Critique. ‘SUITS’, avec Jang Dong Gun et Park Hyung Sik

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Suits est l’un des dramas coréens événements de la chaîne KBS2 en 2018. Rivalisant de charme, les acteurs Jang Dong Gun et Park Hyung Sik y livrent des interprétations solides, soutenues par une belle réalisation. Alliées à la richesse de son contenu, ces qualités justifient pleinement que l’on se penche sur ce remake de la célèbre série américaine, en dépit de son ambiance parfois trop froide.

Choi Kang Seok (Jang Dong Gun) est la star incontestée du prestigieux cabinet d’avocats Kang & Ham où il officie en tant que collaborateur senior, sous l’œil bienveillant de sa fidèle secrétaire Hong Da Ham (Chae Jung An). Rien ne le prédisposait à prendre le risque de sa vie en recrutant Go Yeon Woo (Park Hyung Sik), un jeune homme brillant mais sans diplôme. Doté d’une mémoire photographique et d’une bonne compréhension des situations, ce dernier va cependant rapidement se révéler être un bon élément, nouant au passage des liens avec la documentaliste Kim Gina (Go Sung Hee). Ensemble, Kang Seok et Yeon Woo forment un tandem de choc. Mais tout pourrait basculer si leur patronne Kang Ha Yeon (Jin Hee Kyung) découvrait le pot aux roses…

Jang Dong Gun et Park Hyung Sik font équipe dans le drama coréen "Suits" (KBS2)Le drama coréen Suits compte 16 épisodes diffusés entre 25 avril et le 14 juin 2018 sur KBS2. Il est dirigé par Kim Jin Woo, l’un des réalisateurs attitrés de la chaîne – on lui doit entre autres les excellents Good Doctor et Healer. La scénariste Kim Jung Min est en revanche une nouvelle venue dans l’univers des dramas. Une chose est sûre : tous deux forment un tandem aussi bien assorti que les deux stars du drama.

Suits est un drama à la réalisation élégante, dont le style à la fois classique et percutant s’accorde parfaitement avec l’écriture précise de la scénariste. Le décor même du cabinet d’avocats, et tout particulièrement de ses bureaux spacieux à l’ambiance feutrée, illustre ce mélange de glamour et de sérieux qui caractérise le drama.

L'acteur Jang Dong Gun fait son retour à la télévision dans le drama coréen "Suits" (KBS2)Mais le côté chic de Suits est bien sûr incarné en premier lieu par l’acteur Jang Dong Gun lui-même, dont le charisme viril imprime avec force un ton unique à l’ensemble. Cela faisait plusieurs années que Jang Dong Gun, star de cinéma avant tout (Frères de Sang, No Tears for the Dead), n’avait pas honoré le petit écran de sa présence – son dernier drama, Gentleman of Dignity, remonte à 2012. Son retour est un vrai bonheur, tant sa caractérisation de Choi Kang Seok est réussie. Il en fait un homme flegmatique, parfois arrogant, et néanmoins plein de conviction. Une sorte d’énigme humaine que va s’attacher à décoder le petit génie Go Yeon Woo.

Le face-à-face attendu de Jang Dong Gun avec Park Hyung Sik, de vingt ans son cadet, ne déçoit pas. Les deux personnages entretiennent un rapport de mentor à élève, mais aussi une relation d’amitié qui se construit par-delà les rapports de force. Park Hyung Sik, déjà convaincant dans Strong Woman Do Bong Soon et Hwarang, prouve qu’il peut tenir tête à un grand nom du cinéma coréen. Son jeu est sobre, juste, et son regard déterminé. L’alchimie entre les deux acteurs fonctionne dès leur première rencontre à l’écran.

Park Hyung Sik joue le rôle de Go Yeon Woo dans le drama coréen "Suits" (KBS2)En dépit de cet immense atout, Suits n’est pas un drama à émotions fortes. On sent de la part de la scénariste une volonté de ne pas dramatiser, d’installer une ambiance et un rythme propices à développer les thématiques de l’intrigue. La part accordée aux dialogues est d’ailleurs plus importante qu’à l’accoutumée, lorgnant en cela vers le style américain.

Ce parti-pris cérébral, voire distancié, freine notre investissement auprès des personnages. Dans la même veine, The Good Wife se montrait plus accrocheur. Il faut attendre la deuxième partie de Suits pour rencontrer un certain suspense, soit une fois que les enjeux internes au cabinet commencent à se dessiner. La narration est néanmoins suffisamment dynamique pour ne pas nous égarer, les affaires se chevauchant parfois, sans qu’aucune ne soit bâclée.

Si on peut déplorer son manque d’intensité, Suits a pour qualité de reposer sur un fond solide qui donne la part belle à des dilemmes moraux intéressants. Le premier de ces dilemmes concerne bien sûr le personnage de Go Yeon Woo, qui exerce le métier d’avocat sans posséder de licence. Ce point de départ est similaire à la série originale, mais une telle histoire est spécialement intéressante dans un pays comme la Corée du Sud où les diplômes sont si sacrés.

Faut-il protéger le client à tout prix comme le réclame la loi, ou le dénoncer quand il se révèle être du mauvais côté de la barrière ? Faut-il protéger la réputation du cabinet dans son ensemble ou celle d’une seule personne ? Ces questions difficiles sont explorées dans Suits sous différents angles, entre l’expérience et le pragmatisme de Kang Seok, l’approche plus empathique de Yeon Woo, les interventions parfois inopinées de la chef Kang Ha Yeon, ou encore les agissements de la secrétaire Da Ham.

Suits aborde bien sûr les cas des crimes commis par des particuliers, mais aussi les affaires de fraude, de licenciements abusifs, de grèves du personnel, voire de harcèlement sexuel. Tous les points de vue sont pris en compte, nos avocats ayant pour clients de grands patrons comme des employés dont les droits ont été bafoués. Chaque affaire met en lumière un aspect des rapports sociaux, voire des rapports humains, et participe à son niveau à façonner une idée de la justice, voire pourquoi pas, un idéal.

L’un des meilleurs arcs de Suits est celui consacré au prisonnier accusé à tort du meurtre de sa petite amie, entre l’épisode 8 et l’épisode 10. Parallèlement à ce dossier impliquant directement Choi Kang Seok (il a mis l’homme en prison lui-même dans le passé), Go Yeon Woo fait face à un cas de conscience avec une délicate affaire de délit de fuite, qu’il parviendra à dénouer à sa manière.

Suits a beau être un drama juridique, il n’en reste pas moins saupoudré d’un zeste de romance avec la relation qu’entretiennent Park Hyung Sik et Go Sung Hee (My Beautiful Bride, While You Were Sleeping). Cette sous-intrigue charmante vient contrebalancer les échanges parfois agressifs de nos héros avec leurs collègues et rivaux. Comme cet avocat exécrable interprété par l’excellent Son Seok Koo (Sense8, Mother), qui met de l’ambiance à chacune de ses apparitions. Côté acteurs secondaires, on retient aussi l’air carnassier de Choi Gwi Hwa (Bad Guys: Vile City), impayable dans le rôle du collègue jaloux de Kang Seok devant l’éternel.

Suits n’est peut-être pas le drama de l’année, mais il se situe dans le haut du panier des remakes coréens de séries américaines. Et puis, soyons honnête : on ne serait vraiment pas contre une saison 2 en compagnie de Jang Dong Gun et Park Hyung Sik…

Caroline Leroy

 

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