Critique : ‘XxxHOLiC’, avec Anne Watanabe et Shota Sometani

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Le drama japonais XxxHOLiC, avec Anne Watanabe et Shota Sometani dans les rôles respectifs de Yûko et Watanuki, est l’adaptation du manga de CLAMP, publié au Japon entre 2003 et 2011. Cela fait plus de vingt ans que le célèbre quatuor féminin enchaîne les mangas à succès, allant jusqu’à multiplier les cross-over à l’intérieur d’un univers aux ramifications multiples, et pourtant il aura fallu attendre 2013 pour que l’une de leurs œuvres soit adaptée en drama. Il était temps ! Grande admiratrice de CLAMP depuis ma rencontre avec le sublime Tokyo Babylon dans les années 90, j’avais donc quelques appréhensions en entamant XxxHOLiC. Or à l’issue de la série, une conclusion s’impose : l’attente fut certes longue mais elle en valait la peine. Ce drama étonnant prouve qu’il est non seulement possible d’adapter CLAMP au format live, mais il s’impose du même coup comme une petite perle ciselée dont la qualité surpasse largement la majorité des séries produites au Japon ces dernières années.

Kimihiro Watanuki (Shota Sometani) est depuis toujours affligé d’une malédiction : il est persécuté par les esprits des morts, qu’il est le seul à voir. Un jour qu’il est poursuivi par l’un d’entre eux, il se retrouve attiré dans la boutique de Yûko Ichihara (Anne Watanabe), une sorcière qui exauce les vœux et prétend être en mesure de le débarrasser de ce don encombrant. Sa seule exigence est de recevoir en retour un paiement d’une valeur équivalente. Intrigué, Watanuki accepte de servir de larbin à Yûko en exécutant ses tâches ménagères. Il se retrouve cependant impliqué malgré lui dans différentes affaires surnaturelles, aidé par deux de ses camarades de lycée : le taciturne Doumeki (Masahiro Higashide) et la gentille Himawari (Karen Miyazaki) dont il est amoureux.

Les adaptations télévisées de mangas concernent assez rarement les œuvres à caractère fantastique, qui font plutôt l’objet de séries d’animation pour des raisons évidentes de budget. Même si elle n’est pas la seule incursion dans le genre, XxxHOLiC fait donc un peu figure d’exception. Dans la même veine, il y a eu par exemple Jigoku Shoujo en 2006, toutefois ce drama assez fauché ne soutenait pas la comparaison avec son pendant animé.

XxxHOLiC a été diffusé entre février et avril 2013 sur la chaîne privée WOWOW, la même qui fit place à l’horrifique MPD Psycho de Takashi Miike en 2000, ou plus récemment au drama Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa. La mini-série se compose de huit épisodes d’une durée de 27 minutes environ, un format qui la rapproche d’une série d’animation ou d’un sentai. XxxHOLiC se démarque cependant du tout-venant des dramas japonais par une esthétique extrêmement léchée et par une narration soignée reposant sur un rythme relativement lent.

Loin de faire sombrer l’ensemble dans la démonstration prétentieuse, ces partis-pris d’écriture et de réalisation font de chaque épisode une œuvre d’art à la beauté entêtante, presque vénéneuse, à mi-chemin entre le cinéma et l’animation. En cela, XxxHOLiC pourrait bien être l’une des meilleures adaptations live de manga jamais réalisées, et ce alors même qu’il prend des libertés délibérées avec le matériau d’origine.

Le drama XxxHOLiC condense un manga fleuve aux nombreux rebondissements en une rêverie éthérée d’une durée équivalente à celle de deux longs métrages. Ce n’est pas comme cela que l’on aurait imaginé une version live de cette œuvre de CLAMP, d’autant que la version animée, assez sympathique, était particulièrement fidèle au manga. Mais il n’est décidément rien de mieux, lorsque l’on regarde une fiction, que d’être pris par surprise.

Et il suffit de voir le prologue montrant Watanuki se faire happer inexorablement dans la boutique aux couleurs chaudes d’une Yûko sensuelle et fascinante pour adhérer à l’approche du réalisateur Keisuke Toyoshima (Tales of Terror, An Encyclopedia of Unconventional Women) et du scénariste Jun Tsugita (à qui l’on doit les excentricités des films Tomie Unlimited et Dead Sushi de Noboru Iguchi). En quelques minutes, l’ambiance visuelle et sonore, le rythme, tout ce qui participe du cachet si particulier de XxxHOLiC, est installé le plus naturellement du monde, stimulant la curiosité du spectateur tout en créant un agréable sentiment de confort.

Les cinq premiers épisodes reprennent grosso modo les principales affaires des premiers volumes du manga, tandis que les trois derniers se suivent pour relater une histoire originale autour d’un personnage maléfique, l’araignée, vue dans les volumes 7 et 8. Dans l’ensemble, le drama excelle à créer une atmosphère irréelle propice à l’apparition de fantômes et aux questionnements existentiels tout en ne négligeant jamais de rendre les personnages principaux plus attachants à chaque nouvelle aventure.

