Vagabond a commencé sur Netflix et les premiers épisodes procurent déjà leur lot de sensations fortes. Notre avis à chaud.

Les séries coréennes passent à la vitesse supérieure à l’international ! Drama d’action doté d’un budget avoisinant les 20 millions d’euros, Vagabond s’offre un casting de stars – Lee Seung Gi et Bae Suzy – et flirte ouvertement avec l’esprit James Bond. La chaîne coréenne SBS fait aussi un pari osé en proposant chaque épisode dans le monde entier via Netflix, et ce, une heure après la diffusion coréenne.

Mais que vaut vraiment Vagabond ? Si vous êtes fans de cinéma d’action haletant, ce drama est fait pour vous. Attendez-vous à prendre une claque.

La première demi-heure de l’épisode 1 plante les fondations de l’intrigue et permet de saisir chacun des principaux protagonistes dans son contexte, à commencer par Cha Dal Geon (Lee Seung Gi), cascadeur qui peine à joindre les deux bouts et cache la vérité sur sa démission à son neveu, qu’il a adopté quelques années plus tôt. Nous découvrons aussi Go Hae Ri (Bae Suzy), une agent de la NIS (les services secrets coréens) en mission au Maroc et dont le chemin croisera celui de Cha Dal Geon.

Après cette exposition efficace, le drama secoue le spectateur avec une incroyable séquence de catastrophe aérienne. De la confusion qui s’empare brutalement des passagers aux images apocalyptiques de l’avion chutant de manière inexorable vers le sol, cette scène nous prend aux tripes sans pour autant verser dans le sensationnalisme. Ce drame fait basculer la vie de Cha Dal Geon, dont le neveu faisait partie du voyage.

Suzy dans le drama coréen d'espionnage VAGABOND (2019)

La première chose qui fait plaisir, en regardant le début de Vagabond, est l’honnêteté du drama avec le genre qu’il prétend explorer, à savoir le thriller d’espionnage.

Dix ans après IRIS, qui était le premier blockbuster du genre à la télé coréenne, Vagabond reprend le ressort classique du héros seul contre tous pour nous embarquer dans la quête de vérité du personnage principal. Comme on s’en doute, Cha Dal Geon sera le grain de sable qui viendra compromettre un complot tentaculaire impliquant les plus hautes sphères politiques. Il ne se battra pas seul, puisque l’agent Go Hae Ri le rejoindra dans sa quête.

A la manière des franchises James Bond et Jason Bourne, qui constituent les sources d’inspiration évidentes du drama, Vagabond nous emmène aux quatre coins du monde pour dérouler une intrigue qui devrait réserver de multiples rebondissements. Nous retrouvons aussi quelques ingrédients incontournables du genre, tels que le personnage du terroriste implacable poursuivant une mission secrète ou encore le meurtre nocturne dont la victime emporte un secret dans sa tombe…

Le réalisateur Yu In Sik (You’re All Surrounded, Romantic Doctor, Teacher Kim) collabore pour la quatrième fois avec les scénaristes Jang Young-Cheol et Jung Kyung-Soon (Incarnation of Money) et pour la cinquième fois avec le chef opérateur Lee Gil Bok, qui avait notamment fait des merveilles sur Romantic Doctor, Teacher Kim.

Vagabond est à ce titre une réussite visuelle : les décors marocains sont superbement exploités sans jouer sur la facilité consistant à privilégier uniquement les couleurs chaudes (un cliché de films hollywoodiens). Le travail minutieux sur la direction de la photographie concerne tout particulièrement les scènes d’action, qui nous gâtent avec des lumières très artistiques.

Nous en venons à une autre source de réjouissance dans Vagabond : la générosité de l’action. J’ai déjà évoqué la scène de catastrophe aérienne impressionnante, qui nous offre des plans sublimes de l’avion gagné par les flammes en plein vol. Mais ce n’est pas tout.

Difficile de ne pas parler du dernier quart d’heure de l’épisode 1, de cette course folle dans les rues de Marrakech, au cours de laquelle Cha Dal Geon se livre à une succession de cascades impressionnantes pour rattraper un terroriste. Qu’il coure sur les toits de la ville ou s’accroche à une voiture, les images s’enchaînent à un rythme effréné, mais aussi avec une lisibilité remarquable grâce à un montage s’attachant à respecter le mouvement général de la scène. Cha Dal Geon avance et rien ne peut l’arrêter.

