Le drama de fantasy à gros budget de tvN a bien du mal à imposer son identité durant ses quatre premiers épisodes un peu fades. Heureusement, l’excellent Song Joong Ki est là pour sauver les meubles.

Arthdal Chronicles possède a priori tous les atouts pour rencontrer son public. Dirigé par Kim Won Suk, le réalisateur acclamé de Signal et My Mister, il est écrit par deux pointures du sageuk, Kim Young Hyun et Park Sang Yeon, dont les collaborations phares incluent les hits Queen Seon Deok et Six Flying Dragons.

Son casting prestigieux réunit les stars de cinéma Song Joong Ki et Jang Dong Gun, ainsi que les actrices montantes Kim Ji Won et Kim Ok Bin. Le résultat se révèle cependant moins rose que prévu.

L’action d’Arthdal Chronicles se déroule dans les temps anciens, sur les terres fictives d’Arthdal, capitale de Gojoseon. Eun Seom (Song Joong Ki) est un jeune homme maudit, exilé depuis l’enfance dans le modeste village de Wahan. Les habitants ne l’ont jamais vraiment accepté, à l’exception de son amie d’enfance Tanya (Kim Ji Won).

Un jour, le village est attaqué par les troupes de Tagon (Jang Dong Gun), un héros de guerre qui ambitionne de devenir le premier roi d’Arthdal. Dans sa quête de vérité sur ses origines, Eun Seom va aussi se retrouver confronté à Taealha (Kim Ok Bin), la première impératrice de la capitale.

Des scores d’audience en-deçà des attentes

Arthdal Chronicles bénéficie d’un budget de production de 54 milliards de won (près de 30 millions d’euros), soit le plus important jamais alloué à un drama coréen. Si ce montant surpasse les 40 milliards de won de budget du blockbuster de 2018, Mr. Sunshine, les premiers ratings, en revanche, le classent en-dessous de celui-ci.


Les scores d’audience des deux premiers épisodes d’Arthdal Chronicles plafonnent à 6,7% et 7,3% seulement, contre 8,9% et 9,7% pour le drama de Lee Byung Hun. Dès la diffusion du premier épisode, les actions de Studio Dragon ont d’ailleurs enregistré une chute inquiétante de l’ordre de 10%.

Les troisième et quatrième épisodes font à peine mieux avec respectivement 6,4% et 7,7% de moyenne d’audience. La suite permettra-t-elle au drama d’éviter l’échec commercial en Corée ? Sa diffusion simultanée sur Netflix lui assure par chance une audience internationale.

Mise en place laborieuse

Arthdal Chronicles dépeint un monde en proie aux guerres tribales intestines, sur lequel règnent une poignée d’hommes tout-puissants qui vivent retirés entre les murs glacials de leurs immenses palais. Le monde violent et impitoyable de l’Union d’Arthdal est régi par une culture hiérarchisée, très masculine, dont Tagon le conquérant représente le symbole le plus incontournable.


Cet univers s’oppose en tous points au village de paix et d’amour dans lequel grandissent Eun Seom et son amie Tanya. Dirigé par un couple d’allure hippie, Wahan obéit à une culture matriarcale et pacifique. Ses habitants ne sont toutefois pas exempts de petites bassesses très humaines, qui rappellent un peu les espiègleries des Hobbits imaginés par Tolkien.

> Lire aussi | Dramas coréens 2019 : nos plus grosses attentes

Ce contraste de valeurs est rafraichissant, mais se perd dans une mise en place sans temps fort. Les longueurs se font d’autant mieux sentir que chaque épisode affiche une durée d’une heure vingt – une mauvaise habitude de la chaîne tvN.


L’absence de point de vue qui caractérise la réalisation ne facilite pas l’identification aux personnages durant les premiers épisodes. Le réalisateur de My Mister, qui vient tout juste d’être primé aux Baeksang Art Awards 2019, aurait-il été dépassé par son sujet ?

Drama coréen sous influence

La puissante société de production Studio Dragon affirme avoir conçu le premier drama coréen à mettre en scène un monde entièrement imaginaire. Or Arthdal Chronicles ne se distingue pas par son contenu novateur.

La campagne d’affichage ostensiblement plagiée sur les visuels de Game of Thrones avait d’ailleurs donné le ton. Les trois premiers épisodes confirment cette désagréable impression de déjà-vu.

Depuis les costumes à épaisse fourrure jusqu’aux décors nocturnes et montagneux, en passant par les tours sombres et leurs vastes halls gris, l’ensemble évoque davantage l’univers des Stark qu’une fantasy originale.


De Legend au Seigneur des Anneaux en passant par Game of Thrones justement, les spectateurs occidentaux entretiennent depuis des décennies une familiarité avec ce type d’univers. Une variation coréenne sur ce genre n’est pas inintéressante en soi, à condition de déployer une identité propre.

On salue l’initiative de créer une langue originale dans la veine de l’elfique pour le peuple dont est originaire notre héros. Toutefois, les intrigues politiques à l’œuvre dans Arthdal Chronicles manquent de la complexité nécessaire pour apporter un socle crédible à ce vaste monde imaginaire.


