Quand la science-fiction s’invite dans le thriller noir coréen, on obtient un chef-d’œuvre.

Remarquablement écrit et réalisé, Duel prend aux tripes et laisse une impression profonde, s’affirmant comme l’un des meilleurs dramas coréens de l’année – si ce n’est le meilleur. Côté casting, on y retrouve en tête d’affiche l’excellent Jung Jae Young, bien connu des cinéphiles.

Mais celui que vous n’oublierez pas, c’est l’inconnu qui lui donne la réplique. Son nom : Yang Sejong. Dans un double rôle périlleux et fascinant, il est tout simplement éblouissant. Plus qu’une simple découverte, c’est un phénomène comme on en rencontre rarement. L’une des grandes stars de demain ?

Jung Jae Young menace Yang Se Jong dans le drama Duel
Le héros de Duel, Jang Deuk Cheon (Jung Jae Young), est le chef respecté d’une brigade criminelle. A la maison, c’est un papa-gâteau pour sa fille Soo Yeon (Lee Na Yoon), douze ans, atteinte d’une leucémie. Un jour, Soo Yeon est brutalement kidnappée sous ses yeux. Parti à sa recherche, il tombe sur un jeune homme du nom de Lee Sung Joon (Yang Sejong) qui ressemble trait pour trait au criminel, mais qui affirme être innocent. Deuk Cheon découvre qu’il existe un deuxième individu, Lee Sung Hoon (Yang Sejong), identique au premier.

Défiant sa supérieure, la procureure Choi Jo Hye (Kim Jung Eun), il embarque Sung Joon avec lui dans un périple dangereux. En chemin, ils rencontrent une journaliste, Ryu Mi Rae (Seo Eun Soo), qui enquête sur la mort de sa mère.

Le clone Lee Sung Joon (Yang Se Jong) dans Duel
Diffusé du 3 juin au 23 juillet 2017 sur OCN, Duel se distingue par son angle narratif singulier, qui mêle polar d’action et SF sur fond de clonage humain. L’ambiance des premiers épisodes est froide, oppressante. Tout semble heurté, à l’image de Jang Deuk Cheon dont les actions sont guidées par le désespoir, mais aussi à celle de Lee Sung Joon, le jeune homme amnésique qu’il suspecte d’avoir enlevé sa fille.

L’une des brillantes idées de Duel est d’orienter l’intrigue au gré de l’émergence des souvenirs de ce dernier. Plongé dans un brouillard étouffant, confronté à un « double » qu’il ne reconnaît pas, Sung Joon ne sait plus qui il est lorsque nous le découvrons pour la première fois. Sa fuite éperdue aux côtés de Deuk Cheon prendra la forme d’une quête existentielle.

Cette subjectivité, qui annonce le parti-pris foncièrement humain de Duel, s’exprime à travers la réalisation nerveuse, précise et inspirée de Lee Jong Jae (Another Oh Hae Young). Celle-ci s’accompagne d’une photographie somptueuse, dont les tons harmonieux sont rehaussés par des noirs profonds.


Plus on avance dans le drama, et plus la caméra s’attache également à épouser les tourments de Lee Sung Hoon, le frère ennemi de Sung Joon et le plus captivant des protagonistes de Duel.

Vivant reclus dans une maison à l’intérieur sombre et raffiné, Sung Hoon agit en tant qu’homme de main pour le compte de puissants employeurs. Ses interactions avec autrui se limitent à ses échanges ironiques avec l’homme qui lui sert d’intermédiaire avec ces derniers. Il mène par ailleurs ses propres affaires à coup de descentes armées dans des lieux glauques. Sung Hoon est un personnage de film noir, qui lutte pour sa survie en étant constamment sur le fil du rasoir.

C’est à lui que l’on doit la plupart des montées d’adrénaline que procure le drama. A ce titre, l’un des grands moments d’action reste l’exaltante séquence d’ouverture de l’épisode 9. Débutant sur une négociation tendue entre police et gangsters, elle s’achève inopinément par une course-poursuite effrénée en voiture.