 

L’acteur Lee Seung Gi n’a pas hésité à réaliser certaines cascades, mettant à profit son récent entraînement au service militaire. La production a souhaité le caster avant son service, lorsqu’elle a appris qu’il s’était engagé dans les Forces Spéciales. Au cours de son service, Lee Seung Gi surmonté sa peur du vide en effectuant des sauts en parachute et autres expériences extrêmes, mais a aussi reçu un entraînement intensif en arts martiaux.

Ce week end, Lee Seung Gi et le réalisateur Yu In Sik ont enterré la fameuse chase scene de Quantum of Solace et bien d’autres moments de bravoure hollywoodiens.

En faisant appel à un acteur tel que Lee Seung Gi, 32 ans, le drama apporte aussi un coup de boost à un genre qui se complaît dans l’emploi d’acteurs de plus en plus âgés. De Tom Cruise à Daniel Craig, en passant par Jeremy Renner, les héros des thrillers d’espionnage made in Hollywood commencent à accuser le poids des années (même si leurs qualités sportives forcent l’admiration), tandis que leurs partenaires féminines ont plutôt tendance à rajeunir.

Avec Vagabond, Lee Seung Gi ringardise totalement ces héros vieillissants d’Hollywood et les coiffe au poteau en une scène de course poursuite d’un quart d’heure. Son énergie à elle seule fait monter l’adrénaline.

En plus d’être l’homme de la situation dans l’action, Lee Seung Gi est aussi un excellent acteur, comme il l’a déjà prouvé maintes fois dans ses dramas. Star incontournable de la pop culture coréenne (il est également chanteur et animateur TV), Lee Seung Gi a conquis les spectateurs dans Gu Family Book, The King 2 Hearts ou encore Hwayugi: A Korean Odyssey.

S’agissant des scènes de jeu, l’acteur coréen marque une fois encore un point face à un Daniel Craig. Contrairement à James Bond ou Jason Bourne, Cha Dal Geon est un homme ordinaire, et non un agent surentraîné, et surtout, il n’est pas froid ni blasé.

Comme souvent dans les thrillers coréens, le point de départ de la quête du personnage est un drame lié à la famille du héros, en l’occurrence ici son neveu. La relation entre l’oncle et le neveu nous est brossée en quelques scènes touchantes et Lee Seung Gi joue admirablement la scène où la nouvelle du crash aérien saisit Cha Dal Geon dans son quotidien, alors qu’il déjeune dans un restaurant lambda.

Les dramas coréens seraient-ils en train de renouveler le modèle de l’homme fort en réhabilitant les émotions ?

Six ans après Gu Family Book, Lee Seung Gi retrouve Bae Suzy, ancienne idole de K-pop qui a fait un virage définitif vers le métier d’actrice. Bae Suzy est un excellent choix pour le premier rôle féminin. Elle est à la fois naturelle dans les scènes de jeu et crédible dans l’action.

Avec le personnage de Go Hae Ri, Vagabond respecte là encore les codes du genre. Endossant le rôle de la femme fatale, Go Hae Ri intervient dans des scènes d’infiltration périlleuses et n’hésite pas à jouer la carte sexy pour s’en sortir. Là où une production hollywoodienne aurait obligé le personnage féminin à suivre le héros en lui accordant une confiance aveugle, Cha Dal Geon doit convaincre Go Hae Ri de l’aider à démasquer les criminels, ce qui constitue le nœud de l’épisode 2.

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Ce personnage féminin promet beaucoup si l’on en croit les retours du tournage, qui valorisent son investissement dans des scènes d’action difficiles – Suzy a pratiqué le Taekwondo (son père a d’ailleurs fondé une école de Taekwondo).

Tous les personnages principaux ne sont pas encore apparus, puisque Shin Sung Rok ne s’est pas montré dans ces deux épisodes. Baek Yoon Sik (Inside Men, The President’s Last Bang), quant à lui, se révèle charismatique en président de la république manipulateur, sans être caricatural. Les réactions insensibles des politiciens en coulisse à la catastrophe aérienne sonnent étrangement juste.

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Il est encore difficile, à ce stade, de donner un avis définitif sur le scénario de Vagabond, mais ces premiers épisodes posent des bases solides et donnent très envie de découvrir la suite. Le ton est donné, Lee Seung Gi est déjà dans les starting-blocks, et si l’on en croit les teasers diffusés ces dernières semaines, la suite nous réserve d’autres sensations fortes…

Elodie Leroy

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