Critique. ‘YOUR HONOR’, avec Yoon Si Yoon et Lee Yoo Young

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Après un comeback réussi dans le genre du sageuk en début d’année, l’acteur Yoon Si Yoon endosse avec humour la robe de juge dans le drama coréen Your Honor, aux côtés de l’actrice Lee Yoo Young, excellente en stagiaire zélée. Imparfait mais distrayant, et surtout non dénué de fond, Your Honor fait partie des sympathiques surprises de l’année 2018, pour peu que l’on pardonne à Yoon Si Yoon son jeu outré dans les premiers épisodes.

Han Soo Ho (Yoon Si Yoon) et Han Kang Ho (Yoon Si Yoon) sont de vrais jumeaux mais mènent des vies radicalement opposées. Soo Ho est un juge respecté à la cour, et fait depuis toujours la fierté de leur mère (Kim Hye Ok). Kang Ho, à l’inverse, est un délinquant multi-récidiviste qui ne semble pas vouloir s’amender. Le jour où Soo Ho disparaît soudainement, Kang Ho décide secrètement de prendre sa place. Contre toute attente, il fait l’admiration de tous, à commencer par sa jeune stagiaire Song So Eun (Lee Yoo Young), qui l’aide à rendre ses verdicts.

Drama centré sur l’univers des juges, Your Honor est un parfait exemple de la capacité des scénaristes coréens à absorber la réalité du moment. L’intrigue imaginée par Chung Sung Il (7th Level Civil Servant, The Package) n’est pas des plus réalistes mais elle témoigne des préoccupations actuelles tout en restant plaisante à suivre.

Elle est rehaussée par la réalisation pleine de peps de Bong Sung Chul (Mask, My Girlfriend Is A Gumiho) et par un montage dynamique, au diapason avec le style de Han Kang Ho, le héros haut en couleurs de ce drama juridique.

Malgré un ton flirtant à plus d’une reprise avec la comédie, Your Honor s’attaque à plusieurs problèmes de société à travers les affaires traitées par les protagonistes, en première place desquels les violences faites aux femmes. L’apprentie juge Song So Eun est marquée par le drame de sa sœur aînée, qui a été violée par un riche héritier et s’est faite humilier ensuite par les avocats de celui-ci au tribunal, au point de fuir sa famille. So Eun elle-même subit du harcèlement sexuel de la part du procureur qui doit noter son premier stage, des scènes dépeintes de façon réaliste à chaque fois.

Déjà exploré avec sérieux à la fin 2017 dans le drama juridique Witch At Court, le thème du harcèlement sexuel a fait un retour en force cette année dans les dramas, entrant en résonance directe avec les divers scandales qui ont défrayé la chronique en Corée du Sud durant le premier semestre 2018, et impliquant des acteurs célèbres (Jo Min Ki, Cho Jae Hyun, pour ne citer que ceux-là).

On retrouve ce thème en toile de fond dans le contexte professionnel auquel fait face l’héroïne de la romance Something in the Rain, et plus récemment dans le drama juridique Miss Hammurabi, diffusé sur JTBC. Sans prétendre à l’exhaustivité, et sans atteindre non plus la qualité d’écriture de Miss Hammurabi, Your Honor fait mouche dans sa critique sans concession du sexisme ordinaire, en dénonçant l’impunité dont bénéficient les  bourreaux.

Le drama propose aussi d’autres cas intéressants, voire émouvants, comme celui de cet aide-soignant traîné en justice par un riche alcoolique qu’il a été contraint de maîtriser un peu brutalement à l’intérieur de l’ambulance.

Plus généralement, Your Honor partage un point commun avec Miss Hammurabi, celui de s’interroger sur la position du juge face aux citoyens : est-il au-dessus de la mêlée tel un dieu, ou bien a-t-il pour mission de rendre une justice humaine, en tant qu’être humain. Cette question survient lorsque Kang Ho, qui n’est pas un vrai juge mais se laisse prendre au jeu, s’incline spontanément devant l’audience, c’est-à-dire ses collègues et les civils venus assister au procès, en quittant la salle. Ce simple geste provoque l’admiration de So Eun qui voit alors en lui le juge le plus humble et le plus juste qu’elle ait jamais côtoyé.

