CRITIQUE. ‘Marriage Contract’, avec Lee Seo Jin et Uee: un vrai beau mélodrame

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Il aura fallu du temps pour cela, mais j’ai enfin trouvé mon mélo de l’année 2016! J’ai nommé Marriage Contract, avec Lee Seo Jin et Uee. Le vrai, l’authentique, le poignant mélodrame à ne pas manquer. Diffusé entre mars et avril sur la chaîne MBC, ce drama n’avait a priori rien pour attirer mon attention, depuis son casting jusqu’à son pitch débilitant, un peu trop ancré dans le quotidien à mon goût. Je me trompais. Marriage Contract est mille fois plus vivant, plus fort qu’un Uncontrollably Fond, diffusé la même année, mais aussi que la plupart des mélos coréens récents. Lee Seo Jin et Uee sont superbes, de même que la petite Shin Rin Ah, dont le jeu incroyablement juste donne une dimension supplémentaire à cette très belle histoire. Marriage Contract est mon coup de cœur inattendu. Attention cependant de ne pas oublier de préparer les mouchoirs…!

Croyez-moi, la vie n’est vraiment pas un long fleuve tranquille pour les héroïnes de mélodrame coréen. Marriage Contract nous immerge dans le quotidien difficile de Kang Hye Soo (Uee), une jeune mère qui élève seule sa fille Eun Sung (Shin Rin Ah), sept ans. Après de nombreuses errances, elle finit par trouver un travail dans un restaurant en tant qu’assistante chef cuisinier. Mais le mari de Hye Soo, mort avant que la petite ne vienne au monde, leur a légué une montagne de dettes. Comme si tout cela ne suffisait pas, la jeune femme apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau et qu’elle doit entamer un traitement coûteux dès que possible.

Lorsqu’ elle surprend une conversation entre son patron Han Ji Hoon (Lee Seo Jin) et son manager, évoquant le recrutement d’une jeune femme pour un mariage blanc, elle n’hésite pas. En réalité, Ji Hoon cherche une femme capable de donner son foie à sa mère qui est gravement malade. Les deux se mettent d’accord pour signer un contrat de mariage, malgré le risque encouru si leur fraude est découverte. En échange, Hye Soo touchera une somme importante dont elle pourra disposer ensuite. Mais le caractère odieux de Ji Hoon met en péril l’entreprise.

Marriage Contract reprend un certain nombre de codes narratifs propres au mélodrame coréen. Les personnages antithétiques de Kang Hye Soo et Han Ji Hoon représentent à eux seuls les parfaits clichés de l’héroïne et du héros de ce type de drama. Ji Hoon est un nanti cynique et pistonné qui ne pense qu’à sa petite personne. Vaguement rebelle dans ses jeunes années, il obéit à présent à son père, un patron de chaebol, qui veut en faire son successeur à la tête de sa société. Hye Soo est une jeune femme en détresse, qui courbe un peu trop facilement l’échine et encaisse les insultes sans broncher. Elle se sacrifie pour sa fille et dit à tout le monde que tout va bien, même quand tout va mal. Nous connaissons ces types de personnages pour les avoir croisés maintes fois.

Malgré son pitch un peu too much, pour ne pas dire makjang sur les bords, Marriage Contract prend rapidement une direction étonnamment réaliste. Plutôt que de retenir notre attention avec des twists plus invraisemblables les uns que les autres, la scénariste Jung Yoo Gyung  (You’re The Best, Lee Soon Shin!) s’appuie sur les bases mélodramatiques qu’elle a posées pour développer avec le plus grand soin ses personnages ainsi que leurs interactions.

La qualité du scénario est encore rehaussée par une réalisation élégante et par une cinématographie chatoyante. Le réalisateur Kim Jin Lin s’était montré aussi à l’aise dans le genre du thriller d’action avec Time Between Dog and Wolf en 2007, que dans celui du drama juridico-psychologique avec Pride and Prejudice en 2014. Il fait une fois de plus la démonstration de sa versatilité, de sa rigueur et de son sens artistique affirmé.

Marriage Contract repose sur le postulat un peu fou que les humains ont peut-être la capacité de changer, même une fois adultes et englués dans une vie parfois pénible. Si ce thème, qui n’est pas nouveau, est au cœur de bien des dramas, il est ici exploré en profondeur à travers les divers chemins pris par les personnages. Le traitement psychologique de chacun des protagonistes de Marriage Contract est particulièrement réussi. L’une des raisons principales de ce miracle est que la scénariste ne s’appuie pas simplement sur le couple vedette pour servir son propos, mais plutôt sur le triangle affectif formé par Hye Soo, Ji Hoon et la petite Eun Sung.

Ji Hoon, qui semble aussi froid et calculateur que son père dont il n’a jamais reçu l’affection, tente de trouver une rédemption dans sa tentative désespérée de sauver sa mère, avec laquelle il a pourtant une relation compliquée. Il n’est pas ému par la détresse de Hye Soo au début et c’est Eun Sung la première qui parviendra à se frayer un chemin vers son cœur. Si la métamorphose de Ji Hoon est spectaculaire sur la durée, elle est en réalité progressive et amenée de manière très crédible. Cela tient aussi au fait qu’elle est constamment mise en parallèle avec sa quête tardive d’indépendance vis à vis de son père le Président Han, véritable monstre narcissique destructeur.

