CRITIQUE. ‘Misty’ avec Kim Nam Joo et Ji Jin Hee

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Diffusé sur JTBC, le drama coréen Misty est un thriller médiatique dans lequel Kim Nam Joo interprète une célèbre journaliste accusée de meurtre. Crime, passions et politique s’entrechoquent à travers un scénario remarquablement construit, qui donne la part belle à des personnages marquants, tout en délivrant un propos percutant sur la liberté de la presse et la quête de vérité dans le journalisme. Avec sa réalisation classieuse et son suspense savamment entretenu tout au long du drama, Misty était sans conteste l’une des pépites du début de l’année 2018.


Synopsis : Célèbre journaliste de JT, Go Hye Ran (Kim Nam Joo) devient la principale suspecte du meurtre d’un sportif de haut niveau, Kevin Lee (Go Joon). Alors que son mariage bat de l’aile depuis des années, son époux Kang Tae Wook (Ji Jin Hee), avocat commis d’office, décide de la défendre en justice. Les zones d’ombre qui entourent le crime feront apparaître d’autres suspects et viendront troubler les relations entre les deux époux.

Diffusé entre le 2 février et le 24 mars 2018, Misty prend la suite d’Untouchable et sera suivi de Something in the Rain sur le slot vendredi/samedi à 23:00 sur JTBC. Réalisé par Mo Wan Il et écrit par Je In, Misty a accompli une belle ascension tout au long de sa diffusion en passant de 3,5 % à 8,5 %, ce qui constitue un excellent score pour une chaîne câblée et pour un drama dont le casting se trouve majoritairement dans la quarantaine. On comprend aisément pourquoi ce thriller médiatique aux relents mélodramatiques a attiré l’attention du public coréen, avec son scénario remarquablement construit, ses protagonistes ambigus et son propos percutant sur les médias.


A la manière des polars à l’anglaise, Misty installe son mystère dès les premières minutes de l’épisode 1, avec la découverte d’une scène de crime parsemée d’indices brumeux. Si l’inspecteur Kang (Ahn Nae Sang) a de solides raisons de suspecter Go Hye Ran, les flashbacks dévoilés par la suite révèlent une galerie de personnages tous plus troubles les uns que les autres. Entre l’épouse éplorée, Seo Eun Joo (Jeon Hye Jin), qui pourrait bien verser des larmes de crocodile, la journaliste rivale Han Ji Won (Jin Ki Joo), qui en veut à Go Hye Ran, et bien sûr le mari Kang Tae Wook, dont les insécurités suscitent les soupçons, plusieurs personnes avaient finalement de bonnes raisons de détester le fameux Kevin Lee ou de faire accuser Go Hye Ran.


Sportif à succès, Kevin Lee nous est présenté dans les flashbacks comme l’homme fatal de l’histoire, comme il y a des femmes fatales dans les films noirs. Son attitude charmeuse et conquérante devient vite source de tension entre son épouse et Go Hye Ran, qui se trouve être son ex-petite amie. Amer envers la journaliste, l’homme se montre manipulateur, adoptant une attitude tour à tour séductrice et menaçante envers Go Hye Ran, au cours de plusieurs scènes pleines de tension érotique. Pour compliquer l’enquête, Kevin Lee est en contrat publicitaire avec une entreprise mêlée à un scandale de corruption. Qui a tué Kevin Lee ? Le crime relève-t-il de l’affaire politique ou de l’histoire de mœurs ? Go Hye Ran dit-elle toute la vérité ?

Grâce à une écriture maîtrisée soignant la psychologie des personnages, Misty mêle magistralement les enjeux privés et politiques, naviguant entre les suspects pour élargir ensuite le spectre de son intrigue. Si le point de départ de l’affaire est le quatuor amoureux formé par les couples respectifs de Go Hye Ran et Kevin Lee, le retentissement de l’affaire est également au cœur du drama. Son traitement à la télévision soulève de multiples questions sur la liberté de la presse, la retranscription des faits et son impact, mais aussi la notion même de vérité dans le champ miné de l’information médiatique.