Tandis que les deux premiers épisodes sont centrés sur les clients de Yûko, dont la vie est assombrie par un vice caché qui risque de les mener à leur perte, les épisodes suivants s’attèlent davantage à mettre en lumière les personnalités de Watanuki, Doumeki, Himawari et bien sûr la sorcière des dimensions Yûko, personnage presque omniscient qui oriente subtilement les actions des uns et des autres sans que l’on connaisse toujours ses motivations réelles.

L’une des différences les plus notables de XxxHOLiC avec le manga est l’absence presque totale d’humour, là où CLAMP nous servait régulièrement des sketches amusants mettant en scène le trio formé par les trois adolescents, ou les facéties des étranges créatures qui entourent Yûko (Maru et Moro sont très mignonnes mais elles se contentent ici de faire de la figuration, Mokona est invisible). On pardonne aisément ce léger changement de ton au vu du traitement des personnages principaux.

Le casting de XxxHOLiC s’avère être beaucoup plus réussi qu’il n’en a l’air au premier abord. Shota Sometani, qui, à 22 ans, possède déjà une impressionnante filmographie, ne ressemble pas le moins du monde à ce grand maigre à l’allure dégingandée qu’est Watanuki – chaussé de ses lunettes, il aurait plutôt tendance à m’évoquer Daniel Radcliffe adolescent dans Harry Potter. Mais il se révèle rapidement à la hauteur pour s’imposer dans le rôle de cet ado trop altruiste et mal assuré qui souffre en silence.

Masahiro Higashide est quant à lui l’interprète idéal de Doumeki, le protecteur discret et pince-sans-rire de Watanuki. Ce beau jeune homme est même si parfait qu’il surpasse en tous points son modèle de papier, un peu trop hermétique à mon goût. Pas étonnant qu’on le retrouve prochainement en tête d’affiche de Crows Zero 3 de Tohiaki Toyoda.

Parmi les trois adolescents, Karen Miyazaki est la seule qui laisse un peu dubitatif, du moins au début du drama. Sans faire des étincelles, elle se rattrape néanmoins par la suite même si on ne retrouve jamais en elle la pétillante Himawari du manga.

Mais que serait XxxHOLiC sans une sorcière des dimensions digne de ce nom ? La top model Anne Watanabe, fille de l’acteur Ken Watanabe, endosse le costume de l’insaisissable Yûko avec une aisance confondante. Son attitude nonchalante et gracieuse à la fois, son regard pénétrant, sa façon de déclamer son texte, sa beauté singulière, tout fait d’elle une Yûko plus vraie que nature. Je me suis aperçue non sans amusement que je l’avais en réalité déjà vue dans des longs métrages (BANDAGE) et des dramas (Proposal Daisakusen). Après sa prestation réussie dans XxxHOLiC, je suis sûre de me rappeler enfin d’elle à l’avenir.

Parmi les épisodes les plus réussis de XxxHOLiC, on retiendra l’épisode 3, dans lequel chacun des protagonistes se dévoile un peu lors d’une séance de spiritisme dans une maison hantée, ainsi que l’épisode 4, Angel-san, très belle variation sur l’histoire des jeunes filles fantômes du volume 3 du manga, qui permet à Watanuki et Doumeki de tisser des liens d’amitié à l’issue d’une lutte acharnée contre les esprits, et ce sans que les deux échangent le moindre mot ou presque.

Quant au triptyque formé par les épisodes 6, 7 et 8, il est tout simplement envoûtant, nimbé d’une ambiance joliment malsaine dès que Watanuki se retrouve absorbé dans l’antre dangereusement féminine de l’araignée, une femme sexy et dominatrice jouée par Yumi Adachi. Ces épisodes apportent simultanément une profondeur supplémentaire aux relations qui unissent les personnages principaux, finalement plus secrets qu’ils en ont l’air – Himawari la première.

xxxholic__31Si comme toujours chez CLAMP, le destin joue un rôle primordial, ce que Yûko ne manque d’ailleurs jamais de nous rappeler, XxxHOLiC est bien une affaire de drames humains, des drames peut-être insignifiants aux yeux du monde et qui ont pourtant chacun un impact plus important qu’il n’y paraît. Ne serait-ce que pour les répercussions que ces tragédies intimes peuvent avoir sur la vie des personnes alentours. Sur ce plan, le manga partage de nombreux points communs avec Tokyo Babylon et il est agréable de retrouver cet esprit, même simplement esquissé, dans un drama aussi bref que XxxHOLiC. La preuve que, contrairement à ce qui se produit trop souvent au cinéma, le format télévisé permet de combiner soin visuel et efficacité d’écriture en accordant la part belle au côté humain de l’intrigue.

Sans être spectaculaires, les effets spéciaux du drama sont en effet de bon goût, en harmonie avec la photographie très travaillée de l’ensemble. La tout est agrémenté d’une bande origjnale très atmosphérique tandis que le générique, différent à chaque épisode, est signé Shikao Suga comme pour la série animée.

Finalement, le vrai défaut de XxxHOLiC est d’être trop court, bien trop court. Des épisodes de cette qualité, on en voudrait d’autres. Il est toujours permis d’espérer.

Caroline Leroy

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