Les démons sont de retour sur OCN avec Priest, drama coréen d’horreur dans lequel une section secrète du Vatican intervient en urgence pour exorciser des victimes de possession.

Avec son concept fun, Priest possède de nombreux atouts, à commencer par un réel sens du divertissement et un casting réjouissant emmené par Yeon Woo Jin. Le drama souffre néanmoins de changements de ton maladroits, mais aussi d’une volonté de trop en faire dans l’utilisation des ressorts de l’horreur. Cet aspect participe malgré tout à la cote sympathie de ce drama original et ludique, dont le scénario réserve des surprises jusqu’au bout, et qui tient ses promesses en matière de scènes d’exorcisme spectaculaires.

Affiche du drama coréen PRIEST diffusé sur OCN en 2018
Synopsis : Enfant, Oh Soo Min a assisté à la mort de sa mère, qui était possédée par un démon. Aujourd’hui, Oh Soo Min est prêtre catholique spécialisé dans les exorcismes. Il est membre de la Regia 643, groupe secret mandaté de manière non officielle par le Vatican pour exorciser des victimes de possession. Il rencontre Ham Eun Ho, une chirurgienne qui travaille dans un hôpital catholique où se produisent d’étranges phénomènes.

Diffusé sur OCN entre le 24 novembre 2018 et le 20 janvier 2019, Priest prend la suite de The Player sur le créneau du samedi/dimanche soir et sera suivi de Trap. Priest est le second opus de ce qui ressemble à une trilogie de l’exorcisme sur OCN (aucune annonce officielle n’a confirmé la volonté de faire une trilogie), dont le premier opus, l’excellent The Guest, était diffusé entre septembre et novembre 2018, et le troisième, Possessed, débutera le 13 février 2019. Si vous craignez de voir une redite de The Guest, rassurez-vous : à l’exception du thème de la possession démoniaque, les deux dramas ne se ressemblent pas du tout.

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Dès le départ, le scénario de Priest prend des risques en mêlant le genre du thriller d’exorcisme avec celui de la série médicale. La sauce prend étonnamment bien et participe à l’attrait du drama, justifiant au passage la rencontre entre le prêtre Oh Soo Min (Yeon Woo Jin) et la chirurgienne Ham Eun Ho (Jung Yoomi), dont la relation deviendra l’un des fils rouges du drama.


Conduite par le père Moon Ki Sun (Park Yong Woo), mentor d’Oh Soo Min, la Regia 643 enchaîne les interventions en urgence, sur place ou en ramenant dans son repaire les « énergumènes », terme utilisé pour désigner les possédés.

Pour les scènes d’exorcisme, le drama met les bouchées doubles en matière de spectaculaire. Non seulement la mise en scène est efficace, mais les effets spéciaux, finement réalisés, en mettent plein la vue en combinant maquillages et digital. Entre les yeux révulsés des possédés, les visages défigurés et les effusions d’hémoglobine, les amateurs de films d’horreur sont servis !


Le drama Priest parvient aussi à installer son petit univers très BD à travers cette équipe, la Regia 643, qui compte deux prêtres, une riche héritière, un flic et un hacker et ressemble un peu à une agence tous-risques de l’exorcisme. Le sous-sol secret où est hébergé la Regia 643 participe à l’ambiance de mystère en mêlant imagerie religieuse et modernité. Un local informatique se trouve juste à côté de la salle d’exorcisme, comme si celle-ci était un laboratoire.

Au lieu d’opposer la science et la religion, Priest en fait des alliés contre le Mal, le tout avec le soutien des technologies informatiques. Le drama apporte un coup de modernité au genre, sans pour autant le dénaturer puisque les personnages découvriront sur leur chemin tout un tas d’objets anciens et maudits (le design de la boîte « mother-of-pearl » est très réussi).


Tout comme The Guest, Priest rompt avec le principe réactionnaire imposé par le cinéma américain, voulant que les victimes de possession soient invariablement des jeunes femmes (un énième film de ce type, L’Exorcisme de Hannah Grace, est encore sorti en décembre dernier sur nos écrans…).

Que la victime soit un enfant soumis à la pression parentale, une infirmière surmenée, un employé harcelé moralement ou un prêtre avide de pouvoir, les souffrances et les vices de la nature humaine servent de porte d’entrée à des démons qui utilisent parfois des moyens originaux pour se faire connaître. Le moment angoissant où l’infirmier en mal de reconnaissance trouve une blouse de chirurgien à son nom ressemble à une séquence de conte macabre.

Les scènes d’intervention de la Regia 643 fourmillent de bonnes idées. Mention à l’opération de sauvetage façon Inception dans l’épisode 3, où Oh Soo Min doit entrer dans le rêve de la victime pour l’extirper des griffes du démon : nous plongeons alors dans une rêverie étrange, qui se transforme vite en cauchemar à la manière d’un film de zombies – la scène s’autorise même une référence à La Nuit des Morts-Vivants avec un passage au noir et blanc.


Une autre scène mémorable est celle où Oh Soo Min, Ham Eun Ho et deux autres membres de la Regia 643 sont aux prises avec des nonnes fantomatiques dans les couloirs sombres et labyrinthiques d’un asile psychiatrique abandonné (épisode 12). Épaulé par une excellente cinématographie (les lumières sont splendides), le réalisateur Kim Jong Hyeon maîtrise à la perfection les ressorts de l’angoisse.

