Critique. ‘Room No.9’, avec Kim Hee Sun et Kim Hae Sook

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Les actrices Kim Hee Sun et Kim Hae Sook échangent de corps dans le drama coréen Room No.9, thriller fantastique aux multiples retournements de situations, diffusé fin 2018 sur la chaîne câblée tvN. Si l’ensemble souffre de longueurs, il force néanmoins la sympathie en proposant un duo d’héroïnes atypique, tout en gardant le cap dans le traitement de ses principaux thèmes. Le drama vaut aussi pour la qualité d’interprétation des actrices et acteurs.

Avocate talentueuse mais sans scrupule, Eulji Hae Yi (Kim Hee Sun) travaille exclusivement pour le compte des puissants. Elle est prête à toutes les compromissions pour maintenir son taux de réussite de cent pour cent. Afin d’être promue senior partner du grand cabinet d’avocats qui l’emploie, Hae Yi accepte le cas de Jang Hwa Sa (Kim Hae Sook), une condamnée à mort. Alors qu’elle lui rend visite dans la salle n°9 de la prison, un phénomène surnaturel survient et leurs corps sont échangés. Ki Yoo Jin (Kim Young Kwang), le petit ami médecin de Hae Yi, détient peut-être le secret pour rétablir la situation.

Diffusé tous les week-ends sur tvN du 9 octobre au 25 novembre 2018, Room No.9 est écrit par Jung Sung Hee, scénariste plutôt connue pour être une spécialiste du sageuk, puisqu’on lui doit The Merchant: Gaekju 2015 avec Jang Hyuk et The King of Legend avec Kam Woo Sung. La réalisation est confiée à Ji Yeong Su, réalisateur de Big Man avec Kang Ji Hwan, et de Beating Again avec Jung Kyung Ho.

Room No.9 s’inscrit dans une tendance nouvelle, celle de la féminisation des dramas de genre (policier, thriller, fantastique), observée durant l’année 2018 sur le câble comme sur les chaines publiques coréennes. Il demeure en effet rare qu’un thriller coréen, même télévisé, mette en vedette une femme dans le rôle principal, quelle que soit la notoriété des actrices impliquées. Room No.9 fait encore mieux en plaçant non pas une, mais deux actrices au premier plan.

Un peu plus d’un an après l’excellent Woman of Dignity, dans lequel elle affrontait Kim Sun Ah, Kim Hee Sun s’offre un nouveau face-à-face avec une actrice de renom, en la personne de Kim Hae Sook. Très présente sur le petit écran (Judge vs. Judge, Saimdang, Light’s Diary), celle-ci a aussi à son actif des films à succès tels que The Thieves (Choi Dong Hoon) ou Mademoiselle (Park Chan Wook). Contrairement à Kim Sun Ah, qui avait à peu près le même âge que Kim Hee Sun, Kim Hae Sook est plus âgée d’une génération, ce qui ajoute au caractère inhabituel du casting.

L’autre point intéressant est la caractérisation-même de l’héroïne de Room No.9. Eulji Hae Yi possède tous les attributs de la réussite sociale généralement dévolus aux rôles masculins : elle exerce un métier prestigieux et gagne bien sa vie, elle a un amant plus jeune qu’elle, qui a lui aussi une bonne situation. Hae Yi est cynique, elle fait parfois les mauvais choix pour de mauvaises raisons, mais elle n’est pas inhumaine pour autant. Ce caractère multidimensionnel est un luxe que trop peu d’héroïnes de dramas peuvent encore s’offrir.

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Comme c’est souvent le cas dans les dramas coréens, Room No.9 est l’histoire d’une rencontre. Celle de deux femmes que tout oppose mais qui vont se transformer au contact l’une de l’autre. L’idée est  exploitée à son maximum puisque Hae Yi l’ambitieuse va se retrouver malgré elle projetée dans le corps de Jang Hwa Sa, un peu comme le héros de Secret Garden.

L’échange de corps entre les deux femmes revêt une dimension émouvante lorsqu’il donne à Hwa Sa l’occasion de vivre la vie d’une femme jeune et libre, elle qui s’est fait voler trente-quatre années de sa vie à la suite d’une erreur judiciaire. En occupant le corps de Hae Yi, Hwa Sa rend service à celle-ci en s’entourant de personnes de valeur (le flic intègre joué par Oh Dae Hwan, son ancienne amie interprétée par Kim Jae Hwa) alors que l’avocate avait jusque là tendance à faire fuir les bonnes âmes. De son côté, Hae Yi dispose de moyens importants pour aider à réparer l’honneur de Hwa Sa, à commencer par son argent et ses compétences.

L’argument fantastique de Room No.9 est simultanément mis au service de la quête de justice de Jang Hwa Sa et de la rédemption de Hae Yi. C’est dans les parcours personnels à la fois extraordinaires et ordinaires de ses deux héroïnes que réside son principal attrait du drama. Kim Hee Sun et Kim Hae Sook sont convaincantes toutes les deux, et leur alchimie prend un tour nouveau lorsque leurs personnages respectifs commencent à se rapprocher.

Pris entre les deux femmes, Kim Young Kwang (Lookout, Pinocchio) joue le rôle traditionnellement dévolu au premier rôle féminin. Il est en outre celui qui détient à son insu la « clé » supposée résoudre le mystère, une position généralement occupée par les jeunes filles dans les histoires de prophéties. Ki Yoo Jin n’est pas un personnage passif, mais il y a dans le scénario de Room No.9 une évidente inversion des rôles genrés, à l’image de l’échange qui se produit entre les deux héroïnes.

Qu’il s’agisse du petit ami de Hae Yi ou de son ennemi juré, Ki San, joué par l’incontournable Lee Kyoung Young (Misty, Stranger), les hommes sont relégués au second plan. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient fonctionnels. Pour égoïste et monstrueux qu’il soit, Ki San semble se métamorphoser en présence de son fils, interprété avec talent par le rappeur One (Hwayugi).

L’écriture réussie des personnages de Room No.9 rattrape en partie les facilités de scénario et autres longueurs observée tout au long des seize épisodes. L’intrigue met du temps à démarrer, et le dernier tiers se perd dans des rebondissements inutiles, usant le thème fantastique jusqu’à la corde et abusant parfois du mélodrame. Le personnage de Jang Hwa Sa en particulier finit par souffrir de ces travers, même si elle se révèle très touchante dans le dernier épisode.

Room N°9 n’en reste pas moins un divertissement honnête dans l’ensemble, qui suscite la bienveillance de par son caractère subversif, ainsi que son acharnement à condamner les injustices dont sont victimes ceux qui ont le malheur de croiser un jour la mauvaise personne sur leur chemin.

Caroline Leroy

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