Critique : ‘IRIS’, drama de luxe avec Lee Byung Hun et Kim Tae Hee

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Drama sud-coréen événement initié par Kang Je Gyu et librement inspiré de son film Shiri, sorti il y a une dizaine d’années, IRIS offre un cocktail généreux de thriller d’action, d’espionnage et de romance. Imposant un rythme soutenu grâce à des scènes d’action extrêmement ambitieuses, IRIS allie la qualité d’un scénario développant des enjeux politiques complexes à une mise en scène énergique et percutante. Tandis que le mystère entourant l’organisation secrète IRIS s’épaissit pour nous entraîner dans une conspiration bien orchestrée, les sentiments explosent aussi vivement à l’écran que la violence graphique, grâce à des personnages romantiques à souhait campés par un casting mené par l’excellent Lee Byung Hun (A Bittersweet Life). En d’autres termes, IRIS constitue un bon bol d’air frais dans l’univers monotone des séries policières actuelles.

Série événement diffusée entre le 14 octobre et le 17 décembre 2009 sur la chaîne coréenne KBS, l’une des trois grandes chaînes nationales, IRIS faisait déjà couler beaucoup d’encre avant même sa sortie. Avec son budget de 20 millions de dollars, IRIS peut non seulement se targuer d’être le drama le plus cher de toute l’histoire de la télévision coréenne mais aussi d’être le premier à avoir été diffusé sur une chaîne japonaise et d’avoir déplacé son équipe dans plusieurs pays du monde.

Derrière ce projet ambitieux, nous retrouvons un personnage incontournable de l’industrie : Kang Je Gyu, l’homme à qui l’on doit entre autres le film de guerre coup de poing Frères de Sang mais aussi et surtout Shiri, le thriller d’action qui a révolutionné les standards du cinéma coréen en 1999. L’histoire d’IRIS s’inspire d’ailleurs librement de l’univers de Shiri, en plus de se situer dans la même veine sur le plan de la mise en scène. Pour asseoir son succès auprès du public, IRIS avait également besoin d’une star crédible à la tête du casting, et c’est le charismatique Lee Byung Hun, vu notamment dans A Bittersweet Life, dans Le Bon, la Brute et le Cinglé et aux États-Unis dans G.I. Joe: Le Réveil du Cobra, qui écope du rôle principal.

Sur le plan commercial, le succès est largement au rendez-vous : débutant plutôt bien avec 24,5% de parts de marché à la diffusion du premier épisode, IRIS bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille et dépasse les 30% au bout du septième, pour atteindre le record de 39,9% en fin de saison (avec 41,8% de pdm sur Séoul à la diffusion du dernier épisode). Mais l’entreprise est-elle une réussite artistique ? N’y allons pas par quatre chemins : alliant la qualité d’un scénario complexe, des personnages attachants et des scènes d’action spectaculaires, IRIS mérite amplement le détour.

Synopsis : Kim Hyun Jun et son meilleur ami Jin Sa Woo sont recrutés par la NSS (National Security Services), les services secrets sud-coréens, pour devenir agents. Ils sont placés sous les ordres de Choi Seung Hee, une jeune femme dont ils tombent tous deux amoureux. Toutefois, lorsque Kim Hyun Jun se rapproche de Choi Seung Hee, Jin Sa Woo décide de taire ses sentiments. Un soir, alors qu’ils fêtent tous les trois une mission réussie en Hongrie, Hyun Jun reçoit un message le convoquant à un rendez-vous secret. Baek San, le directeur adjoint de la NSS le charge alors d’une mission en solo : il s’agit de tuer un homme d’état nord-coréen. Hyun Jun réussit sa mission mais il est blessé pendant l’opération. Lorsqu’il demande assistance à Baek San, ce dernier lui fait savoir qu’il ne peut pas l’aider, avant de lui envoyer un tueur pour l’exécuter, un tueur qui n’est autre que Jin Sa Woo… Hyun Jun ne se doute pas qu’il a mis les pieds dans une sombre machination…

