CRITIQUE. ‘Deserving of the Name’: juste pour Kim Nam Gil

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Deserving of the Name est un drama coréen fantastico-médical, qui marque les retrouvailles de l’acteur Kim Nam Gil avec les téléspectateurs après trois ans d’absence. Si l’idée de mettre en scène les techniques d’acupuncture est originale et donne lieu à de bonnes scènes à suspense, Deserving of the Name n’est pas, contrairement à ce que son titre indique, à la hauteur de ses ambitions. Après une première partie divertissante, emmenée par le talent comique de Kim Nam Gil, le drama s’enlise dans une banalité qui confine à l’ennui total. L’ensemble n’est guère aidé par une actrice, Kim A Joong, qui n’est pas crédible un seul instant dans son rôle de chirurgienne d’élite.

Heo Im (Kim Nam Gil) exerce la médecine traditionnelle à l’ère Joseon. Dévoué aux pauvres le jour, il engrange en réalité des fortunes en soignant les riches notables la nuit. Alors qu’il est réquisitionné pour s’occuper du roi en personne, il perd mystérieusement ses moyens et se voit contraint de fuir. C’est au moment où les gardes royaux le transpercent de leurs flèches, qu’il se retrouve projeté 400 ans en avant, dans le Séoul contemporain. Stupéfait, désorienté, Heo Im ne tarde pas à faire la connaissance d’une jeune femme, Choi Yeon Kyung (Kim A Joong), qui se trouve être une chirurgienne thoracique de l’hôpital Shinhae. Or il se trouve que le grand-père de celle-ci, Choi Chun Sool (Yoon Joo Sang), tient justement une clinique de médecine traditionnelle héritière du savoir de Heo Im…

Diffusé sur la chaîne tvN entre le 12 août et le 1er octobre 2017, Deserving of the Name est une variation fantastique autour du personnage historique de Heo Im, médecin qui officia sous le règne du roi Seonjo de la dynastie Joseon, et qui est connu pour sa contribution au développement de l’acupuncture. Dans le drama, Heo Im est un disciple du légendaire médecin royal Heo Jun, interprété ici par Eom Hyo Seop (Gu Family Book). Les deux hommes appartenaient effectivement au même clan, historiquement.

L’intérêt de faire de Heo Im un héros est que son origine roturière demeure un frein à la reconnaissance de son talent, un thème fréquent dans les dramas médicaux (Brain, Romantic Doctor, Teacher Kim). Le premier saut dans le temps de notre médecin survient justement alors qu’il est en train de se compromettre en délaissant les pauvres, qu’il soignait jusque là, pour aller briller à la cour. On devine que ce voyage sera initiatique.

A la manière d’un Rooftop Prince, Deserving of the Name appréhende le choc des cultures sur le mode de la comédie en confrontant un homme du passé aux avancées technologiques et sociétales du Séoul contemporain. Dans ce qui s’imposera comme la seule partie vraiment excitante du drama, Kim Nam Gil nous ravit avec un talent comique insoupçonné, lui qui se complait d’ordinaire volontiers dans les rôles tragiques, à la télévision (Shark, Bad Guy) comme au cinéma (No Regret, Lovers Vanished).

A la fois expressif, énergique et malicieux, Kim Nam Gil transforme chaque séquence où il apparaît en pur moment de réjouissance durant tout le premier tiers de Deserving of the Name. Il joue à la perfection le côté décalé de Heo Im, qui doit intégrer en accéléré les évolutions de la médecine moderne. Le moment où il tente de postuler à l’hôpital Shinhae en soumettant un CV rédigé en chinois est un régal.

Sont aussi particulièrement réussies toutes les scènes montrant Heo Im exercer son art, la plupart du temps en prenant tout le monde de cours, dans une société qui a largement perdu foi en la médecine traditionnelle. La réalisation de Hong Jong Chan (Dear My Friends) fait preuve d’une grande efficacité dans sa manière de faire de chaque placement d’aiguille de Heo Im un moment fort, un peu à la manière d’une scène d’action.

Les choses auraient pu continuer à être passionnantes après que Heo Im, résolu à s’installer finalement dans notre époque après plusieurs allers-retours avec le passé, reprend ses mauvaises habitudes en suivant le directeur de l’hôpital dans ses pérégrinations illégales auprès des puissants afin d’arrondir ses fins de mois. Le message est clair : Heo Im doit comprendre qu’il se fourvoie en tant que médecin en cédant à l’appât du gain.

Ce nouvel arc esquisse quelques pistes intéressantes concernant la signification de la maladie en général, comme lorsque Heo Im vient en aide à une jeune femme qui a soudainement perdu le sens de l’ouïe. Une fois qu’il est parvenu à le lui restaurer grâce à la magie de ses aiguilles, il comprend qu’elle a sans doute inconsciemment provoqué cette maladie afin de se protéger des remarques cruelles de sa belle-mère. Oui, mais alors pourquoi Deserving of the Name devient-il malgré cela aussi ennuyeux, jusqu’à nous donner envie de lâcher l’affaire en route ?

La première raison, c’est que le scénario de Kim Eun Hee se fait de plus en plus éparpillé au fil des épisodes. Le changement de ton brutal qui s’opère entre la première partie, comique, et la suite, beaucoup plus dramatique, est mal négocié, de même que les va-et-vient continuels entre notre époque et l’ère Joseon. Les parties sageuk en particulier présentent un intérêt inégal d’une fois sur l’autre, en plus de ralentir fortement l’intrigue. A cela s’ajoute une romance niaise avec une chirurgienne censée incarner le pendant moderne de notre héros, et qui achève de faire couler le navire.

Car le fait est que l’on a compris assez vite que Heo Im était le seul personnage principal de Deserving of the Name. On aurait largement pu se passer de la chirurgienne Choi Yeon Kyung, d’autant que ses sautes d’humeur à la « un coup je te veux, un coup je te jette », sont particulièrement fatigantes. Le côté fonctionnel du personnage sera révélé par Yeon Kyung elle-même au détour d’une remarque en voix off, indiquant clairement qu’elle a conscience de n’être qu’un élément parmi d’autres dans le parcours grandiose de Heo Im.

Et il faut dire que le choix de Kim A Joong (Punch, Wanted) dans le rôle de Yeon Kyung est loin de nous aider à accepter les digressions inutiles qui plombent Deserving of the Name. Le visage figé par le botox, l’actrice semble constamment préoccupée par la façon dont elle rend devant la caméra, ne s’autorisant quasiment aucune expression qui pourrait compromettre son visuel parfaitement étudié. Avec ses mini-jupes sous sa blouse, ses talons hauts et ses ongles longs et soigneusement manucurés, elle a davantage l’air de faire du cosplay que d’incarner une chirurgienne digne de ce nom.

On espère voir le réalisateur Hong Jong Chan plus inspiré avec son prochain drama, Life, dont la diffusion vient de débuter sur JTBC. Quant à Kim Nam Gil, on est tout de même heureux de l’avoir retrouvé si en forme pour son retour sur le petit écran, en espérant le voir très vite sur un meilleur projet.

Caroline Leroy

 

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