Jo In Sung et Nam Joo Hyuk au cœur d’une bataille sans pitié contre l’armée chinoise dans un sageuk aux scènes d’action inventives et spectaculaires.

The Great Battle se déroule en l’an 645, dans le royaume de Goguryeo, un ancien royaume de Corée. Retranché dans la forteresse d’Ansi, le général Yang Man Chun (Jo In Sung) est décidé à résister jusqu’au bout à l’invasion des Tang. Il affronte des centaines de milliers d’assaillants féroces pendant une longue bataille qui va durer 88 jours. Un jeune soldat, Sa Mul (Nam Joo Hyuk), est envoyé pour assassiner le général Yang.

Montée d’adrénaline

Tourné entre août 2017 et janvier 2018 avec un budget d’environ 15 millions d’euros, The Great Battle a attiré plus de 5,5 millions de spectateurs dans les salles obscures coréennes lors de sa sortie et a été accueilli favorablement par la critique.

L’histoire nous plonge dans un contexte de tension politique sur la péninsule coréenne, alors divisée en plusieurs royaumes, dont Goguryeo est le plus étendu. Ce dernier est menacé par l’Empire du Milieu (la Chine), qui est gouverné par la dynastie de Tang et affiche ses ambitions de conquête.

Le film coréen The Great Battle
Le contexte politique ne constitue pas l’attrait majeur de The Great Battle, mais surtout le cadre narratif d’une superproduction ultra divertissante. Le réalisateur Kim Kwang Sik signe un film d’action remarquable, ponctué de scènes de batailles parmi les plus impressionnantes de ces dernières années.

Attendez-vous à sentir l’adrénaline monter à plus d’une reprise, dans les affrontements de masse sauvages qui opposent les deux armées, comme dans les corps à corps brutaux entre soldats. Des moments intenses baignés dans une ambiance apocalyptique et traversés par un sentiment de dernière chance qui vous prend aux tripes.

David contre Goliath

La force de The Great Battle est de reposer, du début à la fin, sur un principe scénaristique simple : le siège d’une population par une armée beaucoup plus puissante. Le combat est à la fois physique et mental.

The Great Battle captive par le caractère essentiel de ses enjeux : la survie face à l’envahisseur, la promesse d’un massacre en cas de défaite, mais aussi l’utilisation optimale des moyens et des ressources.

The Great Battle avec Jo In Sung
L’histoire reprend aussi le principe de David contre Goliath exploité quelques années plus tôt dans l’impressionnant Roaring Currents, de Kim Han Min. L’expérience s’avère cependant moins contemplative et davantage centrée sur l’action pure.

On pourrait croire que l’écriture d’un tel scénario est facile, mais il n’en est rien. Enchaîner un nombre aussi important de scènes d’action sans lasser le spectateur est tout un art sur le plan de la dramaturgie. Il s’agit de laisser respirer le récit sans trop étirer les entractes purement dramatiques, afin de mettre en valeur chaque affrontement en engageant toujours plus les émotions du spectateur. Sur ce plan, le scénario de The Great Battle remplit parfaitement son cahier des charges.

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Il faut ajouter que le scénario et la mise en scène excellent dans la narration des affrontements successifs, dont les tactiques se révèlent passionnantes à suivre : face à un ennemi en surnombre, le général Yang Man Chun doit faire preuve d’imagination, ce qui donne lieu à des scènes d’action créatives.

Le Gouffre de Helm en Corée

Ces affrontements militaires, qui impliquent des milliers de soldats, sont soutenus par des effets spéciaux digitaux soignés et une direction de la photographie de toute beauté. Le montage est également très travaillé : le déroulement des scènes obéit à un rythme irréprochable, qui rend justice à la réalisation de Kim Kwang Sik.

Certaines techniques d’assaut ne sont pas sans rappeler les scènes d’action phares du Seigneur des Anneaux. On pense fortement à la bataille du Gouffre de Helm dans Les Deux Tours, pour l’attaque avec les échelles contre la forteresse, ou à la bataille des Champs de Pelennor dans Le Retour du Roi, pour l’utilisation du bélier gigantesque.

Il est réjouissant de constater que le chef d’œuvre de Peter Jackson continue d’inspirer les réalisateurs d’aujourd’hui, d’autant que les inspirations s’avèrent ici parfaitement digérées.