Au centre de cette sombre affaire se trouve un personnage : Go Hye Ran, 36 ans, journaliste regardée et écoutée chaque jour par des millions de téléspectateurs dans le ‘News Nine’, le JT diffusé en prime time. Go Hye Ran est omniprésente dans le drama. C’est bien simple, quand elle n’est pas dans une scène, les personnages parlent d’elle ! Froide, ambitieuse et cassante, Go Hye Ran fait un premier rôle féminin atypique. Le scénario fait tout pour nous la rendre antipathique dans les premiers épisodes. Pourtant, la jeune femme révélera bien d’autres facettes tout au long du drama. Kim Nam Joo (My Husband Got a Family) réalise une superbe création de personnage en travaillant sur son regard, sa voix ou encore sa démarche pour donner vie à cette journaliste intimidante, qui prend toujours plus d’envergure au fil des épisodes. Sa performance a d’ailleurs été récompensée du prix de la meilleure actrice aux BaekSang Art Awards 2018.

Le studio dans lequel est quotidiennement enregistré le News Nine devient vite un décor familier pour le spectateur. Ces moments rituels, qui se déroulent sous l’œil perçant du directeur de la chaîne (Lee Kyoung Young), dont le bureau surplombe la salle, sont synonymes de tensions professionnelles dans la première partie, les collègues de Go Hye Ran orchestrant les pires coups bas pour la déloger de sa position. Ils deviennent ensuite source de pouvoir et de danger, lorsque la jeune femme décide de braver la censure médiatique en dénonçant une affaire de corruption. Misty est aussi l’occasion de découvrir de l’intérieur le fonctionnement d’une émission d’information et toutes les péripéties qui peuvent se produire entre les propositions des sujets et le passage à l’antenne, en passant par les réunions de rédaction.

A chaque information délivrée par le ‘News Nine’, le scénario est susceptible d’amorcer un retournement de situation. Le spectateur du drama se trouve alors dans la même position que les personnages et que l’audience du ‘News Nine’, c’est-à-dire dans l’impatience fébrile de découvrir ce que la journaliste annoncera à son public. Il est rare de percevoir de manière aussi vibrante le risque énorme que prend un journaliste en révélant une information politique. Cette intensité dramatique, nous la devons à une réalisation et un montage percutants, qui savent faire monter la tension pour nous préparer aux révélations et coups de théâtre qui articulent l’histoire. Ces derniers ne constituent en rien des ressorts gratuits et s’avèrent toujours justifiés par un scénario très pensé, dans lequel aucun détail n’est laissé au hasard.

En plus du studio d’enregistrement, un autre décor revient de manière récurrente : l’intérieur sombre et classieux de l’appartement de Go Hye Ran et Kang Tae Wook. La superbe photo de mariage qui trône dans le salon confère une certaine ironie à ce décor dans lequel se jouent des tensions psychologiques extrêmes, les deux époux naviguant constamment entre rancœur sourde, suspicion et retrouvailles émouvantes. Kim Nam Joo trouve un partenaire à sa mesure en la personne de Ji Jin Hee (Le Vieux Jardin, Blood), qui incarne son mari, dont l’apparence chic cache une âme tourmentée, en proie à des conflits intérieurs dévorants. Kang Tae Wook est ce genre de personnage tour à tour inquiétant et touchant, pathétique et admirable. Les émotions contraires qu’il suscite le rendent insaisissable et véritablement troublant.


Les personnages secondaires réservent également des surprises grâce à un casting parfaitement à sa place. Jeon Hye Jin (The Merciless, The Terror Live) est parfaite dans le rôle de Seo Eun Joo, l’épouse endeuillée qui révèle sa face sombre et fait le grand huit émotionnel. La révélation du drama est Jin Ki Joo (Moon Lovers, Come and Hug Me), qui interprète la journaliste Han Ji Won, personnage sexy et cynique dont les relations conflictuelles avec Go Hye Ran prennent une tournure inattendue. Enfin, outre quelques têtes connues qu’on a toujours plaisir à voir comme Ahn Nae Sang (Awl, Squad 38) dans le rôle du flic, nous retrouvons l’excellent Lee Kyoung Young (The Unfair, Inside Men), très crédible en patron de chaîne, un personnage qui porte un lourd poids sur les épaules et dont on se demande constamment s’il est un pantin ou s’il tire les ficelles.

Entre suspense et tourbillon d’émotions fortes, Misty excelle à la fois dans le registre du thriller et dans celui du mélodrame psychologique et démontre aussi une fois de plus la capacité des dramas coréens à sonder le monde moderne.

Elodie Leroy

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