Yang Se Jong dans le drama coréen Duel
Kim Yoon Joo, l’une des deux auteures de Nine: Nine Times Time Travel, réussit un nouveau coup de maître avec la série coréenne Duel. Son scénario est dense, imprévisible et remarquablement construit. Elle accorde un soin particulier à la progression émotionnelle de tous les personnages sans exception. Chacun d’entre eux suit un parcours cohérent, agit selon ses propres principes. Jusqu’au bout, le drama réservera des surprises.

En prenant appui sur l’argument fantastique des clones, Duel explore le thème de l’humain, si cher au genre de la science-fiction. Il s’en empare avec intelligence et sensibilité.

Du point de vue de leurs concepteurs, les clones n’existent que pour remplir une fonction précise. Le parallèle n’est pas loin avec les parents narcissiques qui envisagent leurs enfants comme des extensions d’eux-mêmes. C’est le cas du président Park avec ses héritiers, mais aussi de certains de ses clients aux motivations glaçantes.

Sung Hoon finira d’ailleurs par poser directement la question fatidique à son ennemi : « Pourquoi m’as-tu créé ? ». Un moment déchirant.

Yang Sejong joue le clone Lee Sung Hoon dans Duel
Sans complaisance, Duel met ainsi l’emphase sur les persécutions subies par les enfants. Il y est question de tortures à des fins d’expériences scientifiques, de kidnappings d’enfants afin de prélever leurs organes.

On évolue au sein d’un monde affreux où les jeunes ne sont rien, tout juste bons à se faire vampiriser par les plus vieux. Un monde où les puissants se confondent avec les gangsters crades du monde souterrain, à qui ils confient volontiers les basses tâches.

Dans ce contexte délétère, le flamboyant Sung Hoon apparaît comme l’ange exterminateur de ces ordures.

Duel : Seo Eun Su joue la journaliste Ryu Mirae
Mais la notion d’humanité est aussi questionnée à travers le personnage même du héros de Duel. Jang Deuk Cheon est un père aimant pour sa fille malade, mais un bourreau pour Sung Joon. Il le brutalise au point de lui faire vivre des moments de terreur, ne faisant cas ni de ses sentiments, ni de sa santé. Deuk Cheon ira-t-il jusqu’à vendre son âme au diable pour la bonne cause, comme d’autres avant lui ?

L’acteur de cinéma Jung Jae Young (Guns and Talks, Confession of Murder) apporte l’ambivalence nécessaire à ce personnage fruste mais attachant. Grâce à la justesse de son interprétation, on finit par percevoir pour quelle raison Sung Joon voue tant d’affection à cet homme, envers et contre tout.


L’autre protagoniste à voir son humanité vaciller est la procureure Choi Jo Hye. Effrayée à l’idée de faire sombrer sa carrière, elle n’hésite pas à faire accuser un innocent. Les événements auxquels elle est confrontée vont l’amener à réviser ses jugements. Kim Jung Eun (Korean Peninsula) est la femme de la situation, hautaine mais sympathique à force de chercher à déplaire.

Quant aux clones Lee Sung Joon et Lee Sung Hoon, ils sont humains en apparence mais restent frappés du sceau de l’infamie. Tandis qu’ils ont été conçus artificiellement, leur existence bouscule la notion d’individualité. Pour eux, devenir humain signifie se définir par ses actes. En fin de compte, sont-ils en cela si différents de nous ?

Lorsque Deuk Cheon reconnaît à Sung Joon des qualités humaines après avoir continuellement rejeté les preuves de sa sincérité, il lui donne la vie.


Cependant, comme je le disais en introduction de cette critique, Duel, c’est aussi le frisson d’une révélation. Celle d’un jeune acteur tellement extraordinaire que son jeu, d’une rare puissance, nous laisse en état de choc, entre incrédulité et béatitude.

Nous avons découvert Yang Sejong il y a seulement quelque mois, dans le drama Romantic Doctor, Teacher Kim. Dans Duel, il n’est même pas l’acteur principal : il est cité après Jung Jae Young et Kim Jung Eun. Pourtant, il est partout. Même quand il n’est pas à l’écran, il hante les scènes de sa présence entêtante.

