Rencontre avec Takashi Miike, le réalisateur le plus déjanté de la planète !

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Le réalisateur japonais Takashi Miike était présent au Festival du Film Asiatique de Deauville édition 2005 où un hommage lui était rendu. Le réalisateur japonais, capable des extrêmes les plus choquants (Visitor Q), horrifiques (Audition) ou délirants (Dead or Alive), nous a accueilli pour une interview décontractée… lunettes de soleil sur le nez évidemment. Rencontre sympathique avec un réalisateur à l’imagination foisonnante qui ne recule devant aucune audace.

Elodie et Caroline Leroy : Vous tournez énormément de films, qu’est-ce qui vous pousse à tourner autant?
Takashi Miike : Moi, à l’inverse, je me demande pourquoi est-ce que les autres réalisateurs ne tournent pas plus de films. On me dit souvent que j’en fais beaucoup mais j’ai toujours été habitué à travailler comme cela étant donné que j’ai commencé ma carrière à la télévision, où la cadence est très soutenue. J’ai ensuite été assistant réalisateur et j’ai travaillé sur énormément de projets différents. C’est donc dans la logique des choses et je ne me pose pas trop de questions. Mais ces dernières années j’ai quand même réduit la cadence. D’ailleurs je n’ai sorti que deux films depuis 2004. Mon rythme finit par se réguler naturellement parce que je travaille sur des projets plus denses.

Takashi Miike au Festival du Film Asiatique de Deauville 2005

La violence atteint parfois un niveau extrême dans vos films et en même temps il y a un humour décalé omniprésent. Cette violence est-elle là juste pour le fun, ou est-ce qu’il y a une intention particulière dans son utilisation ? Je pense notamment à Ichi The Killer, où la violence est vraiment non-stop.
Pour ce qui est de Ichi The Killer, il s’agit de l’adaptation d’un manga. J’ai voulu être le plus fidèle possible à celui-ci et si j’avais édulcoré la violence, le sens de l’œuvre originale aurait été complètement dénaturé. C’est vrai que pour nous cette violence peut paraître complètement excessive. Mais pas pour le personnage : c’est ce qu’il recherche, il est immergé dans ce milieu et c’est grâce à cette violence qu’il vit et qu’il survit. Il était donc hors de question de traiter le sujet différemment et c’est ce qui explique que la violence soit présente de façon non-stop dans ce film. Par ailleurs, je n’ai pas l’impression que mes films parlent d’une violence réelle. Il s’agit toujours d’une violence surfaite, et je trouve qu’il y a des choses bien plus terrifiantes dans le quotidien. C’est pourquoi on peut effectivement dire qu’il y a des scènes très violentes dans mes films, mais elles ne sont jamais vraiment réalistes. C’est toujours une violence décalée, d’où l’humour que vous avez souligné.

Tadanobu Asano dans ICHI THE KILLER de Takashi Miike (2001)

Comment se passe le travail avec les acteurs, est-ce que vous rencontrez parfois des difficultés avec eux lorsque vous leur faites jouer des scènes extrêmes ? Est-ce que vous leur laissez une marge d’improvisation?
Non, je n’ai jamais eu de problème avec mes acteurs puisqu’en général ce sont justement eux qui accélèrent la démarche. Ce sont eux qui me demandent explicitement ou implicitement d’aller plus loin, de repousser les limites de l’extrême. En général, ce sont des acteurs qui ont une image à défendre dans le milieu du cinéma plus académique. Or quand ils viennent sur mes tournages, ils ont la caution de tourner dans mes films. Grâce à mon statut et à ma réputation, ils peuvent se permettre de faire quelque chose de vraiment différent de ce qu’ils ont l’habitude de faire. Ils sont ainsi libérés de la charge de coller à leur image et font donc exploser ce carcan. Et de toute façon, je n’aurais pas idée de faire jouer de force à un acteur quelque chose qu’il ne veut pas faire. Mais en général ce sont eux qui sont demandeurs, et d’ailleurs c’est aussi comme cela que l’inspiration me vient et que le film y va de plus en plus fort.

Comment vos films sont-ils perçus au Japon ?
Au Japon, je travaille non seulement au cinéma mais aussi à la télévision. Et quand les spectateurs regardent une série télévisée, ils ne se demandent pas qui l’a réalisée. Il y a donc des personnes qui connaissent ce que je fais sans me connaître, moi. Et puis il y a aussi les fans inconditionnels de mes débuts, de l’époque où je faisais uniquement des films distribués dans le circuit vidéo. Chacun a donc une vision différente selon s’il me voit à travers mes films cinéma, mes films vidéo ou mon travail à la télévision. Et puis il y a aussi ceux qui considèrent que le vrai Miike est celui qui réalise des films d’horreur, celui qui a fait Audition et Ichi The Killer. Chacun a son opinion à ce sujet. J’essaie maintenant de m’affranchir de tout cela car je considère que ce que j’ai fait jusqu’à présent était une première étape. Et à partir de maintenant et d’un projet qui s’appelle Yôkai Monster (appelé aussi Yôkai Daisensô, ndlr), sur lequel je suis en train de travailler et qui va sortir incessamment sous peu, je commence une nouvelle étape. J’ai écrit le scénario moi-même, je l’ai réalisé, il s’agit donc de quelque chose de nouveau.

Eihi Shiina dans AUDITION de Takashi Miike (1999)

Quels sont vos prochains projets ?
J’ai actuellement un projet en route avec un producteur français. Mais les démarches avancent doucement, il n’y a pas d’urgence pour le moment.

Quel est le nom de ce producteur ?
Jean-Pierre Dionnet.

Pour finir, est-ce qu’il y a un de vos films que vous considérez comme plus personnel que les autres?
Il y a bien un film, mais il n’a été distribué que dans le circuit vidéo au Japon, donc je ne suis pas sûr que l’on puisse le trouver ici. Il s’appelle Kenka no Hanamichi (film qui date de 1996, ndlr). En fait, il s’agit d’un film que j’ai tourné dans ma ville natale et dans lequel je mets en scène des expériences personnelles que j’ai vécues à l’époque où j’y habitais encore. En général, les réalisateurs tournent plutôt des films sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. Et même s’ils font semblant de s’y connaître un peu, ce qu’ils montrent représente rarement du concret et du réel pour eux. Or dans ce film, j’ai pour la première fois mis en scène quelque chose qui a réellement existé pour moi. Donc même si ce film a été très peu vu et même s’il n’a pas été distribué, il me tient beaucoup à cœur.

Propos recueillis par Elodie Leroy, Caroline Leroy et Vincent Julé

Remerciements au Public Système
Remerciements à Léa Le Dimna pour la traduction

Article publié sur DVDRama.com le 15 mars 2005

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