Shusuke Kaneko, à qui l’on doit à qui l’on doit la trilogie Gamera et Azumi 2, et s’appuie sur un confortable budget de 17 millions de dollars. Le film réunit à l’affiche deux comédiens très en vogue actuellement, Tatsuya Fujiwara et Ken’ichi Matsuyama.

Tatsuya Fujiawara, qui devrait nous réjouir dans le rôle du glacial Raito, n’est pas inconnu du public français puisqu’il était déjà le héros du chef-d’œuvre de Kinji Fukasaku, Battle Royale. Il reprenait d’ailleurs, avec nettement moins de bonheur, le personnage de Shuya dans sa suite très controversée, Battle Royale 2: Requiem, dirigé par Kenta Fukasaku – Fukasaku Père étant décédé au tout début du tournage.

Ken’ichi Matsuyama se glisse quant à lui dans la peau du charismatique « L ». On a pu faire la connaissance de ce comédien âgé de 21 ans dans deux des succès nippons de l’année dernière : Nana de Kentarô Ôtani, adapté du manga de Ai Yazawa, dans lequel il incarnait l’ambigu Shin, et Yamato de Junya Sato, où il prêtait ses traits délicats à un Katsumi Kamio adolescent, joué par Tatsuya Nakadai à l’âge mûr. Difficile de réprimer un certain ébahissement à la vue des affiches et bandes-annonces de Death Note, tant Ken’ichi Matsuyama affiche une ressemblance physique proprement sidérante avec son homologue de papier, « L ». On aurait presque tendance à imaginer que Takeshi Obata s’est inspiré de lui pour créer le design de son personnage et non l’inverse.

Le casting inclut d’autre part le vétéran Shunji Fujimura, vu dans Hakuchi de Makoto Tezuka et qui interprète ici le personnage de Watari. Enfin, cerise sur le gâteau, la voix du Shinigami Ryuuku revient à l’incontournable Shidô Nakamura (The Neighbor No. Thirteen, Le Maître d’Armes). Tout ce beau monde se crêpe le chignon sur les ambiances d’une partition signée Kenji Kawai (Ghost in the Shell, Seven Swords) tandis que la chanson du film est assurée par les Red Hot Chili Peppers. On ne se refuse rien !

La Warner a de quoi être doublement satisfaite de ses investissements japonais avec les bons résultats simultanés du deuxième long-métrage des studios Gonzo, Brave Story. En espérant ardemment que Death Note sera distribué dans les salles françaises l’année prochaine, vœu qui pourrait être exaucé étant donné que la Warner produit et distribue le film, la bande-annonce du premier film est accessible sur le site officiel.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 24 août 2006

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