Comme tous les dramas de genre, Priest compte bien entendu un méchant principal à abattre. Celui-ci s’avère étonnamment charismatique, avec son visage ensanglanté et sa tenue de patient d’hôpital.

Le casting est mené par Yeon Woo Jin (Introverted Boss), dont la présence est un énorme atout pour le drama. Ultra naturel, jamais poseur, l’acteur apporte beaucoup de relief à son personnage, qu’il aborde avec juste ce qu’il faut d’humour pour le rendre attachant, voire touchant, avec son air un peu à côté de ses pompes et son immanquable sac à dos. Il forme un duo très sympathique avec Park Yong Woo (Hwayi: A Monster Boy), très bon dans le rôle du père Moon Ki Sun. Leur relation de maître à élève fait référence au film The Priests, avec Kim Yun Seok et Kang Dong Won (qui avait aussi un sac à dos), en plus réussie grâce à des personnages plus développés, auxquels les acteurs apportent de l’épaisseur par la solidité de leur jeu.


Jung Yoomi (Partners For Justice) livre quant à elle une prestation honnête, à défaut d’être mémorable. On s’attache surtout aux rôles secondaires de la Regia 643, de la richissime Shin Mi Yeon (Oh Yeon Ah, excellente dans le flash back sur son personnage) au flic bourru Koo Do Kyun (Son Jong Hak), en passant par le hacker Yong Pil (Yoo Bi). Les interprètes de certaines victimes s’en donnent aussi à cœur joie, comme Ji Il Woo (Temperature of Love), qui nous a beaucoup amusées en star dépressive et borderline dans les épisodes 13 et 14.

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Une belle mise en scène, un univers foisonnant, des personnages attachants… Mais alors qu’est-ce qui cloche, dans Priest ?

Le premier défaut réside dans ses changements de ton radicaux qui surviennent au cours de l’histoire. Le premier arc, ultra divertissant, se conclut par un événement tragique qui fait basculer la série dans la tragédie dans les épisodes qui suivent. Priest s’enlise alors dans une noirceur un peu plombante, donnent parfois l’impression au spectateur qu’il a été un peu trompé sur la marchandise.

Ce second arc maintient toutefois l’intérêt grâce à une réalisation qui fait montre d’un réel sens du divertissement – les scènes de possession comptent une fois encore de bonnes idées (la scène dans la morgue évoque les films d’horreur à la japonaise !).


Si vous faites partie, comme moi, des personnes qui ont adoré la première partie et ont eu une petite déception dans la seconde, je vous conseille vivement de ne pas lâcher l’affaire et de regarder Priest jusqu’au bout. Non seulement le dernier arc renoue avec le côté ludique du premier, mais le scénario réserve bien des surprises et s’avère cohérent malgré sa construction imparfaite. Empruntant des chemins tortueux, l’histoire nous emmène vers un twist très bien trouvé, même si l’équilibre de l’ensemble et la gestion des émotions du spectateur auraient mérité d’être mieux pensés.

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Le second défaut de Priest vient peut-être de son trop plein d’idées. A force de déclarer leur amour au cinéma d’horreur à l’américaine, les créateurs du drama pêchent par gourmandise. Entre les démons, les apparitions fantomatiques, les poupées vaudou, les zombies, les virus mortels et les expériences hallucinatoires, Priest donne parfois l’impression d’un fourre-tout blindé de bonnes intentions, mais un peu bancal. Le scénariste se lance d’ailleurs des challenges impossibles à relever, comme par exemple de développer une intrigue de thriller pandémique de dernière minute dans un contexte de possession démoniaque en série déjà bien chargé…


Ajoutons à cela une romance certes attendrissante, mais qui laisse un goût d’inachevé, comme si le scénariste s’était lassé en cours de route. Cette intrigue pénalise le principal personnage féminin en l’évacuant de l’action, sous-exploitant sa contribution médicale à l’action de la Regia 643.

La gourmandise des créateurs de la série en matière d’horreur participe malgré tout à la cote sympathie recueillie par Priest. Les amateurs du genre apprécieront la créativité avec laquelle certains ressorts de l’horreur sont reliés entre eux (vaudou et possession, par exemple), la manière dont ils se traduisent visuellement (les croix brûlantes apparaissant sur les visages…) ou encore l’ambiance musicale digne des films d’horreur américains des années 80. Et bien sûr ce générique de fin qui nous trottera longtemps dans la tête !


Enfin, Priest s’inscrit certes dans le contexte de la religion catholique, mais peut plaire à n’importe qui grâce aux valeurs universelles des personnages. Pas question d’obliger les personnes à se convertir, ni de faire la morale aux femmes sur leur mode de vie – Eun Ho est athée et vit avec sa sœur, qui est mère célibataire, sans que cela soit pointé du doigt (ce qui est encore délicat en Corée). La religion telle qu’elle est montrée dans le drama valorise avant tout les liens entre les êtres humains comme seule véritable force permettant de lutter contre les démons. Et si c’était vrai ?

Elodie Leroy

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