Jo In Sung dans The Great Battle

Jo In Sung et Nam Joo Hyuk donnent un coup de frais au genre

Sur le plan de l’écriture des personnages, The Great Battle délivre juste ce qu’il faut d’enjeux dramatiques pour intéresser le spectateur sans surcharger le récit avec des intrigues annexes. Le scénario se montre habile en ébauchant une galerie de protagonistes dont les enjeux vont tous converger dans un final puissant et émouvant.

Très habité dans le rôle du général Yang Man Chun, Jo In Sung est presque méconnaissable. L’acteur glamour de It’s Ok That’s Love et A Frozen Flower s’affranchit de son image pour apparaître le visage buriné, épuisé par la fatigue.

Plutôt que d’en faire un général hurlant ses ordres sur ses troupes, The Great Battle dépeint le général Yang comme un chef militaire au charisme doux, davantage guidé par la volonté de protéger son peuple que par celle de verser du sang. Cette vision de l’homme viril fait de The Great Battle un film de guerre résolument moderne.

Nam Joo Hyuk dans The Great Battle
Les seconds rôles confirment la volonté du réalisateur Kim Kwang Sik de donner un coup de frais à un genre habituellement dominé par les acteurs d’âge mur. Et il ne choisit pas n’importe qui.

Le personnage de Sa-Mul, qui représente le point de vue extérieur et sert donc de repère au spectateur, est interprété par le talentueux Nam Joo Hyuk, valeur montante depuis le drama Weightlifting Fairy Kim Bok Joo. Avec son visage juvénile, il apporte une certaine innocence à son personnage, tout en possédant la profondeur de regard nécessaire pour un film de guerre. Il entretient également une très bonne alchimie avec Jo In Sung.

SeolHyun convaincante dans l’action

La présence de Kim SeolHyun (Gangnam Blues) au générique faisait un peu peur : l’idole d’AOA n’avait guère convaincu jusqu’à présent. Elle parvient pourtant à livrer, dans les limites de son registre, une prestation honorable.

The Great Battle avec SeolHyun (AOA)
Kim SeolHyun se montre même très convaincante dans l’action, vêtue de son uniforme de guerrière qui lui apporte une certaine prestance.

A ce propos, d’aucuns estiment que l’utilisation d’une unité féminine de tireuses relève de la pure fantaisie. Certes, cette unité ne figure pas dans les récits historiques (qui sont peu nombreux sur cette époque). Sa présence a manifestement pour but de moderniser le genre et de rendre le film plus divertissant.

Toutefois, je tiens à rétablir une vérité : ce type d’unité féminine existe dans de nombreuses cultures. Citons les WASP, pilotes employées par les USA pendant la Seconde Guerre Mondiale, ou encore les Mino (ou Amazones du Dahomey), unité féminine du Bénin du XIXe siècle.

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Le seul véritable problème, dans le casting de The Great Battle, est d’avoir négligé les personnages des militaires chinois. Ces derniers sont interprétés par des acteurs coréens certes compétents, mais qui récitent leurs dialogues comme des écoliers. Le très bon Park Sung Woong (Life on Mars) est desservi par le rôle de l’Empereur Li Shimin. L’acteur aurait peut-être gagné à faire l’objet d’une post-synchronisation.


Le reste du casting nous permet de retrouver quelques têtes connues, telles que Jung Eun Chae (The Guest), Bae Sung Woo (Live) ou encore Yoo Oh Sung (Are You Human?).

The Great Battle inspire les dramas

Fort de son succès, The Great Battle semble avoir eu un impact sur le monde des dramas. A présent que la télévision coréenne sort régulièrement des dramas aux budgets conséquents (ce qui était plus rare à l’époque de Roaring Currents), nous voyons émerger, depuis The Great Battle, de plus en plus de sageuk à gros budget impliquant des batailles d’envergure.

Après The Nokdu Flower, qui est actuellement diffusé sur SBS et offre déjà des scènes de bataille spectaculaires, il ne nous reste plus qu’à attendre, en septembre 2019, le drama My Country proposé par JTBC, avec Yang Sejong, Woo Do Hwan et Kim SeolHyun dans les rôles principaux…

Elodie Leroy

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