Preview : ‘Ming Ming’, de Susie Au

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Amateurs d’action stylisée, d’esthétique futuriste et de personnages sexy tout droit sortis d’une bande dessinée, Ming Ming semble avoir été fait pour vous. Dans les salles hongkongaises depuis fin avril 2007, cette nouvelle curiosité asiatique signée Susie Au met en scène Zhou Xun et Daniel Wu dans un mélange d’action, de film noir et de romance teinté d’une ambiance très comic book. Par chance, un site officiel en langue anglaise est disponible, permettant de découvrir la bande annonce de ce qui promet d’être une expérience radicale et unique en son genre. Aucune sortie française n’est encore prévue mais Ming Ming devrait faire son chemin à travers les festivals. Espérons-le car les premières images de l’objet font saliver.

Shanghai, 21e siècle. Artiste martiale redoutable et voleuse pour la bonne cause, MingMing (Zhou Xun) tombe amoureuse de D (Daniel Wu), un combattant indépendant aussi irrésistible qu’insaisissable. Comme il le fait à toutes ses soupirantes, D lance un défi à MingMing, celui de lui ramener 5 millions de dollars HK en échange desquels il s’enfuira avec elle à Harbin, une ville de l’extrême nord de la Chine. Sans attendre, MingMing vole la somme à un chef mafieux du nom de Cat (Jeff Chang). Alors qu’elle s’enfuit avec l’argent, MingMing heurte malencontreusement Nana, une jeune femme qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau (aussi jouée par Zhou Xun) et qui s’avère être l’une des petites amies de D. MingMing fait de Nana le bouc-émissaire de son vol, ce qui vaut à celle-ci d’être à son tour poursuivie par les hommes de Cat. Mais Nana rencontre Tu (Tony Yang), un jeune homme épris de MingMing qui la prend pour cette dernière et décide de devenir son ange gardien. Pendant ce temps, D disparaît mystérieusement de Shanghai, ne laissant derrière lui qu’un seul indice à l’intention de MingMing : un message téléphonique crypté…

Après une carrière débutée en 1992 dans l’univers du clip vidéo, la réalisatrice Susie Au signe avec Ming Ming son tout premier long métrage. Auparavant, elle a filmé les plus grandes pop stars hongkongaises, parmi lesquelles on citera Faye Wong et Jacky Cheung, soit les deux chanteurs les plus emblématiques de la canto-pop des années 90. En imposant sa maîtrise de la mise en scène et du montage, Susie Au s’est non seulement forgé une réputation solide dans l’industrie mais a aussi fortement participé à imposer de nouveaux standards dans le monde jusqu’alors très pauvret du clip hongkongais.

Cette expérience, qui ne constitue nullement un désavantage, se devine bien entendu dans la bande annonce de Ming Ming, une succession d’extraits s’enchaînant avec un rythme enlevé et révélant un sens aiguisé du cadrage, en plus d’une volonté assumée de montrer les personnages de manière fantasmée. Faut-il voir dans ce premier film un simple exercice de style ? Une pure démonstration formaliste ? Selon les premiers échos de la presse internationale, tout porte à croire que l’on peut en attendre bien plus. On parle de la révélation d’un nouvel auteur au style personnel très affirmé, à travers une expérience novatrice s’appuyant sur une narration déconstruite et un vrai développement des personnages, en plus d’un design visuel et d’un travail sur les sons très fouillés.

Susie Au s’assure un contrôle total sur Ming Ming en répondant présente à presque tous les niveaux de la conception de son projet : en plus de diriger l’équipe de tournage, elle intervient aussi en tant que scénariste (aux côtés de Louisa Wei et Angela Lau), monteuse et productrice exécutive. Parmi les producteurs, on compte aussi Philip Lee, coproducteur de Hero et du Maître d’Armes, ce qui devrait être le gage d’une certaine qualité artistique.