C’est un acteur sensible, expressif et passionné, qui donne tout ce qu’il a. Sans hésitation, il va même jusqu’à se mettre dans des états extrêmes pour les besoins de son rôle. Il a de plus un visage magnifique, sensuel, totalement cinégénique, et une silhouette élancée. Une vraie beauté.

Le réalisateur Lee Jong Jae a d’ailleurs confié l’avoir choisi immédiatement quand il s’est présenté à l’audition, bien qu’il ait vu sept autres acteurs après lui. Cette audition a été mise en ligne par OCN avant la diffusion du drama, et il en existe une version sous-titrée ici.


Dans Duel, Yang Se Jong interprète deux clones aux tempéraments opposés. Sung Joon semble aussi doux, discret et fragile que Sung Hoon est cynique, sexy et nonchalant. Sung Joon apparaît comme un être passif, quand Sung Hoon agit impulsivement, dans l’urgence. Tandis que le premier semble résigné sur son sort, le second est révolté par sa condition.

Néanmoins, les rôles vont se nuancer de façon subtile à mesure que l’intrigue se déploie. Maltraité au point de se retrouver régulièrement par terre à encaisser les coups, Sung Joon finit par relever la tête. Il révèle une grande force de caractère, qu’il doit à son empathie hors du commun.

A l’inverse, Sung Hoon, qui semble d’abord si calme et si fier, entame une véritable descente aux enfers qui le laisse exsangue, ne nous offrant à contempler que les fêlures d’un personnage tragique et bouleversant.


Là où Yang Sejong effectue un travail particulièrement impressionnant, c’est qu’il fait évoluer ces deux rôles complexes simultanément. Qui plus est, deux rôles qui ne sont séparés visuellement que par quelques détails – la coiffure, le style vestimentaire.

Pourtant, qu’il s’agisse de leur démarche, de leur regard et de l’intonation de leur voix, Sung Joon et Sung Hoon dégagent quelque chose de complètement différent. Tellement différent que l’on a constamment l’impression d’avoir affaire à deux acteurs distincts.

Tout au long du drama, le montage met en parallèle les états émotionnels de Sung Joon et Sung Hoon, soulignant leur synergie. Le scénario de Duel est si retors que Yang Sejong se voit même amené à interpréter Sung Joon jouant le rôle de Sung Hoon. Sa maîtrise des deux personnages est telle qu’elle ne laisse place à aucune équivoque pour le spectateur.


L’acteur pousse le jeu d’équilibriste encore plus loin lors d’une scène absolument poignante durant laquelle il se donne la réplique à lui-même. Fabuleux tout au long de Duel, il nous laisse ainsi littéralement sans voix dans les deux derniers épisodes, tant il semble possédé par ses rôles.

Au bout du voyage, on sort ému, remué par ce drama. La souffrance y est omniprésente, à travers les personnages de Jang Soo Yeon, Lee Sung Hoon et Lee Sung Joon. Malgré cela, Duel n’est jamais sordide. Des liens se créent entre des individus séparés par leurs préjugés. Il y a de la chaleur humaine, une envie de ne pas laisser tomber les autres (Sung Joon parviendra-t-il à attendrir le cœur de Sung Hoon ?).


La lumière s’insinue par le biais de Soo Yeon, la fille de Deuk Cheon, qui voit clair dans l’âme torturée de Sung Hoon. Ou encore dans le ton apaisant avec lequel la journaliste Ryu Mi Rae s’adresse à Sung Joon.

La petite Lee Na Yoon, aussi mignonne que talentueuse, et l’actrice Seo Eun Soo (Romantic Doctor, Teacher Kim), apportent une tendresse bienvenue à Duel. Leurs rôles ne se réduisent pas pour autant à cela. Si le drama est ancré dans un monde d’hommes, les personnages féminins y sont variés, et contribuent à faire avancer l’intrigue de manière déterminante.

En plus de toutes les qualités mentionnées précédemment, c’est aussi ce sentiment d’espoir que l’on retiendra de ce drama intense et exceptionnel, qui navigue si agilement entre obscurité et clarté.

Après Duel, Yang Sejong a déjà enchaîné avec un autre drama, le superbe Temperature of Love, dans lequel il dévoile encore de nouvelles facettes de son jeu d’acteur brillant…

Caroline Leroy

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