‘Descendants of the Sun’ : la vérité sur Song Joong Ki et les divorces en Chine

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Cette année, la presse et le monde politique chinois se sont distingués par une campagne de communication particulièrement grotesque, en réaction à deux phénomènes de société bien réels: le succès du drama coréen Descendants of the Sun et l’augmentation spectaculaire du nombre de divorces en Chine. Le second serait la conséquence du premier, paraît-il. C’est du moins ce qu’affirment les autorités chinoises, qui n’auraient remarqué l’essor du divorce qu’au début de l’année 2016. Le grand fautif serait ni plus ni moins que Song Joong Ki, acteur principal de Descendants of the Sun. Mais l’interprète du beau Yoo Si Jin est-il le vrai coupable? En lisant un article publié ce mois-ci dans le quotidien China Daily, j’ai pris conscience d’un élément d’explication radicalement différent…

descendants-of-the-sun-10L’arnaque a pris naissance dans la presse tabloïd en réaction à la diffusion d’une série télé coréenne qui a connu un succès phénoménal en Asie : Descendants of the Sun, avec Song Joong Ki et Song Hye Kyo dans les rôles d’un militaire et d’une chirurgienne vivant une romance sur fond de fresque à grand spectacle. A l’époque, comme je vous le disais dans mon article « Song Joong Ki, l’homme qui rendait les femmes chinoises folles (selon les autorités chinoises) », l’acteur était très officiellement pointé du doigt comme principal responsable de l’augmentation des divorces en Chine. Selon cette presse, puis carrément selon les autorités chinoises, les hommes n’en pouvaient plus de se sentir brimés par leurs épouses. Ces dernières étaient en effet victimes d’une inquiétante épidémie de fangirlisme les poussant à abandonner leurs devoirs familiaux (faire la cuisine au mari, s’occuper des enfants, etc.) pour rester vissées devant leur téléviseur et se pâmer devant le beau Yoo Si Jin, personnage incarné avec flegme par Song Joong Ki.

Oui, Song Joong Ki est très beau. Mais quand même… On a peine à croire qu’un banal phénomène de fangirlisme puisse déclencher une telle panique sociale. Pourtant, à en croire le gouvernement chinois, il fallait absolument informer le public de ce terrible danger, au point de diffuser dans les médias et jusque dans les aéroports le fameux Song Joong Ki Warning : « Fans de dramas coréens, prenez garde ! Les femmes coréennes et chinoises sont malades d’amour pour l’acteur Song Joong Ki. Ce phénomène provoque un grand nombre de plaintes de la part des hommes », un avertissement qui s’accompagne d’un autre plus général : « Regarder les dramas coréens peut être plus dangereux que vous ne le pensez. Vous vous exposez à des ennuis judiciaires ». A l’époque, j’ai fait le parallèle avec les propos réactionnaires de la presse française sur la sortie de 50 nuances de Grey : tout ce qui plait aux femmes, ce qui est choisi par elles, est toujours fustigé par les machos intellos. Malgré tout, l’intervention du gouvernement chinois dans cette histoire me laissait perplexe.

Je me demandais si le problème ne venait pas tout simplement de l’origine géographique du drama, le Pays du Matin Frais, dont le soft power prend des proportions inédites pour un pays asiatique à travers le monde, fort du succès des K-dramas, de la K-pop, des variety shows coréens, du cinéma coréen dans une moindre mesure, mais aussi des cosmétiques, de la gastronomie, de la mode coréenne, etc., bref tout ce qui a trait au lifestyle coréen en général. Le phénomène Hallyu est né en Chine dans les années 90, mais les autorités chinoises jalousent aujourd’hui le succès de la K-pop et des K-dramas, au point de balancer entre la tentation de les copier et celle de saisir le moindre prétexte pour en interdire momentanément la diffusion (récemment, les contenus coréens ont été bannis des chaînes chinoises suite à la réaction de la Corée du Sud aux essais nucléaires nord-coréens). song-joong-ki-01C’est en lisant le China Daily dans l’avion, à mon retour de Corée du Sud (avec une escale à Pékin), que j’ai eu un élément d’explication bien différent. Le dossier se trouve à la Une, puis en page 5 de l’édition du 12 septembre 2016. Le premier article décrit la situation difficile de Li Zhen et sa femme, obligés de divorcer pour réaliser leur rêve : acquérir un logement plus grand ! En effet, s’ils vendent l’un de leurs deux minuscules appartements pour en acheter un autre, ils seront obligés de payer 1 million de Yuans d’impôts, une taxe qu’ils contourneront en divorçant.

L’article situé en page 5 est tout aussi édifiant : des couples avec ou sans enfant divorcent massivement pour acquérir un logement décent et éviter de payer jusqu’à 20% de taxe, la plus-value qui prévaut sur les résidences secondaires. Certains couples ont la soixantaine et désirent simplement acheter le premier logement de leur enfant fraîchement marié. Lorsqu’un titre de propriété est associé à l’un des deux époux, il leur suffit de divorcer et d’acheter au nom du conjoint pour contourner ces taxes démesurées.

Le procédé du divorce suivi d’un remariage date en réalité de 2013 et fluctue au gré des changements de fiscalité. Le Figaro en parlait en mars 2015, faisant déjà le lien entre les divorces et la fiscalité, puis en février 2016, décrivant les tentatives du gouvernement de réduire le phénomène et de relancer un marché de l’immobilier complètement saturé en réduisant les taxes. Pourtant, les divorces ont encore drastiquement augmenté pendant l’année 2016, et ce, suite à une rumeur qui circule dans les grandes villes, voulant que les couples divorçant à partir du 1er septembre 2016 seraient considérés comme encore mariés pendant un an…

En d’autres termes, l’augmentation des divorces et des remariages ne date pas de Descendants of the Sun : le gouvernement chinois se débat avec ce phénomène depuis 2013. Mais il a affirmé avec le plus grand sérieux, en mars dernier, avoir découvert le pot aux roses en l’attribuant à Song Joong Ki, qui ne demandait sans doute pas tant d’attention. Les autorités ont aussi pointé du doigt d’autres coupables, l’acteur Kim Soo Hyun et son drama You Who Came From The Stars, dont la diffusion date de 2014, soit peu de temps après l’entrée en vigueur de la loi en question. On imagine que la population chinoise, qui connaît la combine du divorce blanc depuis des années, a dû bien rigoler en découvrant le « Song Joong Ki Warning » !

Les époux chinois peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles si leur femme décide un soir de visionner pour la énième fois Descendants of the Sun, et de se pâmer devant les aventures romanesques, mais tout à fait sans danger de Yoo Si Jin et Kang Mo Yeon…

Elodie Leroy

> A lire : Song Joong Ki, l’homme qui rendait les femmes chinoises « folles » (selon les autorités chinoises)

 

 

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