L’histoire propose un cocktail inédit d’espionnage, d’action et de romance et débute par la mise en place du triangle amoureux qui occupera le devant de la scène, à savoir Kim Hyun Jun (Lee Byung Hun), Jin Sa Woo (Jeong Jun Ho) et la belle Choi Seung Hee (Kim Tae Hee), tout trois agents des services secrets. Les deux hommes ont la mauvaise idée de tomber amoureux en même temps de leur supérieure hiérarchique, ce qui entraînera bien sûr des conséquences en chaîne des plus dramatiques. Pas de doute, nous sommes bien face à une fiction coréenne dans la pure tradition, où le mélodrame tient toujours une place centrale dans le récit, et où les sentiments explosent aussi vivement à l’écran que la violence graphique.

S’il est une caractéristique de la série qui pourra éventuellement constituer une barrière culturelle pour un public français non-initié, c’est l’accumulation, dans les cinq premiers épisodes, de scènes romantiques très fleur bleue, accompagnées d’une bande-originale un brin sirupeuse. De quoi faire sourire le spectateur élevé aux Experts et autres NCIS, où l’on atteint plutôt l’extrême inverse puisque les personnages y sont avares de sentiments. Peut-être trop, justement, et c’est une des raisons pour lesquelles les dramas coréens, même lorsqu’ils traitent de sujets graves, s’avèrent tout de suite rafraîchissants. D’autre part, on devine dès l’ouverture du premier épisode, très percutante, qu’IRIS possède bien d’autres atouts dans son jeu. A commencer par un scénario de qualité laissant la part belle à l’action.

Après un premier quart posant les bases de l’intrigue, l’épisode 6 s’avère presque exclusivement consacré à une course poursuite dans les rues de Budapest et c’est à ce moment précis que la série décolle littéralement pour nous entraîner dans une vaste conspiration impliquant des protagonistes issus des deux Corée.

L’univers d’IRIS se déploie peu à peu dans toute son ampleur et sa complexité sans jamais perdre le spectateur en route ; et ce, grâce à une narration limpide et une structure maîtrisée à chaque épisode mais aussi sur la durée. Les tensions entre les deux Corée sont bien entendu au cœur des préoccupations : entre menace terroriste et danger d’une nouvelle guerre fratricide, les thèmes se font l’écho de peurs bien réelles en Corée du Sud (rappelons que les habitants de Séoul vivent au quotidien en sachant que des missiles sont en permanence pointés sur eux), posant au passage quelques questions pertinentes sur les intérêts placés ou non dans une éventuelle réunification.

La bonne surprise, c’est que l’histoire ne cultive aucun genre de manichéisme, l’opposition Nord-Sud se muant peu à peu en un affrontement opposant des clans transversaux entre les deux pays. Derrière cette machination, une société secrète du nom d’IRIS tire les ficelles. Qui est à la tête d’IRIS et qui sont ses agents ? Jusqu’où s’étend son influence ? En quoi le destin de Hyun Jun est-il lié à cette organisation ? Autant de questions qui finissent par former un véritable mystère que Hyun Jun et ses rares alliés vont tenter de démêler afin d’éviter la catastrophe. L’énigme s’avère très bien entretenue tout au long des vingt épisodes et des révélations sont à prévoir jusqu’au dénouement – vous voilà prévenus.

Forte d’un budget conséquent, la série s’offre un grand nombre de décors extérieurs dont certains à l’étranger, baladant les personnages entre la Corée, le Japon, la Chine, la Russie ou encore la Hongrie. Qu’il s’agisse du centre de Séoul, avec ses grandes avenues envahies par la foule, ou des rues de Budapest, avec leurs couleurs très vieille Europe, IRIS exploite formidablement ses décors qui deviennent le théâtre de scènes d’action particulièrement ambitieuses, entre les courses poursuites en voitures, parfois démentes, et les fusillades lorgnant tout autant du côté de John Woo que de Michael Mann. Il y a pire, comme références.

