Critique : ‘Whisper’, avec Lee Bo Young et Lee Sang Yoon

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Le drama coréen Whisper marque le retour triomphal de Lee Bo Young sur le petit écran, après trois ans d’absence. Elle prend ainsi la suite, entre mars et mai 2017, de Defendant, le drama de son mari Ji Sung, sur le créneau hebdomadaire du lundi-mardi de SBS. La précision n’est pas inutile puisque, fait inédit, la communication de la chaîne s’est appuyée sur cette passation de flambeau entre les deux époux à travers quelques teasers humoristiques. Et s’il n’a pas dépassé comme Defendant les 20% de moyenne d’audience, Whisper demeure avec ses 15,6%* de moyenne une solide performance pour l’actrice. Un succès qu’elle partage avec ses excellents partenaires Lee Sang Yoon, Kwon Yool et Park Se Young. Dense et trépidant pour sa majeure partie, Whisper n’est cependant pas toujours à la hauteur de ses ambitions sur le fond. Explications.

Shin Young Joo (Lee Bo Young) est une détective charismatique aux principes inébranlables. Lee Dong Joon (Lee Sang Yoon) est un juge brillant, réputé incorruptible, avec un penchant pour les cas désespérés. Lorsque le père de Yong Joo est déclaré coupable de meurtre à l’issue d’un procès mené par Dong Joon sur la foi d’éléments fallacieux, Yong Joo n’a d’autre choix que de lui déclarer la guerre. En réalité, Dong Joon vient de céder aux pressions de Choi Il Hwan (Kim Kab Soo), le patron tout-puissant du cabinet d’avocats Taebaek. Ce dernier le force même à épouser sa fille Choi Soo Yeon (Park Se Young) afin de camoufler la complicité de celle-ci dans l’affaire. Quant au coupable, Kang Jeong Il (Kwon Yool), il use de tous les stratagèmes possibles pour se défausser définitivement de son crime sur le père de Young Joo, encourageant cette dernière à mettre de côté sa rancœur pour finalement faire équipe avec Dong Joon.

Vous n’avez pas tout compris à ce résumé ? Pas de panique, c’est normal. Whisper est un drama juridique à suspense  dont le scénario est conçu comme un jeu de stratégie dans lequel les cartes sont sans cesse redistribuées. Le drama annonce la couleur dès le premier épisode en plaçant volontairement les deux héros dans des positions antagonistes. Lorsqu’ils se mettent enfin d’accord pour collaborer, d’autres alliances se mettent à vaciller peu à peu, changeant parfois fondamentalement la donne.

Malgré un contenu aussi sombre que les costumes de ses personnages, Whisper est par conséquent un drama assez ludique, dont l’intrigue avance très vite tout en ménageant de multiples rebondissements. Le réalisateur Lee Myung Woo et le scénariste Park Kyung Soo ont précédemment collaboré sur le drama Punch avec Kim Rae Won. Park Kyung Soo, à qui l’on doit aussi et surtout le remarqué The Chaser, semble se délecter à précipiter ses personnages dans des situations périlleuses dont ils ne pourront se sortir que par un audacieux coup de poker.

En tant que spectateur omniscient, nous adoptons tour à tour le point de vue de chacun et nous sommes la plupart du temps aussi contrarié qu’eux par les attaques de l’adversaire, quelque soit le bord du protagoniste. Et force est de constater que les effets de surprise fonctionnent plutôt bien durant la première partie, grâce à une bonne dynamique entre les quatre personnages principaux, notamment.

Trois ans après le remarquable God’s Gift – 14 Days, Lee Bo Young campe une flic particulièrement crédible, une femme d’action à la fois efficace, déterminée et humaine, telle qu’on en voit trop rarement à la télévision. A la voir aussi resplendissante sur chaque plan, et aussi impliquée dans son rôle, on ne peut s’empêcher de se dire qu’elle nous a manqué pendant ces trois ans. Face à elle, Lee Sang Yoon (Liar Game, Twenty Again) fait lui aussi montre d’une sobriété appréciable dans son rôle de juge idéaliste qui tente de se racheter après avoir failli à ses principes.