Mal à l’aise dans leurs costumes, certains acteurs donnent l’impression d’être déguisés, notamment les chefs (Kim Eui Sung, Jo Sung Ha) et les membres du clergé local.

Quant à la mystérieuse Taealha, elle reste enfermée dans une pièce tamisée qui semble directement extraite de la célèbre série de HBO.

Un rendu visuel décevant

A ces inspirations trop marquées s’ajoute la déception d’une direction artistique sans éclat. Les décors naturels ne sont guère mis en valeur par une cinématographie banale, sans relief, même lorsque les lieux semblent imprégnés d’une aura mythologique.


Un drama comme Gu Family Book parvenait bien davantage à créer le merveilleux à l’aide de décors simples mais joliment filmés – je pense aux scènes situées autour de la grotte où se réfugie notre gumiho. Or Gu Family Book date de 2013 et son budget est loin d’égaler celui d’Arthdal Chronicles.

Plus généralement, le drama souffre d’un manque de contextualisation visuelle qui entrave souvent notre compréhension des enjeux narratifs. Les différents territoires ne sont pas suffisamment caractérisés et les décors manquent de détail.


On entrevoit à peine une ou deux maisons du village dans lequel échoue la mère d’Eun Seom dans le premier épisode, et rien ou presque des intérieurs de celles-ci. La même chose peut être dite des domaines abritant les riches antagonistes, dont la dimension culturelle ne font l’objet d’aucune attention particulière de la part du réalisateur.

Des acteurs inégaux

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les personnages peinent à exister au début d’Arthdal Chronicles.

Jang Dong Gun (V.I.P., Suits) n’est pas gâté par un costume ringard en décalage avec son âge. Pire, on a du mal à comprendre pour quelle raison l’affable Tagon est entouré d’une réputation si sinistre.

Cette dimension paraît plus compréhensible dans ses jeunes années, lorsqu’il apparaît sous les traits du rappeur One (Room N°9, Her Private Life), plutôt convaincant dans le rôle. Il faut attendre l’épisode 4 pour que Jang Dong Gun déploie un peu d’ambigüité et capte notre intérêt.


Il reste malgré tout mieux loti que Kim Ok Bin, que nous avons aimée en tueuse badass dans The Villainess, mais qui se contente ici de tourner en rond dans sa chambre vêtue de jolies robes réalisées sur mesure.

Les perspectives d’évolution sont peu réjouissantes pour ce personnage qui semble se réduire à ses relations avec des hommes plus puissants qu’elle.

Kim Ji Won (Fight For My Way) parvient à l’inverse à se frayer une bonne place dans ce casting de stars, notamment à partir du quatrième épisode. Ses scènes de jeu convaincantes, dans lesquelles elle fait preuve d’un certain charisme, laissent à penser que Tanya n’a rien d’un simple faire-valoir.

Espérons qu’elle sera mieux habillée par la suite, même si elle aurait du mal à surpasser la cheffe du village Wahan et sa tenue d’épouvantail hideuse.

Song Joong Ki à la rescousse d’Arthdal

Finalement, de même que Eun Seom semble être l’homme providentiel d’Arthdal, Song Joong Ki s’affirme bientôt comme notre plus grand espoir dans cette fresque épique sans souffle.

C’est bien simple : c’est seulement lorsque la star de Descendants of the Sun et de Nice Guy est à l’écran que le monde d’Arthdal Chronicles semble enfin vivre sous nos yeux. Grâce au jeu naturel et énergique de Song Joong Ki, Eun Seom suscite immédiatement notre empathie.

Il est aussi le seul à s’illustrer véritablement dans l’action, comme dans cette très bonne scène à cheval à la fin de l’épisode 2.


A tous points de vue, Song Joong Ki s’impose comme un très bon choix de casting pour un drama d’aventures tel qu’Arthdal Chronicles. Il possède aussi une qualité assez rare : quels que soient les tenues et les maquillages absurdes qu’il se retrouve contraint de porter, il n’est jamais ridicule. Et le défi n’est pas mince à relever.

L’alchimie de l’acteur avec Kim Ji Won constitue une autre bonne surprise  dans le drama. On reste néanmoins perplexe à la vue de ces deux trentenaires flirtant comme des adolescents, d’autant que leurs personnages ont grandi dans une grande promiscuité, au sein d’un monde tribal. Sans aller jusqu’à nous monter du sexe – ou plutôt des filles dénudées – à tout bout de champ comme les Américains, les producteurs coréens auraient pu songer à mettre en scène des situations hommes-femmes plus réalistes.

Quoiqu’il en soit, la fin de l’épisode 4, plutôt réussie, confirme que Song Joong Ki représente bien le moteur sans lequel le drama n’avancerait pas. Pour lui, on se surprend à attendre la suite d’Arthdal Chronicles.

Il reste à souhaiter que cette envie perdure, car le drama tel qu’il nous est présenté ne constitue que la première partie d’une saga en trois volets. Si les saisons 1 et 2 se suivent, la saison 3 sera diffusée à partir du 7 septembre 2019 sur tvN , et à partir du 17 septembre 2019 sur Netflix.

Caroline Leroy

> Lire aussi | Song Joong Ki, l’homme qui rendait les femmes « folles »