Outre la présence de quelques séquences à caractère intimiste, les images et extraits laissent entrevoir des scènes d’action très conceptuelles, voire insolites (une dizaine d’hommes armés parfaitement disposés dans une rue déserte), mêlant gunfights, cascades et arts martiaux. Les personnages de Ming Ming s’intègrent dans une esthétique à la fois sombre et flamboyante, presque tape-à-l’œil (surtout dans les scènes avec Nana, apparemment), teintée d’une petite touche kitsch plutôt réjouissante. Jonglant avec les genres cinématographiques comme MingMing semble le faire avec les projectiles qu’elle lance sur ses adversaires, Susie Au explore à sa manière les codes du film noir au travers des enjeux liés aux gangsters, inversant sans vergogne les rôles puisque la « femme fatale » responsable de tous les troubles est ici un homme – il s’agit bien entendu de D.

Parallèlement, il semblerait que le film incorpore des éléments plus traditionnels, si l’on se fie à la bande son qui illustre le teaser et dont la tonalité générale très pop se voit brièvement interrompre par un morceau joué à la pipa, instrument chinois à cordes utilisé de manière privilégiée dans les wu xia pian. Au passage, à l’heure où de plus en plus de productions misent sur un chanteur à succès pour se voir relayer sur les ondes et s’assurer ainsi une accroche auprès du jeune public, Susie Au s’autorise une chanson à la gloire de son héroïne, à la manière des vieilles séries de superhéros.

Au vu des premiers plans de la bande annonce, le personnage de Ming Ming n’est pas sans rappeler ces héroïnes hongkongaises à la fois classes et sexy que l’on pouvait voir dans certaines productions des années 90. On pense bien sûr au sympathique Heroic Trio (Johnnie To) mais aussi à Saviour of the Soul, les deux films ayant pour point commun la présence d’Anita Mui dans le rôle principal. La référence à Saviour of the Soul est d’autant plus frappante que Anita Mui y campait elle aussi deux rôles différents, même si l’on préfère oublier le personnage soi-disant comique de la jumelle et ne retenir que celui de la femme forte et tragique.

De par l’ultra-sensibilité de son jeu et l’impression de vulnérabilité qu’elle dégage, Zhou Xun n’était a priori pas l’actrice idéale pour incarner une héroïne d’action. Pourtant, au vu de la bande annonce, elle semble s’en sortir plutôt bien et son expérience de comédienne aguerrie pourrait largement profiter au développement de ses deux personnages. Le passage de l’un à l’autre ne devrait pas lui poser de difficulté majeure : on se souvient qu’elle interprétait déjà un double rôle dans le sublime Suzhou River de Lou Ye. Reste à savoir si elle se révèlera crédible dans l’action. Quoiqu’il en soit, on ne peut qu’accueillir favorablement cette prise de risque de la part de l’actrice qui manifeste peut-être bien un désir de se nuancer cette image de femme fragile qui lui colle à la peau (voir son rôle irritant dans le récent Banquet).

Aux côtés de Zhou Xun, on retrouve l’acteur Daniel Wu, récemment passé réalisateur avec The Heavenly Kings qui lui a valu le mois dernier un Hong Kong Award du meilleur réalisateur débutant. En plus d’être extrêmement cinégénique, Daniel Wu a déjà prouvé son aisance dans le divertissement populaire (New Police Story, Gen-X Cops) comme dans le cinéma d’auteur (Peony Pavillon). Dans Ming Ming, il interprète D, l' »homme fatal » de l’histoire, et s’il semble que son personnage n’apparaisse pas dans un grand nombre de scènes, les images laissent présager de séquences jouant la carte de la sensualité, ce qui n’est pas pour déplaire.

L’autre beau gosse du film est un certain Tony Yang, découvert dans Formula 17 (Chen Yin-Jung) qui lui avait valu en 2004 le Golden Horse de la meilleure révélation. On le reverra prochainement aux côtés de Liu Ye, Daniel Wu (décidément!) et Shu Qi dans Blood Brothers, un long métrage de Alexi Tan reprenant les bases de l’histoire du génial Une Balle Dans La Tête de John Woo. Enfin, Ming Ming sera l’occasion de retrouver l’actrice Kristy Yang (Stormriders) le temps d’une caméo.

Il reste bien entendu difficile de se faire une idée claire de Ming Ming à partir de quelques images, si alléchantes soient ces dernières. Il n’y a plus qu’à espérer que l’œuvre tienne ses promesses et trouve son public au travers des festivals internationaux. En attendant, le site officiel (en anglais) de Ming Ming permet d’en savoir davantage sur le film et d’en visionner la bande annonce.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 3 mai 2007

 

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