Lee Seo Jin (Damo, Love Forecast) se révèle subtil et émouvant dans son interprétation de ce personnage en proie à un véritable bouleversement intérieur. Ses scènes avec la petite fille jouée par la radieuse Shin Rin Ah sont un pur bonheur tant leur alchimie est forte.

Contre toute attente, c’est en réalité la docile Hye Soo qui montre la plus grande réticence à baisser sa garde. Veuve depuis quelques années, elle aimerait bien se reposer enfin un peu plus sur les autres mais elle ne se l’autorise pas. Même si le scénario lui fournit les meilleures excuses (sa maladie, entre autres), son incapacité à lâcher prise est l’un de ses plus grands drames, et l’une des facettes les plus touchantes de son personnage.

Si l’on a pu reprocher à Uee d’être trop inexpressive par le passé, que ce soit dans Jeon Woo Chi ou High Society, la réserve qu’elle met dans son jeu sied parfaitement au personnage de Hye Soo et rend d’autant plus poignantes ses scènes de larmes. Elle nous rappelle dès les premiers épisodes qu’elle était une actrice prometteuse il y a quelques années, dans Ojakgyo Brothers.

Pour lui donner la réplique, la petite Shin Rin Ah (Defendant) est merveilleuse dans le rôle de Eun Sung. Capable d’exprimer toutes sortes de sentiments avec naturel, elle contribue à permettre à chacun des acteurs principaux de donner le meilleur de lui-même. Décidément, on n’a pas fini d’être sidéré par le nombre d’enfants acteurs talentueux dans les fictions coréennes.

La façon dont la scénariste fait de Eun Sung le lien qui unit les adultes figés dans leur solitude est l’une des plus belles qualités de Marriage Contract. Une scène me vient à l’esprit, qui montre simplement Ji Hoon, soulagé d’un poids après avoir pris une grande décision, avancer vers Hye Soo et Eun Sung avec un immense sourire et serrer Hye Soo dans ses bras. Puis il soulève Eun Sung qui entoure aussitôt les deux adultes de ses bras, euphorique. La réalisation inspirée de Kim Jin Lin, la musique douce de Roh Hyeong Woo, les regards éloquents des trois acteurs, tout dans ce moment est magique. C’est précisément ce genre de sentiment de plénitude que l’on retient de Marriage Contract et qui en fait un mélodrame à part.

Les personnages secondaires ne sont pas négligés et leurs parcours respectifs réservent de belles surprises. Comme Oh Mi Ran, la mère de Ji Hoon, qui l’a eu suite à une aventure avec le Président Han et qui n’a jamais rien fait de sa vie depuis. Lee Whee Hyang (Confession, Warm and Cozy) est convaincante dans le rôle de cette femme complètement perdue, qui doit apprendre à être responsable à un âge où elle devrait guider les plus jeunes.

Il y aussi la farouche belle-mère de Hye Soo (Jung Kyung Soon), qui reproche à celle-ci la mort de son fils. Ou encore l’amie dévouée et malicieuse de Hye Soo, Joo Yeon (excellente interprétation de Kim So Jin), qui rêve d’être plus ambitieuse. Enfin, n’oublions pas l’incontournable amoureuse éconduite du héros, jouée par Kim Yoo Rin, une actrice qui semble abonnée à ce type de rôle (rappelez-vous Kill Me Heal Me). Tout ce beau monde se voit soudain offrir l’espoir d’aller de l’avant, pour la plupart après avoir fait connaissance avec la petite.

Du côté des mauvais bougres, le personnage de Jung Hoon (Kim Young Pil), l’insupportable demi-frère de Ji Hoon, est lui aussi très bien écrit. On saisit ce qui a pu dérailler chez lui à un moment donné, quand on observe le comportement discriminatoire de son père. Ce dernier remporte cependant la palme du personnage le plus exécrable, et ce d’autant qu’il est loin d’être antipathique au premier abord. L’acteur vétéran Kim Young Geon (Kill Me Heal Me, Doctor Stranger) est vraiment impressionnant dans son portrait de ce pervers narcissique pur et dur. On sent que la scénariste maîtrise parfaitement les schémas de pensée qui animent ce type d’énergumène.

Avec ses 19,6% de parts de marché lors de sa diffusion, Marriage Contract a su très vite rencontrer son public et a valu à ses interprètes principaux des prix aux récents MBC Drama Awards. Dans un pays où le mélodrame est un sport national et où la concurrence est par conséquent assez rude, cette popularité fait plaisir. Elle est amplement méritée et je ne saurais trop vous recommander de vous lancer dans ce superbe drama. Mon seul conseil est… oui, je sais, je l’ai déjà dit mais un rappel reste judicieux: prévoyez quelques mouchoirs !

Caroline Leroy

 

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