Les deux acteurs s’étaient déjà donné la réplique dans My Daughter Seo Young, en 2012 et leur alchimie fonctionne du début à la fin de Whisper. Le tandem Lee Bo Young/Lee Sang Yoon se fait néanmoins voler la vedette à plus d’une reprise par le couple vénéneux formé par Kwon Yool et Park Se Young.

Après Let’s Fight, Ghost!, dans lequel il incarnait rien moins qu’un démon, Kwon Yool nous réjouit grâce à un autre rôle glaçant, sans doute le personnage le plus réussi de Whisper. Avec son visage doux, presque angélique – il a pourtant la trentaine bien sonnée –, il parvient à nous attendrir dès qu’il se retrouve poussé dans ses retranchements, même si l’on connaît déjà ses exactions par le menu.

De son côté, Park Se Young (Love Rain, Faith) a enfin délaissé les rôles d’ingénues qui l’ont fait connaître, pour jouer les femmes perfides avec un certain talent. Irritante, voire odieuse quand elle nargue Young Joo, Soo Yeon parvient elle aussi à nous apitoyer le temps de quelques scènes, sans qu’on le voie venir. Les duels psychologiques récurrents entre les deux tourtereaux malfaisants sur l’instrumental de la chanson A Devil Incarnate représentent à mon goût les meilleurs moments de Whisper.

Le drama a beau être rythmé et divertissant, il a néanmoins tendance à épuiser quelque peu ses ressources scénaristiques sur la durée, plombé par une succession de coups de théâtre irréalistes. On ne compte plus les occasions où l’un des personnages reçoit in extremis le coup de fil qui l’aidera à retourner la situation à son avantage alors qu’il est justement en plein meeting avec ses ennemis.

L’autre tic de scénario de Whisper tient à cette étrange propension qu’ont tous les protagonistes à se vanter de leur prochain coup à la face de leur adversaire, avant même d’être certain de l’emporter. Inutile de dire que les désillusions sont régulièrement au rendez-vous, et ce pour chacun d’entre eux.

Si l’idée était de dénoncer la profonde corruption qui règne au sein du système juridique coréen, il n’était nul besoin d’aller aussi loin dans le sensationnel. Choi Il Hwan a beau être le patron influent d’un grand cabinet d’avocat, l’étendue de ses pouvoirs laisse plus d’une fois perplexe, ce qui affaiblit la portée de l’intrigue – au passage, Kim Kab Soo est impeccable comme d’habitude, mais il semble avoir pris un sacré coup de vieux depuis The K2.

Là où Whisper se montre le plus intéressant, c’est dans la façon dont les relations des quatre personnages principaux avec leurs pères respectifs éclairent son propos. Kang Jeong Il et Choi Soo Yeon ont tous deux un père corrompu avec lequel ils entretiennent chacun une bonne relation. Jeong Il semble bénéficier d’une certaine autonomie mais il se pourrait bien que celle-ci soit illusoire. Quant à Soo Yeon, elle est entièrement dévouée à un papa apparemment très protecteur.

Lee Dong Joon est lui aussi le fils d’un homme corrompu, mais contrairement aux deux autres, il ne lui est pas soumis et choisit de vivre selon ses propres principes. Sa détermination devient irrévocable au contact de Shin Young Joo, qui a hérité de la droiture de son père, un journaliste mis au ban de la société à cause de ses convictions.

Le scénario de Whisper met ainsi l’emphase sur l’importance de la transmission à travers ces quatre cas de figure sensiblement différents. Il distille un message fort, sans équivoque, sur l’idéal de respect de la justice, mais aussi sur la notion de libre arbitre. On regrette que le drama noie trop souvent cet effort louable dans sa quête effrénée des gros scores d’audience. Avec son casting parfait et sa bonne facture d’ensemble, Whisper aurait pu être beaucoup plus mémorable que cela.

Caroline Leroy

* chiffres AGB Nielsen

 

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