CRITIQUE. ‘Thirty But Seventeen’, avec Shin Hye Sun et Yang Sejong

0

Yang Sejong et Shin Hye Sun sont un couple enchanteur dans Thirty But Seventeen (ou Still 17), l’un des plus beaux dramas coréens de l’année 2018. Soutenue par une réalisation inspirée et un casting d’ensemble attachant, cette comédie romantique originale réussit le miracle de marier insouciance et émotion vraie, en développant ses personnages hauts en couleurs avec tendresse. Shin Hye Sun se révèle excellente dans la peau d’une femme-enfant à la fois étrange et irrésistible. Mais son partenaire Yang Sejong impressionne plus encore, grâce à un jeu d’une incroyable richesse émotionnelle et une sincérité bouleversante.

Jeune violoniste virtuose, Woo Seori (Shin Hye Sun) se retrouve plongée dans le coma à la suite d’un accident. Lorsqu’elle se réveille, treize ans plus tard, c’est pour découvrir qu’elle a trente ans. Dans sa tête, pourtant, elle est restée une adolescente. Elle fait la connaissance de Gong Woojin (Yang Sejong), un décorateur de scène. A cause d’un traumatisme du passé, celui-ci fuit toute relation humaine, à l’exception de son neveu Yoo Chan (Ahn Hyo Seop). Tandis qu’une mystérieuse gouvernante du nom de Jennifer (Ye Ji Won) fait son apparition, Woojin est amené à cohabiter avec Seori. Les deux jeunes gens ne tardent pas à avoir des sentiments l’un pour l’autre…

Thirty But Seventeen compte seize épisodes d’une heure, diffusés sur SBS tous les lundis et mardis soirs à raison de deux épisodes d’une demi-heure, du 23 juillet au 18 septembre 2018. Durant toute la durée de sa diffusion, le drama n’a cessé de recevoir des témoignages d’affection des spectateurs coréens, qui l’ont élevé en première place des audiences, quels que soient ses concurrents.

Plusieurs healing dramas ont marqué le début de cette année, tels que le drame My Mister et le mélodrame Just Between Lovers. A sa façon, la comédie What’s Wrong With Secretary Kim? s’est essayée au genre, mais le résultat s’est avéré superficiel. Le ton de Thirty But Seventeen est singulier en ce qu’il maintient un parfait équilibre entre légèreté et gravité, une approche modeste qui sert de manière étonnante son thème de fond.

La légèreté comme remède au désespoir

Thirty But Seventeen, c’est l’histoire d’amour de deux jeunes personnes pour qui le temps s’est arrêté. Plutôt que de se focaliser sur les dysfonctionnements de ces deux âmes blessées, le drama nous invite à rire de leurs bizarreries, et à les accepter tels qu’ils sont.

Émergeant du coma à trente ans, Seori se sent à la fois décalée avec son âge biologique et avec le monde qui l’entoure. Elle a perdu ses plus belles années, et son rêve s’est peut-être envolé à tout jamais. Son optimisme et sa naïveté lui valent de nombreux moments d’embarras, prétextes à des scènes très drôles. En réalité, ce sont justement ces traits de caractère qui lui permettront de se relever.

Woojin s’est renfermé sur lui-même depuis treize ans, et même s’il est capable de « fonctionner » normalement – il est inséré dans la société –, il a tout à réapprendre pour interagir avec autrui. Son tempérament asocial lui vaut des moqueries affectueuses de la part de ses collègues. Grâce à Seori et à son neveu Chan, Woojin va peu à peu s’ouvrir au monde, à l’image de la plante délaissée de son salon, qui revit en recevant enfin la lumière.

Chacun à leur manière, Seori et Woojin ont besoin d’un réajustement. Ils y parviendront ensemble, au contact des personnages pittoresques qui s’invitent dans la grande maison de Woojin, redevenue accueillante – jusqu’à l’irrésistible chienne Deokgu/Fang, mascotte du drama.

La guérison ne se fait cependant pas sans douleur. Seori trébuche plus d’une fois, rejetée par une société qui ne pardonne pas aux retardataires. De son côté, Woojin est rattrapé par des crises d’angoisse terribles liées à son traumatisme.

Eloge de la gentillesse et de la compassion

Il est inhabituel qu’un drama, surtout une comédie romantique, consacre autant de soin et de patience à montrer ses personnages grandir et s’épanouir devant nos yeux. Les deux héros de Thirty But Seventeen ont des âmes d’adolescents, mais le propos est mature. La délicatesse de l’écriture est évidente dans les dialogues, pleins de sagesse.

Signé de Jo Sung Hee, à qui l’on doit les comédies romantiques King of High School Life Conduct et She Was Pretty, le scénario de Thirty But Seventeen nous épargne les clichés habituels du drama coréen. Exit les histoires de conglomérats X ou Y, les riches héritiers insupportables, les héroïnes masochistes et les malfaisances des jaloux éconduits. Place aux gens normaux et à la pureté des sentiments.

