Preview : ‘Don’t laugh at my romance’, de Nami Iguchi

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Elle a 39 ans, il en a 19. Voilà qui pourrait résumer en quelques mots le pitch de Don’t Laugh At My Romance de Nami Iguchi, sorti discrètement sur les écrans japonais le 19 janvier 2008. Thème encore relativement tabou dans le cinéma occidental, la relation entre un jeune homme et une femme plus âgée l’est encore bien davantage dans le cinéma asiatique, où une simple différence d’un ou deux ans dans le « mauvais sens » est inévitablement pointée du doigt comme une incongruité, une anormalité.

Les choses bougent cependant depuis quelques années au Japon et en Corée, comme en témoigne le nombre croissant de romans et de mangas/manhwas abordant le sujet, avec plus ou moins de bonheur ou d’audace. Ecrites, comme on s’en doute, par des femmes, ces œuvres deviennent elles-mêmes de plus en plus fréquemment sources d’inspiration pour la télévision qui se montre de fait et une fois encore, davantage en phase avec les subtiles et profondes évolutions de la société que le cinéma.

Don't laugh at my romance de Nami Iguchi

Hiromi Nagasaku et Kenichi Matsuyama dans Don’t laugh at my romance de Nami Iguchi

Parmi les dramas (séries TV) japonais mettant en vedette un couple répondant à ce schéma dérangeant, il y a le très beau Sore wa, Totsuzen, Arashi no You ni (2004), dans lequel Kozue (Makiko Esumi), femme au foyer de 34 ans qui tente péniblement de se réinsérer dans la vie active, voit sa vie basculer le jour où elle rencontre Takuma (Tomohisa Yamashita), un lycéen de 18 ans. Aussi émouvante soit leur relation – et elle l’est infiniment –, l’irruption brutale de cet amour inconvenant est vécu comme une tragédie par Kozue qui préfère céder aux pressions familiales – et notamment à l’autorité de son père, chef de famille tout-puissant – plutôt que de s’y abandonner en adulte.

Malgré une plus grande légèreté de ton, le malaise est tout aussi perceptible dans les dramas ayant pour héroïnes des femmes actives, tels que Kimi wa Petto (2003) avec Koyuki et Jun Matsumoto, Anego (2005) avec Ryoko Shinohara et Jin Akanishi, ou encore le très décevant Sapuri (2006) avec Misaki Ito et Kazuya Kamenashi. Non sans dérision, l’auteure du manga Kimi Wa Petto, Yayoi Ogawa, résume très bien la situation en faisant répéter à son héroïne Sumire que l’homme de sa vie devra lui être « supérieur en taille, en âge et en revenus ». Et si c’est finalement un garçon correspondant à l’exacte antithèse de ce portrait qui chamboule sa vie du jour au lendemain, la tentation de la « normalité » paraît toujours sur le point d’avoir raison de Sumire. La normalité, c’est ce paradis qui consiste à se marier et abandonner aussitôt son travail, aussi prestigieux soit-il, pour passer le restant de ses jours dans l’ombre de son époux, confinée à l’intérieur d’une maison.

Dans un contexte social aussi répressif à l’égard des femmes et de leurs désirs, Don’t Laugh at My Romance apparaît comme un véritable oasis dans le désert aride.

Adapté d’un roman de la jeune Naocola Yamazaki pour lequel elle fut récompensée du Bungeisho en 2004, Don’t Laugh At My Romance (Hito no sex o warauna en VO) raconte l’aventure de Yuri (Hiromi Nagasaku), professeure de lithographie dans une école d’art, avec un étudiant de vingt ans son cadet, Mirume (Kenichi Matsuyama). Après l’avoir rencontré deux fois par hasard à l’extérieur puis à l’intérieur du campus, Yuri réalise que Mirume est l’un de ses élèves et ne tarde pas à lui demander de poser pour elle.

C’est à l’occasion de ces séances privées organisées chez elle que débute un jeu de séduction qui se mue rapidement en une véritable passion. Et qui dit passion dit évidemment sexe, élément central qui fait justement cruellement défaut aux dramas susmentionnés (et aux dramas en général, d’ailleurs), de manière invraisemblable. Pour corser l’affaire, viennent s’en mêler la petite amie de Mirume, En-Chan (Yû Aoi), et le soupirant de cette dernière, Domoto (Shûgo Oshinari). Mais Yuri n’est pas une femme ordinaire. Célibataire et libre comme l’air, elle se fiche parfaitement du regard d’autrui. Reste à savoir si, en dépit de cette personnalité originale et déterminée, elle pourra faire face jusqu’au bout à tous les imprévus qu’induit une telle situation, aussi simple que compliquée. Situation que Nami Iguchi choisit délibérément de dédramatiser en adoptant le ton de la comédie, en plus de la dose certaine d’érotisme que laissent présager l’affiche comme la bande-annonce.

A 37 ans, la comédienne et ex-chanteuse Hiromi Nagasaku accède pour la première fois au rôle principal d’un long métrage de cinéma avec Don’t Laugh At My Romance. Connue à la télévision depuis le milieu des années 90, elle est apparue au cinéma aux côtés de Kôji Yakusho dans Doppelgänger de Kiyoshi Kurosawa, dans Hanging Garden de Toshiaki Toyoda, ou encore dans Su-ki-da de Hiroshi Ishikawa avec Aoi Miyazaki.

Quant à Kenichi Matsuyama, 23 ans cette année, on ne le présente plus : actuellement à l’affiche du hit L: Change the World de Hideo Nakata (en tête du BO japonais pour la troisième semaine consécutive) dans le rôle du singulier détective L issu de la saga Death Note, il confirme avec ce rôle pour le moins courageux qu’il est bel et bien l’un des jeunes comédiens japonais les plus imprévisibles et passionnants actuellement. Il donnait d’ailleurs déjà la réplique à Yû Aoi dans le film de guerre Yamato de Junya Sato, en 2005. De son côté, Shûgo Oshinari (Battle Royale II: Requiem) collabore pour la seconde fois avec la réalisatrice après The Cat Leaves Home.

‘The Cat Leaves Home’ de Nami Iguchi

Don’t Laugh At My Romance n’est en effet que le deuxième film de Nami Iguchi. Son premier long métrage, The Cat Leaves Home (Inu-Neko), lui avait valu le prix Fipresci en 2004 au Festival de Turin, ainsi que la reconnaissance de la Directors Guild of Japan, qui la nommait Meilleure jeune réalisatrice la même année, faisant d’elle la première femme à obtenir cette distinction au Japon. A 41 ans, elle appartient à cette génération montante de réalisatrices japonaises qui fait sensation à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières du pays depuis quelques années : Mayumi Miyasaka (Tenshi), Miako Tadano (Three Year Pregnant), Kaze Shindô (Princess in an Iron Helmet), petite-fille du réalisateur Kaneto Shindô, Mika Ninagawa (Sakuran), photographe de renom et fille du grand metteur en scène de théâtre Yukio Ninagawa, ou encore Naoko Ogigami (le récent et très remarqué Megane, sélectionné à Berlin cette année).

Il ne reste plus qu’à souhaiter que le travail de Nami Iguchi et de ces réalisatrices parvienne jusqu’à nous, et ce même si aucune d’entre elles ne connaît comme Naomi Kawase le privilège d’une sélection au Festival de Cannes.

En attendant, il est possible de visionner la bande-annonce de Don’t Laugh At My Romance sur le site officiel du film (quatrième onglet en partant de la gauche).

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 3 mars 2008

> Lire la critique de Don’t Laugh At My Romance de Nami Iguchi

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