AVIS A CHAUD – Sur un scénario de Yeon Sang Ho, ce drama coréen d’épouvante nous plonge dans les délices de la magie noire. Public sensible, s’abstenir.

Le réalisateur de Dernier Train pour Busan nous avait promis que The Cursed, son premier scénario télévisé, ne ressemblerait à aucune autre série coréenne. Il n’avait pas tort. Une fois n’est pas coutume, nous sommes en face d’un drama réellement flippant, dont chaque scène d’horreur produit son effet… durablement. Angoissant, efficace, mais également ludique à sa manière, The Cursed constitue incontestablement l’un des événements de ce début d’année 2020.

Ces premières impressions se basent sur les deux premiers épisodes de The Cursed.

Uhm Ji Won dans la série The Cursed

Dans The Cursed, Im Jin Hee (Uhm Ji Won) est une journaliste intègre qui mène une enquête de longue haleine sur la société d’IT la plus puissante de Corée du Sud, Forest. Alors qu’elle est parvenue à obtenir l’interview du lanceur d’alerte limogé par l’entreprise, ce dernier disparaît dans des circonstances non élucidées.

C’est alors que Jin Hee est approchée par So Jin (Jung Ji So), une adolescente qui affirme posséder le pouvoir de jeter des sorts sur les gens. Elle l’avertit notamment que le PDG de Forest, Jin Jong Hyun (Sung Dong Il), est en réalité une créature démoniaque. D’abord incrédule, Jin Hee ne tarde pas à s’apercevoir que la jeune fille n’affabule pas complètement.

The Cursed est diffusé sur tvN depuis le 10 février 2020, à la suite de Black Dog. Il est à noter qu’il s’étendra sur douze épisodes, au lieu de seize comme la plupart des séries coréennes. Si l’on ajoute à cela que les épisodes durent bien une heure, et non davantage comme la chaîne nous y a (trop) souvent habitués, l’intrigue affiche une compacité parfaitement appropriée au genre.

Navigant entre histoire de corruption et rituels shamaniques, le scénario de Yeon Sang Ho s’avère fluide et percutant sur tous les tableaux. A partir de ce matériau, le réalisateur Kim Yong Hwan, découvert en 2018 avec le film Champion, parvient à créer une atmosphère à la fois oppressante et captivante, qui nous donne l’impression constante que des forces supérieures sont à l’œuvre, même dans les scènes les plus anodines.

Comme souvent dans les œuvres coréennes, les forces spirituelles sont terrées dans les recoins d’une petite ville de province. C’était le cas dans le film The Strangers, ainsi que dans la série horrifique The Guest, dont le premier épisode puisait son inspiration dans le film de Na Hong Jin. On retrouve aussi cette dimension dans les dramas Children of a Lesser God et Lovely Horribly.

C’est dans ce type de décor que s’ouvre le premier épisode de The Cursed, qui nous introduit au passé de la jeune So Jin aux étranges pouvoirs, avant de nous catapulter dans la froideur de la métropole où travaille la journaliste Im Jin Hee. Il semble ainsi que le drama s’intéresse avant tout à la rencontre entre ces deux femmes, entre la jeune fille et la journaliste.

Uhm Ji Won endosse avec naturel la veste de la reporter aguerrie mais victime de son idéalisme. En ce sens, le rôle évoque lointainement la série Falsify, où elle incarnait une procureure pleine de conviction évoluant dans le milieu journalistique corrompu. Toutefois, la comparaison s’arrête là. Im Jin Hee fait face à d’autres démons, et non des moindres.

Face à elle, la jeune Jung Ji So, vingt-et-un ans, trouve son premier rôle important dans un drama, juste après le triomphe mondial du film Parasite, dans lequel elle incarnait la fille de la famille riche. Avec son air renfermé et son regard perçant, elle apporte une étrangeté déconcertante à So Jin, et nous donne envie d’en connaître plus au sujet de ce petit chaperon rouge inquiétant.

Pour le moment, les deux femmes sont unies dans un même objectif : atteindre le grand patron de Forest, dont la véritable identité demeure encore mystérieuse à ce stade. Cependant, leur relation ne devrait pas se limiter à cette quête, le rituel auquel So Jin invite Jin Hee à participer créant un lien intime entre elles.

Car So Jin possède un don très particulier : à partir de la photo d’une personne, de son nom en caractères chinois et d’un objet lui appartenant, elle peut lancer un « procédé ». Ce mot constitue d’ailleurs le titre original de la série, 방법 (bangbeop), qui signifie « méthode ». La méthode, donc, possède ce côté ludique qui rappelle, entre autres, le classique japonais Death Note, où un adolescent tue des personnes en inscrivant leur nom dans un cahier.

A ce titre, les previews ésotériques publiées par tvN ne mentaient pas : The Cursed est un drama d’horreur, un vrai. Les premiers épisodes réservent de fait leurs lot de moments inquiétants, culminant lors d’une séquence de pure épouvante dans l’épisode 2, où un individu subit une séance de torture surnaturelle vicelarde à souhait et d’une violence inouïe. Le tableau d’horreur qui en résulte hante non seulement les autres protagonistes, mais risque aussi de rester dans la tête du spectateur longtemps après le visionnage.

Puisqu’il est question de magie noire, une troisième femme pourrait bien semer le chaos dans la vie de So Jin et Jin Hee : la shaman Jin Kyung, sorte de mercenaire employée par le PDG Jin, jouée avec beaucoup d’énergie par Jo Min Soo. L’actrice, vue notamment dans Pieta de Kim Ki Duk, impressionne notamment lors d’une séance d’exorcisme hypnotique située à la fin de l’épisode 2.

Dans cette guerre spirituelle que se livrent deux entités puissantes, il semble pour l’instant que les femmes se trouvent au premier plan, bien que les hommes gouvernent le monde tangible. Il reste à espérer que The Cursed poursuive sur cette excellente voie, et continue tout du long de nous surprendre avec des visions effrayantes.

Caroline Leroy

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