Drama de personnages avant tout, Thirty But Seventeen célèbre la bonté et l’innocence. On n’y trouve ni méchanceté, ni rebondissement inutile pour nous distraire de l’essentiel. C’est une œuvre remplie de bienveillance et de tendresse, où les protagonistes se soutiennent les uns les autres. Même quand vient l’heure de dénouer les nœuds dramatiques, le scénario conserve la juste mesure, accordant à chacun son moment.

Tandis que Seori et Woojin progressent vers la guérison, l’émotion nous submerge face au sentiment de compassion réconfortant qui enveloppe chacun de leurs échanges. Thirty But Seventeen nous dit qu’il est possible d’avoir une seconde chance, de trouver le bonheur par-delà la tristesse. Et qu’après tout, ce n’est pas si grave de ne pas tout faire au même âge que tout le monde.

A la qualité des dialogues, s’ajoute le talent des acteurs pour les dire. Shin Hye Sun et Yang Sejong ne sont pas des stars. Ce sont deux acteurs humbles, qui nous font ressentir les joies et les peines de leurs personnages. Leur osmose saute aux yeux dès qu’ils se donnent la réplique, jusque dans leurs élans candides – ah, cette superbe scène de premier baiser adolescent à l’épisode 12 !

Shin Hye Sun, une girl next door versatile

Longtemps cantonnée aux petits rôles qu’on remarque (She Was Pretty, The Legend of the Blue Sea), Shin Hye Sun a percé l’année dernière avec le polar Stranger et l’énorme hit My Golden Life, un drama familial en cinquante épisodes. Thirty But Seventeen marque ses débuts en tant que tête d’affiche de trendy drama.

Immergée dans son rôle, elle est épatante dans la peau de la jeune fille qui ressent ses premiers émois amoureux. Elle réussit même le tour de force de paraître plus joufflue qu’elle n’est en réalité, alors qu’elle n’a objectivement pas un visage juvénile.

Shin Hye Sun est non seulement très expressive, mais elle possède un bon timing comique et ne ménage pas ses efforts pour pousser les numéros jusqu’au bout, tant dans les expressions faciales que dans le langage corporel – comme ce moment impayable de l’épisode 6, où Seori se réveille dans le lit de Woojin après une cuite et bondit en réalisant qu’elle ne rêve pas, avant de foncer se cacher dans le placard.

Girl next door attachante et énergique, Shin Hye Sun démontre sa versatilité dans les scènes dramatiques, apportant une épaisseur inattendue à ce personnage qui aurait pu sombrer dans la caricature dans d’autres mains.

De Seori, on retient les pleurs silencieuses devant le concert de Rin Kim à la fin de l’épisode 6 ; le récit douloureux qu’elle fait à Woojin sur la plage à propos de son passé dans l’épisode 8 ; ou encore la façon dont elle engueule celui-ci à travers ses larmes à la fin de l’épisode 11, pour lui faire comprendre qu’elle peut faire ses propres choix. Sans oublier sa joie en redécouvrant le plaisir de jouer du violon.

Yang Sejong, le joyau de Thirty But Seventeen

Mais s’il est un personnage qui ressort dans Thirty But Seventeen, c’est celui de Gong Woojin. Entre l’ermite bougon du début et le jeune homme radieux de la fin du drama, sa métamorphose est aussi émouvante que spectaculaire. Yang Sejong exprime ce changement par petites touches, sans perdre l’identité de son personnage en route. A travers son interprétation ciselée, Woojin devient un être drôle et touchant, mélange de maladresse, de gentillesse, de fragilité et de détermination.

C’est la deuxième fois que Yang Sejong interprète un homme aux valeurs que l’on pourrait qualifier de « féministes », après On Jung Sun de Temperature of Love. Il incarne à la perfection cet idéal de l’homme moderne, attaché au principe d’une relation égalitaire, qui s’expose vraiment, sans forcer ses sentiments sur l’autre.

On le sait depuis Duel, Sejong est un acteur génial dans l’émotionnel. Dans Thirty But Seventeen, il déploie une incroyable richesse d’expressions dans des registres variés, parfois en l’espace de quelques minutes seulement. Son sens du détail laisse admiratif, comme dans cette manière qu’a Woojin de sursauter quand quelqu’un s’adresse à lui. Son regard est d’une profondeur et d’une intensité rares. Sa voix chaude et douce devient rauque dans l’émotion.

Il nous fait frissonner lorsqu’il joue tout en retenue les aveux déchirants de Woojin à son psychiatre dans l’épisode 5. Sa façon d’aborder les attaques de panique récurrentes du personnage est impressionnante de naturel. Jusqu’à cette scène de craquage extraordinaire à l’épisode 10 : la détresse poignante dans ses yeux, les larmes qui ne coulent pas tout de suite, la sueur et sa façon de murmurer le nom de « Woo Seori » dans un souffle, le tout est saisissant. Quant à ses confessions à Seori sur le pont dans les derniers épisodes, elles sont d’une sincérité qui vous transperce le cœur. Yang Sejong est le trésor de Thirty But Seventeen.