Ces séquences d’action constituent l’une des attractions majeures de la série grâce à une mise en scène immersive utilisant abondamment la caméra à l’épaule. Citons parmi les moments les plus mémorables l’évasion haletante de Hyun Jun à Budapest, l’assassinat du diplomate japonais dans un restaurant, la prise d’otage au sein de la NSS ou encore la fusillade autour d’un bus en plein Gwanghwamun (une séquence qui renvoie à une scène culte de Heat). Les affrontements au corps à corps atteignent le même degré de brutalité que les gunfights, comme on le constate dans le combat d’anthologie dans un laboratoire entre Seung Hee et un terroriste nord-coréen (il est rare de voir une actrice s’investir dans une scène d’une telle violence !). Toutefois, si les tueries sont au rendez-vous, elles sont toujours mises au service du scénario et ne paraissent jamais gratuites.

La mise en scène flirte certes volontiers avec le cinéma, mais le choix du format du feuilleton télévisé trouve tout son sens à travers le développement des relations entre les personnages. De l’opposition entre Hyun Jun et Sa Woo aux amours contrariées de Hyun Jun et Seung Hee, le scénario exploite des thèmes somme toute très classiques. Ce n’est donc pas tant pour leur originalité que ces derniers trouvent leur intérêt, mais pour la manière dont ils s’intègrent dans la trame d’espionnage, qui constitue le corps du récit, pour lui insuffler une véritable portée dramatique. Soulignons au passage le talent des scénaristes pour arrêter chaque épisode sur un cliffhanger reposant chaque fois sur un face-à-face agrémenté d’un suspense qui vous oblige à vous précipiter vers l’épisode suivant…

De par sa condition de paria, Hyun Jun s’impose sans mal comme le héros tragico-romantique par excellence, un costume endossé à la perfection par l’acteur Lee Byung Hun. Révélé par la télévision dans des rôles romantiques, l’acteur s’est forgé au fil des années une crédibilité dans l’univers du thriller et du cinéma d’action, en grande partie grâce à sa collaboration avec le réalisateur Kim Jee Woon, dans A Bittersweet Life, puis Le Bon, la Brute et le Cinglé et récemment J’ai rencontré le Diable. Dans IRIS, Lee Byung Hun prouve qu’il peut se permettre de jouer simultanément sur les deux facettes de son image, ce qu’il fait avec l’intensité et la classe qu’on lui connaît. Pour lui faire face, Kim Tae Hee (The Restless) s’impose aussi bien en tant que partenaire romantique que femme d’action, et Jeong Jun Ho (The Legend of Evil Lake, Another Public Enemy) gagne toujours en relief à mesure que son personnage se laisse entraîner dans un cercle infernal de trahison.

A ce titre, la tournure très mélodramatique de la brouille de Hyun Jun et Sa Woo évoque directement l’esprit des John Woo du début des années 90. Parmi les personnages secondaires, très hauts en couleur, Kim So Yeon (Seven Swords) tire son épingle du jeu en espionne nord-coréenne au regard mélancolique (mais dont le séjour en prison est l’occasion d’un hommage à Linda Hamilton dans Terminator 2 !) dirigée par un patron campé par Kim Seung Woo (Yesterday), impeccable. Enfin, du côté des personnages peu recommandables, Kim Young Chul (A Bittersweet Life) fait un bad guy machiavélique et insaisissable à souhait, tandis que le rappeur/chanteur T.O.P., plus connu pour ses prouesses vocales dans le groupe BIGBANG, intrigue par ses apparitions rares, mutiques mais toujours choc dans le rôle du tueur implacable au design très manga.

Outre une version long-métrage, IRIS connaît déjà une suite avec une seconde saison intitulée ATHENA, dans laquelle le haut de l’affiche est tenu par Jung Woo Sung (le bon dans Le Bon, la Brute et le Cinglé) et dont la diffusion fut programmée à partir de novembre 2010. Reste à espérer que la France, encore très frileuse avec les dramas asiatiques, pourra un jour profiter d’une sortie digne de ce nom – pourquoi pas dans un coffret DVD et/ou Blu-ray – tant IRIS apporte un vrai bol d’air frais dans l’univers monotone des séries d’action actuelles.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 23 août 2010

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