Mais Your Honor ne serait pas ce qu’il est sans la prestation inclassable de Yoon Si Yoon. L’acteur, qui en est à son deuxième succès cette année après Grand Prince pour TV Chosun, s’essaie à son tour au jeu du double rôle, décidément populaire à la télévision coréenne depuis l’année dernière. La plus belle réussite en la matière reste la performance éblouissante de Yang Sejong dans Duel, qui parvenait à insuffler autant de vie à ses deux personnages grâce à un jeu puissant et nuancé. Cette année, Seo Kang Joon aura relevé ce type de défi avec talent dans Are You Human?.

On est loin de cela dans Your Honor, où seul Kang Ho l’usurpateur fait l’objet de l’attention de Yoon Si Yoon, tandis que Soo Ho n’est qu’une ombre sans personnalité en comparaison. L’interprétation de Jang Geun Suk dans Switch – Change The World souffrait du même travers, avec pour résultat que le personnage le moins exubérant des deux peinait à exister.

Malgré tout, Yoon Si Yoon fait mieux que Jang Geun Suk. Il est non seulement plus charismatique, mais aussi plus pétillant. Alors certes, il en fait des caisses en petite frappe dans les premiers épisodes, avec force grimaces et roulements de mécaniques, au point que cela peut rebuter. Même après qu’il a mis le holà, son jeu d’acteur est tout sauf subtil. On a du mal à comprendre comment les collègues du véritable Han Soo Ho ne s’aperçoivent pas qu’ils ont affaire à un autre.

Yoon Si Yoon est en revanche épatant dans la comédie pure. Ses changements d’expressions sont imprévisibles et son timing est impeccable. Ces atouts le rendent particulièrement convaincant dans les scènes de tribunal, lorsqu’il fait son numéro en prenant tout le monde par surprise, procureurs et accusés y compris. On finit par s’attacher au malicieux Kang Ho et à se laisser contaminer par sa bonne humeur, à l’instar de sa stagiaire So Eun, et ce d’autant que leur alchimie fonctionne bien à l’écran, dans les scènes comiques comme dans les moments d’émotion.

Toujours juste et touchante, Lee Yoo Young, qui avait fait une belle impression l’année dernière dans Tunnel, compose un personnage de jeune apprentie un peu réservée mais pleine de ressources et de détermination. Son rôle est loin d’être simplement secondaire, en ce que ce sont ses principes qui sont exprimés à travers les décisions que rend le faux juge. Le jeu en retenue de Lee Yoo Young participe à ancrer Your Honor dans un certain réalisme, un peu comme So Eun est, selon les mots de Kang Ho, son « centre de gravité ».

Parmi les acteurs secondaires, Kwon Nara, vue récemment dans My Mister, écope du personnage fonctionnel de la petite amie de Soo Ho, tâche dont elle s’acquitte correctement. On regrette que Joo Eun, qui est tout de même une populaire présentatrice de journal télévisé, ne tienne pas une place plus cruciale dans l’intrigue.

Plus intéressant est le rôle de Park Byung Eun, acteur versatile qui est aussi bon dans les rôles d’homme ordinaire et sans histoires (Because This Is My First Life) que dans ceux d’énergumènes inquiétants (Mistress). Dans Your Honor, il penche plutôt du mauvais côté en jouant un avocat véreux qui brûle de prendre sa revanche sur son père dominateur, tout en nourrissant une obsession pour So Eun, qu’il connaît depuis l’université. Park Byung Eun prend un malin plaisir à rendre son personnage détestable et ses interactions avec Yoon Si Yoon ne manquent pas de sel.

Du côté des vétérans, on retient l’actrice Kim Hye Ok dans le rôle de la mère ambivalente des jumeaux (elle interprétait aussi la mère de Park Seo Joon dans What’s Wrong With Secretary Kim?), et l’incontournable Sung Dong Il, qui jouait justement les juges dans Miss Hammurabi et que l’on retrouve ici en délinquant repenti. Sans oublier Heo Sung Tae, le méchant de Cross, qui se distingue une fois de plus dans un rôle d’ordure, vicelard de surcroît.

Depuis le 25 juillet jusqu’au 20 septembre, soit pendant toute la durée de sa diffusion sur SBS, Your Honor s’est maintenu en première place en termes d’audience face à Time (MBC) et Your House Helper (KBS2). Sans faire aussi bien que Still 17, qui était diffusé sur la chaîne durant la même période les lundis et mardis, il aura contribué à la domination incontestable de SBS sur ses concurrentes depuis le début du deuxième semestre 2018.

Caroline Leroy

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