Sa passion n’a pas laissé indifférents les médias coréens, qui ont salué sa performance mais aussi son courage pour avoir joué pendant si longtemps avec un chien en dépit de son allergie. Il avait évoqué cette contrainte à la fin de l’interview V Live du drama, tout en expliquant que Deokgu était adorable.

Un orchestre au diapason

Dans le rôle du neveu choupi de Woojin, Ahn Hyo Seop, vu dans Entertainer et Father Is Strange, est une bonne surprise. Ses progrès sont frappants entre le début du drama où il surjoue un peu, et la fin où il est très juste. Il est à l’image de Chan, qui mûrit en même temps que le poussin qu’il a recueilli dans sa chambre. Chan entretient des relations fortes avec Woojin et Seori individuellement, et l’alchimie évidente de Ahn Hyo Seop avec ses partenaires Yang Sejong et Shin Hye Sun fait beaucoup pour le charme et l’énergie de Thirty But Seventeen .

Dans la peau de l’impénétrable Jennifer, Ye Ji Won (My Wife’s Having an Affair This Week, Should We Kiss First) est le pilier indispensable à l’équilibre de ces jeunes gens. Tout en parlant d’une voix monocorde, l’actrice dit beaucoup avec son regard et imprègne le drama de son aura.

Parmi les rôles secondaires, Jung Eugene (W, Something in the Rain) tire son épingle du jeu en interprétant la patronne cool de Woojin, qui prend Seori sous son aile.

En chef d’orchestre averti, le réalisateur Jo Soo Won (I Hear Your Voice, Pinocchio) dirige ce beau monde avec sensibilité. Tout au long de Thirty But Seventeen, il porte une attention particulière aux visages et aux regards de ses acteurs, allant jusqu’à nous suspendre à leurs moindres battements de cil.

Soutenus par une photographie chatoyante, ces plans hypnotiques, d’une beauté parfois sublime, appuient l’un des thèmes du drama, celui de l’éveil des sens. Prendre le temps de ressentir, pour mieux guérir. Une idée que le personnage de Chan résume très bien avec son fameux leitmotiv : « Don’t think, feel! ».

La musique du cœur

A tout cela s’ajoute un montage visuel et sonore percutant, notamment dans les scènes émotionnellement chargées, où se mêlent flashes du passé et du présent. La bande-originale est réussie, entre les musiques charmantes aux accents presque magiques, et les belles chansons de Hyolin, Lucia et surtout Bonggu, qui nous emporte avec Get Away.

L’importance accordée à la musique participe au sentiment de poésie qui émane de Thirty But Seventeen. Seori est une musicienne et le recours fréquent à la musique classique s’accorde à ses états d’âme.

Un exemple éloquent en est cette séquence de l’épisode 7, qui débute avec les pitreries de Woojin complètement ivre – Yang Sejong est merveilleux de mignonnerie –, pour s’achever dans la mélancolie, quand Seori s’allonge sur la pelouse du stade à ses côtés. La transition entre ces deux atmosphères se fait alors que Seori contemple le visage de Woojin endormi, pendant que les notes de Deuxième Romance, Op. 94 de Robert Schumann s’échappent d’un haut parleur, réveillant en elle des souvenirs.

Le temps de cet enchaînement surréaliste, les deux personnages laissent transparaître leur vérité, entre Woojin qui révèle ses peurs après avoir bu, d’abord en se cachant puis en se mettant à fuir comme un dératé, et Seori qui murmure, rêveuse : « Je voudrais qu’on me rende mon passé ».

Au passage, la conclusion de la scène détourne une fois encore les clichés du drama coréen, puisqu’en lieu et place de la figure typique du héros ramenant à la maison l’héroïne bourrée sur son dos, c’est l’héroïne qui tracte le héros ivre mort dans une charrette !

La musique accompagne aussi la tristesse, comme cette scène de l’épisode 14, où Woojin se remémore le passé, effondré et en larmes, sur l’Etude n°3 en mi majeur op. 10 de Frédéric Chopin.

Parmi les nombreuses scènes musicales de Thirty But Seventeen, l’une des plus jolies reste ce moment suspendu à l’épisode 12, quand Woo Jin s’adosse à Seo Ri assise dans l’herbe et lui offre un de ses écouteurs, où se joue la chanson Je te veux d’Erik Satie, qu’elle adore. Le temps de quelques minutes de grâce.

Rarement un drama aura été aussi fidèle à son intention de départ. Thirty But Seventeen est un drama qui fait du bien, beaucoup de bien. Il suffit simplement d’accepter de se laisser porter par cette vague apaisante de chaleur humaine.

Caroline Leroy

> A lire : ‘Still 17’ : l’interview V Live ou le concept de la promotion 2.0

> A lire : ‘Still 17’, avec Shin Hye Sun et Yang Sejong: premières impressions

Share.